Cette semaine, je voulais vous parler de Martyrs, film d’horreur paraît-il « ultime » à qui la commission de censure a tenté de faire des misères en juin. Depuis, le distributeur profite de cette pub inespérée, fait profil bas (pas sûr de sa camelote ?) et n’a organisé que deux petites projections de presse, auxquels votre serviteur n’a pu assister. Néanmoins, on reste dans le brutal avec Tropa de Elite, film brésilien qui a chipé l’Ours d’or au phénoménal There will be Blood lors du dernier festival de Berlin. Eh oui, tous les goûts sont dans la nature…
Immense succès dans son pays d’origine, Tropa de Elite (le distributeur a gardé le titre original, ça fait plus favela-chic ? ) met en lumière le travail mortifère du BOPE (Bataillon des opérations spéciales de police) – troupes paramilitaires, uniformes noirs, armes de guerre - qui lutte contre les trafiquants de drogues dans les bidonvilles de Rio en recourant invariablement à la torture et aux exécutions sommaires. Nous sommes en 1997, commissaire du BOPE, le ténébreux Nascimento, doute : sa femme attend un enfant, la mollesse de la police l’exaspère, les flics ripoux le répugnent et il est un peu las de karcheriser la racaille des favelas : balle dans la tête, passage à tabac, suffocation avec un sac en plastique, sodomie avec manche à balai… Il décide donc de passer la main (de fer dans un gant d’airain) et de former son successeur. Ou plutôt deux successeurs, un excité de la gâchette et un intello bourré de principes moraux.
On arrête vite ce suspense insoutenable, Tropa de Elite est un film de facho. A côté de son héros en treillis, Dirty Harry et John Rambo sont des lopettes, des mous du Magnum, quasiment des gauchistes. On pourra objecter que le scénario est écrit par un vétéran du BOPE, Rodrigo Pimentel, censé savoir ce qu’il raconte. « Ce qu’on y voit se passe vraiment au Brésil, c’est un fait, confirme le réalisateur José Padhila. J’ai voulu expliquer comment l’Etat corrompt les policiers ou les incite à la violence. » Pour la violence, Padhila fonce joyeusement, ne se refusant aucun effet-choc. Pour une quelconque réflexion, il faudra bien sûr repasser.
Gangs of Rio
On ne doute pas une seconde de la barbarie de la guerre entre flics et voyous à Rio, des morts, des victimes collatérales. Mais ce qui dérange dans Tropa de Elite, c’est la glorification de la violence et de la justice expéditive. Lors de la longue séquence de la formation des aspirants au BOPE, on a même la désagréable impression d’assister à un film de propagande. Engagez-vous, vous vous ferez de bons camarades, vous aurez un uniforme super-classe avec tête de mort, comme vos copains les SS, et vous pourrez shooter des enfants. On croit rêver ! Fasciné par la violence, José Padhila la montre de façon obscène. En fait, son film est l’équivalent d’un jeu vidéo, un shoot’ em up. Mais ici pas de monstre, d’alien ou de mutant. De la racaille, des enfants. Que l’on tire comme des lapins, à l’arme lourde, caméra à l’épaule pour faire documentaire. Vous avez vraiment envie de voir ça ? Les dealers du film sont juste des archétypes, affreux, sales, méchants, et les étudiants qui veulent lutter contre la délinquance et la pauvreté sont dépeints comme des utopistes inconscients qui, en achetant du shit, financent la pègre. Bref, tous sont ridicules ou abjects, sauf nos beaux militaires du BOPE, qui règnent sur Rio tels le Christ du Corvado, sanglés dans leurs uniformes immaculés.
Clip et toc
Politiquement puant, Tropa de Elite est surtout un très mauvais film, à l’esthétique clip et toc. On apprend dans le dossier de presse que lors du montage, José Padhila pris pleinement conscience de « la performance extraordinaire » de Wagner Moura, l’interprète du super soldat du BOPE. Il a raison : Moura roule des yeux comme un acteur du muet et fait perpétuellement la gueule, tel un Jean-Pierre Bacri constipé. Le cinéaste a donc réécrit son film en salle de montage et décidé de raconter l’histoire de son point de vue. Le résultat est pour le moins bancal et Tropa colle aux rangers du flic tourmenté, puis à celles des deux bleus qui vont prendre sa place, puis à des flics ripoux, puis à un caïd, et tente faire revenir son héros au premier plan en étirant ses scènes au maximum et avec une insupportable voix-off. Bref, c’est mal foutu, monté avec les pieds, bourré d’effets tonitruant pour faire croire qu’il y a une mise en scène : du cinéma à la truelle, avec en bonus un flash-back tarantinesque, complètement inutile. A fuir.
Tropa de Elite de José Padilha avec Wagner Moura, Caio Junqueira, André Ramiro, En salles le 3 septembre.










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