Oyez, oyez, le marché des transferts de joueur de football est clos pour cet été. Sur un vrai pied de nez. Une révélation. Un peu de piment dans cette immense foire aux bestiaux que d’aucuns appellent mercato, ouvert du 26 mai au 1er septembre [1], finalement assez terne. Aucun grand feuilleton à rebondissement (hormis un petit soap-opéra d’une semaine à propos du transfert de Ben Arfa de Lyon vers Marseille), aucun coup d’éclat, aucune grande tirade. Décevant. Pas même une grande tirade du président lyonnais Jean-Michel Aulas, toujours prompt à donner des leçons aux airs de grand guignol, hommage inconscient au héros de la capitale de gaules sans doute.
Heureusement, Bakchich peut lui fournir un motif de révolte à ce grand tourmenté qui s’est jadis plaint « de ne pouvoir écrire le jour du match dans l’Equipe, c’est un scandale ». Oui c’est officiel, pendant l’été, l’Olympique Lyonnais, son club, s’est fait gruger. Et pas de peccadilles, une dizaine de millions d’euros envolés sur le marché des transferts. Une arnaque en bonne et due forme, si l’on se réfère au document d’introduction en bourse du club, disponible depuis le début de l’année 2007.
La jolie présentation de l’OL s’avère riche de 289 pages et de quelques incongruités. Si le laïus sur les « risques liés au dopage », contre lesquels l’OL « n’est pas en mesure d’assurer que chaque membre de son personnel sportif et de son encadrement respecte la réglementation en vigueur en la matière » a déjà fait tiquer Thomas Nardone, l’auteur de la seule biographie d’Aulas, les références à la valeur des joueurs sont particulièrement étonnantes de la part du club érigé en modèle économique français.
Que ce fut pour la « valeur net comptable » de ses joueurs et de son effectif ou leur prix sur le marché des transferts, OL groupe se réfère à…un site allemand, http://www.transfermarkt.de aux méthodes de calculs fort savantes certes, mais un brin aléatoires (cf. encadré).
Les méthodes de calcul de transfermarkt
Pas vraiment sexy, le modèle de calcul de valeur d’un joueur du site transfermarkt obéit à des critères fort stricts. Leur système regroupe tous les joueurs par « paquets » (les joueurs du même age, jouant au même poste, ayant sensiblement le même nombre de matches au compteurs, dans des clubs de haut, milieu ou bas de tableau et présentant les mêmes caractéristiques contractuelles telles le nombre d’années de contrat restant à courir etc….). Ces groupes vont ensuite être analysés du point de vue des prix de transferts à partir des transactions effectives.
De la sorte, ils déterminent un prix moyen du joueur de chacun de ces paquets : par exemple ils vont de cette manière déterminer le prix MOYEN d’un attaquant de moins de 22 ans jouant dans un club de haut de tableau et ayant déjà 50 matches en D1 et auquel il reste 2 ans de contrat à courir. Ce prix évolue continuellement en fonction des nouvelles transactions constatées sur chacun des « paquets ».
D’où certains aléas, surtout si l’on s’en sert de référence pour calculer les actifs d’une société côtée en bourse….
Des manières un peu cavalières pour jauger la valeur des principaux « actifs » d’une société côté en bourse. « Franchement n’importe quoi », ose même un analyste financier consulté par Bakchich.
Et le juste prix est…
D’autant qu’à y regarder de plus près, la cellule de recrutement du club n’a pas respecté les consignes boursières cet été. Au rayon achat, l’OL a recruté six joueurs, pour un montant officiel de 41 millions d’euros. 3 millions d’euros de trop si l’on se réfère, comme le fait le document d’introduction de l’OL en bourse, au site allemand.
Grand vainqueur des « surpayés », le Brésilien Ederson, débauché contre 14 millions d’euros, quand seuls 11 lui sont accordés de l’autre côté du Rhin. Le suivant de peu, le Camerounais Jean Makoun, 14 millions aussi contre 12,5 sur transfermarkt et le Ghanéen John Mensah, 8,5 contre 7,5. Dernier de cordée, l’attaquant international (si si) Frédéric Piquionne, évalué à 7 millions en Allemagne et dégotté pour 4,5. Seuls le gardien Lloris et le milieu Pjanic ont été acheté au juste prix.
Pertes au grattage et au tirage
Et non seulement, l’OL s’est fait gruger à l’achat, mais aussi à la vente. Une râpine de quelques 7 millions d’euros.Les cinq joueurs à avoir quitté les bords du Rhône contre monnaie sonnantes et trébuchantes ont rapporté 33,5 millions…quand le référent d’outre-Rhin les estime à 40,5 millions d’euros. Dans le détail, Ben Arfa (12 millions contre 10 estimés), Milan Baros (5,5 contre 4,5) et Loic Rémy (8 contre 6) ont été de bonne affaires comptables. Coupet, (1,5 contre 5) et Squillacci (6,5 contre…15). Des arnaques de haut vol.
À moins que les critères d’évaluation du sieur Aulas – et présenté aux actionnaires- ne relèvent du grand Guignol. Normal dans la capitale des Gaules.
À lire ou relire sur Bakchich.info, le merveilleux monde des transferts du foot








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