André Villiers est le suppléant de Henri de Raincourt, le patron de l’UMP, au Sénat. Villiers est aussi Conseiller général du canton de Vézelay (Yonne) depuis plus de 15 ans, et il a été élu en mars 2008 maire de Vézelay. A 15 km d’Avallon, 50 d’Auxerre, cette commune un peu endormie est perchée sur une colline dite « éternelle » au sommet de laquelle trône la célèbre basilique Sainte-Marie-Madeleine, inscrite au patrimoine mondial de l’humanité depuis 1979.
Tourisme et agriculture sont les deux mamelles de l’activité économique de ce chef lieu de canton. Fin 2005, une SCI Le Clos (société civile immobilière), dont les gérants sont André Villiers et son épouse Élise Villiers, fait l’acquisition d’une propriété, composée d’un bâtiment d’habitation (210 m), d’une cour, d’une grange, sise au cœur de Vézelay (rue St Pierre et rue de l’École), ainsi que d’une vingtaine d’hectares de terrains et parcelles.
Henri de Raincourt, éminence grise de l’Yonne, arbitre au Sénat
Jusqu’en avril 2008, c’est Henri de Raincourt qui présidait le conseil général de l’Yonne. Agriculteur de profession, Raincourt n’est pas seulement l’éminence grise du département, il est aussi sénateur et surtout Président du Groupe Union pour un Mouvement Populaire (UMP) à la Haute Assemblée. A ce titre, ce « chiraquien » pèse d’un poids particulier dans la bataille qui, d’ores et déjà, fait rage au sein de l’UMP pour la Présidence du Sénat. Au lendemain de l’élection de Nicolas Sarkozy, Henri de Raincourt était donné comme ministrable. Dans l’Yonne, c’est Jean-Marie Rolland qui lui a succédé à la Présidence du Conseil Général. Les rapports entre Rolland et Villiers le suppléant de Raincourt ne seraient pas des meilleurs, les deux hommes s’étant affronté lors des primaires au sein de l’UMP pour les législatives. Certains en déduisent que dans « l’affaire » de l’heureuse transaction immobilière conduite par André Villers, certaines pièces du Conseil Général, inaccessibles sous la Présidence de Raincourt, le sont devenues, sitôt l’élection de Rolland à la Présidence.
Des biens qui appartenaient alors à Emile Soliveau, un papy (né en 1915) et hébergé depuis des années à la Maison de Retraite de l’Isle sur Serein. Un retraité qui relève de l’aide sociale dispensée par le Conseil général, raison pour laquelle ce dernier avait grevé ses biens de deux hypothèques. Soucieux de gérer au plus près les deniers du contribuable, le Conseil général lève donc l’hypothèque après avoir fixé la dette sociale de Soliveau à 90 000 euros, et met donc en vente l’ensemble des biens du retraité.
Dans le même mouvement, la SCI, créée en mars 2005 par le conseiller général Villiers et son épouse, se porte acquéreur du bâtiment et des 23 hectares, pour 100 000 euros. Cette heureuse et étroite rencontre entre le montant de l’hypothèque et la proposition des époux Villiers ne suscite toutefois pas que des applaudissements. Elle paraît s’être en effet effectuée dans la plus grande discrétion, soit sans aucune publicité de la mise en vente. C’est en tout cas ce que soutient Philippe Ferry, un voisin, ex-cadre à la caisse des dépôts ; il déclare à Bakchich : « J’étais en effet intéressé par l’acquisition d’une grange appartenant à Soliveau et j’en avais préalablement informé le notaire. J’ai appris avec stupéfaction un beau matin que le conseil général avait tout vendu. »
Très remonté, Ferry, interroge le Conseil Général pour obtenir des précisions sur le montant de la transaction. Sans succès. Il saisit ensuite le Parquet. Entendu par les gendarmes, comme d’ailleurs les époux Villiers, le Parquet estime qu’aucune suite ne mérite d’être donnée à cette affaire.
L’affaire se poursuit
Un second grincheux se saisit toutefois du dossier. Candidat malheureux et donc rival de Villiers aux dernières municipales, Robert Haenel (un ancien journaliste) se décide à mener sa propre enquête. A partir des éléments fournis par les hypothèques, il constate que la SCI des époux Villiers a revendu très rapidement (début 2006) 29 des terrains fraîchement acquis à la SAFER, laquelle devait tout aussi promptement les revendre à des particuliers.
Calculette en main, l’opposant au maire s’étonne surtout du faible montant de la transaction. S’appuyant sur les chiffres même de la Safer, il relève que, même s’il ne s’agit pas de terrains constructibles, les 23 hectares acquis par le maire représentent « a minima une valeur de 69 000 euros ». Auxquels il convient de rajouter les deux bâtisses sise au cœur de Vézelay : « Même en mauvais état, de par leur situation, leur importance » (deux étages pour la maison d’habitation, une cave de vigneron) l’ensemble vaudrait « plus de 200 000 euros », selon Rober Haenel. Et d’appuyer aujourd’hui cette conviction par le dépôt d’une plainte devant le doyen des juge d’instruction d’Auxerre pour « prise illégale d’intérêt par une personne investie d’un mandat de service public ».
Joint par Bakchich, André Villiers estime être la cible d’un règlement de compte de la part d’un rival politique dépité. Il assure que contrairement aux affirmations de ses détracteurs toute la publicité nécessaire a été donnée à cette vente par la mairie de Vezelay. Il précise surtout n’avoir réalisée aucune plus value lors de la revente à la Safer, à laquelle il a cédé une « vingtaine d’hectares à environ 5000 francs (sic) l’hectare ».
Pour l’heure et en attendant que la justice se prononce, une seule certitude. Après avoir liquidé ses biens, c’est désormais le contribuable bourguignon, via le Conseil général, qui veille définitivement à l’entretien du sieur Soliveau.
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