Le général de corps d’armée à la retraite François Cann préside l’Amicale des anciens du 8e Régiment d’infanterie de marine de Castres (RPIMa). Dans une lettre de six pages rédigée le 27 août, il revient longuement sur l’embuscade en Afghanistan qui a coûté la vie à dix militaires français, dont la plupart était issus du 8è RPIMa.
Très remonté, le général Cann n’hésite pas à remettre en cause la tactique militaire employée en Afghanistan pour contrer les Talibans qui « choisissent l’heure et l’endroit où frapper ainsi que leur mode d’action ». Ainsi écrit-il que l’« on sait d’expérience que, contre une guérilla, une opération mécanisée ou motorisée frappe presque toujours dans le vide, tellement ses prémices sont voyants et bruyants et surtout parce qu’elle est liée à un réseau routier précaire. (…) Ces opérations SOP (Standard Ordning Procedures) de l’Otan sont immuables. Elles se réalisent toujours de la même manière et interdisent toute initiative ou improvisation. Elles sont stériles. (…) Très sincèrement, les formes d’action en Afghanistan doivent être modifiées du tout au tout. »
Décidément en verve, le général Cann fait également part de son amertume quant à l’incapacité, selon lui, de l’armée française à tirer les enseignements du passé. Là encore, il ne mâche pas ses mots : « Dans nos armées, l’expérience n’est pas transmissible. (…) Du fait de son passé militaire, notre pays regorge d’experts mais il ne sait pas en profiter. C’est bien regrettable ».
« C’est criminel de laisser crapahuter nos unités terrestres en aveugle »
Autre point de mécontentement : l’utilisation faite du renseignement sur un terrain hostile comme l’Afghanistan. Le général Cann dresse même un bilan sans concession des moyens employés. D’après lui, puisque les satellites ne servent à rien en cas d’accrochage avec des rebelles et que la population afghane, « terrorisée par les Talibans » ne parle pas, reste ce qu’il appelle les « moyens intermédiaires : forces spéciales dans la profondeur, hélicoptères et drones ». Petit hic : « cette gamme de moyens d’acquisition souffre cruellement d’un déficit grave ». Et François Cann d’enfoncer le clou en écrivant qu’il « est criminel de laisser crapahuter nos unités terrestres en aveugle ». Tout aussi aberrant selon le militaire : le petit jeu de chaises musicales voulant que des unités de combat aient été constituées avec des hommes n’appartenant pas aux mêmes régiments, ce qui était le cas en Afghanistan le 18 août. S’« il y a sûrement de bonnes raisons du moment et de circonstances pour expliquer ce mélange d’unités », François Cann estime néanmoins qu’« il est vital à la guerre de ne pas toucher aux structures qui se sont rodées à l’entraînement ». Voilà qui coule de source…
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