Protéger la visite du Saint-Père, soit. Même si le Saint homme bénéficie déjà, lui, de la protection naturelle de la Vierge. Mais cette présence de drone au dessus du Pape rend encore plus incompréhensible le manque de moyens dans les airs afghans. D’autant que le 18 août pendant que les soldats français partaient à pied reconnaître les cols afghans avec « la bite et le couteau », sans moyen de renseignements et sans reconnaissance aérienne, un drone volait déjà au-dessus de Lourdes pour sécuriser sa prochaine visite ! Selon d’autres informations, à la même période, un drone surveillait également les vacances du couple présidentiel au-dessus du Cap Nègre.
Si le survol des zones à risques par des drones est un moyen de renseignements efficace, pourquoi alors les soldats Français n’en n’ont-ils pas bénéficié en Afghanistan ?
Le ministre de la Défense invente les morinades
L’illustre ministre de la Défense, Hervé Morin, a répondu à cette question le 26 août 2008 lors de son audition à l’Assemblée Nationale. Des justifications qui resteront à n’en pas douter dans les annales militaires : « Quand, dans une vallée, vous menez tous les jours des missions de reconnaissance, de pacification ou de contact avec la population, et que tout se passe bien, cela vous conduit à préparer votre nouvelle mission toujours avec autant de sérieux, mais en pensant qu’il n’y a pas de raison qu’elle soit différente de celle de la veille. »
Notons que la veille de Pearl Harbour il ne s’était rien passé non plus…. Deuxième justification toute aussi croquignolesque : « Ce n’est donc pas parce que l’on mettra en œuvre tous les moyens technologiques de la terre que l’on sera pour autant en mesure de protéger totalement nos soldats. Du reste, s’il ne s’agissait que d’une problématique technologique, les Américains devraient être ceux qui connaissent le moins de drames. Or ils ont perdu plus de 500 hommes en Afghanistan. »
En disant cela le ministre oublie quelques données factuelles :
1- Les soldats Américains sont 10 fois plus nombreux que les Français sur le théâtre afghan ( 25000 contre 2500)
2- Les Américains sont engagés depuis 7 ans dans une opération de guerre nommée Induring Freedom (Liberté immuable !). Ce qui n’était pas le cas des Français jusqu’à la décision de Nicolas Sarkozy en avril 2008 de ne plus se cantonner aux seules missions de sécurisation de Kaboul et de formation des forces armées afghanes mais de s’engager dans la guerre en prenant la responsabilité de la région de Kapisa. Et comme s’il lui fallait absolument garder son statut de ministre lunaire, Hervé Morin ajouta devant les parlementaires : « Cependant, ce n’est pas parce que vous aurez des drones et des hélicoptères supplémentaires que vous éviterez que des talibans embusqués dans la montagne ne surgissent. »
Bakchich, ne pouvant se contenter de ces justifications, a essayé de comprendre pourquoi les soldats français n’avaient pas bénéficié des moyens mis à la disposition du couple présidentiel et du Pape. Analyse d’autant plus importante de la chaîne de responsabilités que, selon quelques spécialistes de la question, le manque de drones et de reconnaissances aériennes lors de ce 18 août, se révèlent être une faute grave. Par ailleurs, le refus de reconnaitre cette faute est encore plus choquant.
Nicolas Sarkozy, Chef des Armées un peu pingre
Les besoins exprimés par les militaires sont pris en charge par le Président de la République. C’est donc Nicolas Sarkozy, Chef des armées qui décide des moyens à affecter sur le théâtre des opérations. Pour une opération de guerre, le Premier ministre donne l’engagement de dépense et Bercy donne la dotation budgétaire au ministère de la Défense. A la lumière de ces informations, on comprend mieux la bataille sémantique que livrent les ministres. Ce n’est pas une guerre, c’est une mission de maintien de la paix, dira Bernard Kouchner aux parlementaires. Puis l’inénarrable ministre des Affaires Etrangères ajoutera cette phrase sublime, simplement sublime : « Non, ce n’est pas une guerre ! C’est une bataille qui ressemble à une guerre. C’est un affrontement permanent. » Ce n’est pas une guerre, c’est une bataille… Hervé Morin, lui, conteste tout simplement le mot « guerre ». Résultat, on est bel et bien en guerre mais on n’a pas un budget de guerre. C’est donc le maigre budget de la Défense qui paie toutes les opérations sur toutes les zones dans lesquelles la France est engagée (Côte d’Ivoire, Kosovo, Liban et bien sûr Afghanistan). Conséquences, l’armée est au pain sec. « Dans les casernes, il n’y a plus un stylo ou un rouleau de papier toilette, les formations sont écourtées et se font dans le dénuement le plus total… ». Sur ce point, tous les témoignages des militaires concordent. Un gradé enrage : « on n’a pas d’argent, on a un ministre de la Défense qui est une m….-, un ministre des Affaires étrangères qui est une M--- et on a un Président qui n’y connait rien à l’armée » Nicolas Sarkozy a fini par trouver les moyens et, selon certaines sources, des drones seraient partis en Afghanistan la semaine dernière. Est-ce une reconnaissance implicite de son erreur ? Il aura donc fallu attendre la mort des dix soldats Français et les polémiques autour du manque de matériel pour les envoyer. Mais il n’est même pas sûr que les Français puissent utiliser ces drones …
Sans contrat la guerre n’est rien
Général David McKiernan, commandant en chef des forces de l’ISAF D’ordinaire, lorsqu’une coalition s’engage dans une opération, les parties signent entre elles un Contrat opérationnel (CO) qui définit les moyens que chacun doit apporter. Mais dans la précipitation d’envahir l’Afghanistan dans la foulée des attentats du 11 septembre, rien de tel n’a été signé. L’Etat Major de l’armée le confirme : « « il n’y a pas de contrat opérationnel liant la France et l’ISAF. ( (International Security Assistance Force) depuis août 2003 à la demande de l’ONU et du gouvernement Afghan l’OTAN à pris le commandement de l’ISAF) ». Du coup, chaque Etat engagé dans cette guerre fournit à l’ISAF ce qu’il veut en hommes et en matériels. « De toute façon, dans ce genre de coalition, c’est toujours à celui qui fournira le moins de matériel », raconte ce capitaine qui a connu les théâtres afghan et bosniaque. C’est une des raisons pour lesquelles les Américains demandent toujours plus aux gouvernements engagés dans cette coalition. Les moyens apportés par chaque pays sont mutualisés et c’est le commandement de l’ISAF, donc de l’OTAN, qui redistribue les moyens en fonction des missions. Sauf si le pays a signé un caveat, c’est à dire si la nation qui amène ses ressources dans une mission précise qu’elle garde ses moyens pour elle.
Or la France n’a pas signé de caveat en Afghanistan, donc toutes ses ressources sont mises à disposition de l’ISAF, c’est ce que confirme l’Etat Major : « en Afghanistan tout le matériel est mutualisé. Si nous envoyons des drones, il faut déjà le temps qu’ils arrivent et ensuite, ils seront remis dans le pot commun de la coalition.. » En Afghanistan, les Français n’ont envoyé que deux hélicoptères et ceux-ci sont la plupart du temps mis à disposition du Président Karzaï à la demande de l’ISAF. Ce sont ces hélicoptères qui manquaient cruellement lors de l’opération du 18 août. Les généraux français n’ont pas obtenu ce qu’ils demandaient. Dans sa déclaration à l’AFP du 24 août le Général Stollsteiner confirme avoir demandé plus de moyens à l’ISAF. Alors que les Américains disposent de douze drones (Predators) opérationnels en permanence, pourquoi le Général David McKiernan, n’a-t-il pas fourni ces appareils aux français pour sécuriser leur mission du 18 aout ? Et pourquoi ces drones sont-ils arrivés 11h après le début des combats ?
Le renseignement, pré-carré étatsunien
Le problème des drones est sensible. De tous temps, les Américains ont été hystériques à l’idée que les Français maitrisent le renseignement. Selon un haut gradé, pendant la guerre du Golfe, le problème c’était déjà posé et après moultes négociations entre les Etats Majors, les Américains avaient fini par tolérer que les Français aient des drones.
Idem en Bosnie où, dans un premier temps, le commandement US avait dit : « on s’occupe du renseignement aérien. Puis, il avait fini par admettre que les Français puissent utiliser leurs propres drones. » Ainsi, à l’heure où Nicolas Sarkozy a décidé d’envoyer des drones en Afghanistan rien ne garantit qu’ils seront mis à disposition des Forces françaises. En attendant, comme le dit ce militaire aguerri, « si les drones qui volent au-dessus de Lourdes finissent par être opérationnels en Afghanistan, au moins, seront-ils bénis ! » Ne resterait-il plus que Dieu pour protéger nos soldats ?
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