Décidément, la Fédération Française de Football ne cessera jamais de surprendre. Première fédération sportive française par son effectif, la 3F sait prodiguer coups de théâtre et de gueule : on se souvient encore de l’arrivée peu glorieuse « à la fraîche », de son ex-président, Claude Simonet à la Brigade Financière de Paris le 2 février 2006, et de son placement en garde à vue pendant une courte et mémorable journée. De sa condamnation en avril 2007 à six mois de prison avec sursis, et 10 000 euros d’amende en compagnie de son compère Bernard Bacourt, toujours fidèle au poste, pour quelques menus faux dans les comptes de la Fédé. Ou encore de la perquisition menée dans les locaux de la grande famille du football français 4 jours après l’entrée en fonction de son nouveau président Jean-Pierre Escalettes, dont on ne compte plus les déclarations publiques commençant par « J’en ai marre ». « J’en ai marre d’entendre sans arrêt que le foot est pourri par les affaires » (interview à Marianne, samedi 26 février 2005) ou du très culotté « J’en ai marre que la justice de mon pays m’empêche d’appliquer mes règlements, contribue à laisser penser qu’à la fédération c’est le foutoir… » (L’Equipe du 13 janvier 2006)…
La dernière espièglerie de la FFF ne se cache pas là où on l’attendait : le 4 juillet, le président Escalettes s’est livré au siège de la Fédération, à une grande explication de gravure médiatique. Il en est ressorti qu’il ne fallait pas jeter le sélectionneur Domenech avec l’eau des douches et que Boulevard de Grenelle, on n’avait pas pour habitude de gouverner avec l’opinion publique et les médias. Tout au plus, a-t-il ajouté sans rire « il faudrait peut être revoir la communication du sélectionneur ». Touchant. À la Fédé, la com’ c’est pourtant ce qu’on maîtrise le mieux, et pour cause. Pendant des lustres et au moins jusqu’en 2006, le personnel salarié de la Fédération relevait, tenez-vous bien, de la convention collective de la Presse Quotidienne Parisienne ! Pendant des années, les Simonet et autre Escalettes ont donc dirigé, à l’insu de sa concurrente, l’Agence France Presse, la plus grosse agence de presse parisienne.
Comme chacun sait, la convention collective à laquelle est rattachée une entreprise ou une association dépend principalement de son activité. Pour la FFF, la palette des choix était large : la convention collective des entreprises artistiques (code 3226) aurait parfaitement fait l’affaire. A la rigueur, celle du bricolage (code 3232) diront les esprits chagrins, voire même celle de l’industrie cinématographique (code 3174). Celle des entrepreneurs de spectacle (3277) pouvait aussi se justifier, presque autant d’ailleurs que celle des Parcs de loisirs et d’attraction (3613). Plus sérieusement, la Convention Collective des Personnels des prestataires de services dans le domaine du secteur tertiaire (3301) semblait s’imposer d’elle-même.
Interrogée par Bakchich, la fédération et sa direction des ressources humaines ont gentiment répondu « qu’ils ne répondraient pas mais que vous pouvez envoyer un fax ». Il est des démentis plus cinglants…
Il faut donc croire qu’à la Fédé on était plus préoccupé par les bons mots que par le Beau Jeu. Plus surprenant encore, personne, au ministère de la Jeunesse et des Sports, ne semble s’être ému de cette incongruité permanente, jusqu’à ce qu’il y soit mis un peu d’ordre, très récemment, sous la bienveillante incitation du directeur Lambert. Il serait intéressant de savoir si le personnel concerné a discrètement bénéficié, pendant toutes ces années, du régime fiscal des journalistes, lequel n’exige pas la détention de la carte d’identité de journaliste professionnel. A la FFF on a longtemps apprécié les bonnes lectures : la Convention Collective des Métiers du football certes, mais surtout à l’usage de ces charmants jeunes gens en short et crampons. Au siège semble-t-il, c’était plutôt l’instruction ministérielle du 24 juin 1999 sur l’exercice effectif de la profession de journaliste…
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