On s’en souvient, la chanteuse a fait un tube en 2002 : Quelqu’un m’a dit. A l’époque, elle était encore la Cendrillon d’un Téléphone. Maintenant, on sait qu’elle est une princesse épidermiquement de Clèves.
Ça commence par une scie, « Ma jeunesse », au piano ragtime et au chant entre Anne Sylvestre et Juliette Gréco… passons. Les choses sérieuses commencent avec « La possibilité d’une île », interprétation habitée d’un poème de Michel Houellebecq sur une musique crépusculaire vibrante. L’écrivain controversé a adapté son roman La possibilité d’une île pour le cinéma (sur les écrans le 10 septembre) ; le titre éponyme de Carla Bruni aurait pu ouvrir la promo du long métrage – histoire de faire d’une pierre deux coups – mais les conseillers en communication de Carla semblent moins inspirés que ceux de son mari. Au lieu de ça, le single promo lancé cet été, « L’amoureuse », a raté sa vraie cible : le monde. Suit en quatrième position « Ma came », le morceau le plus médiatisé – parce qu’il évoque le Raphaël Enthoven de l’Elysée (argh, raté, zut !) – mais aussi l’un des plus faiblards de l’album.
Du touchant hommage au parfait ridicule
Le sommet du disque s’appelle « Salut marin », hommage de Carla à son frère disparu. Le texte n’a pas à rougir de la comparaison avec le poème de Houellebecq, la musique décharnée tient haut le pavillon de la mélancolie. Mais « Ta tienne » confirme la désagréable impression ressentie depuis le début : cette nouvelle pierre molle apportée à l’édifice de la sacro-sainte « nouvelle chanson française » drape d’une désuétude abrasive et durable la production hexagonale, le premier quinquennat de Carla Bruni aura été lourd de conséquences pour la variété d’ici. « Péché d’envie » arrive malgré tout à émouvoir. Il y a du JP Nataf là-dedans (ex-Les Innocents), étonnamment.
Après, malgré le beau sursaut de « Notre grand amour est mort » – très Charlotte Gainsbourg première période dans le chant du refrain – l’ensemble vire au déliquescent, au vain mimétisme avec Billie Holiday (« You belong to me ») ou Françoise Hardy (« Déranger les pierres »). Le pire restant « Je suis une enfant », confession candide d’une parfaite sainte-nitouche, du niveau de la série « Hélène et les garçons », plutôt ridicule.
Finalement, Comme si de rien n’était apparaît comme du pain béni pour le répertoire de reprises du chanteur rétro Jack Lantier, qui ne manquera pas de piocher dans cette collection pour animer ses prochains thés dansant. On tient enfin une idée cadeau pour la prochaine fête des grands-mères, c’est le mérite de ce disque.
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