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Entre les murs, l’école Break

Palme / mardi 23 septembre par Marc Godin
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Canonisé à Cannes, calibré pour devenir un phénomène de société, « Entre les murs » étonne entre deux bâillements et interpelle avec l’école de la République montrée comme une prison.

« Entre les murs » débute dans un bar. Au comptoir, François Marin, un prof trentenaire, cadré serré, commande un petit café, prend son temps, savoure ses ultimes minutes de liberté. Son visage est impassible. Dans quelques secondes, il va pénétrer pour la première fois de cette nouvelle année scolaire dans l’enceinte du collège Françoise Dolto, établissement réputé « difficile » du XXe arrondissement de Paris. Lui et la caméra ne sortiront plus de ce lieu clos, inégalitaire et discriminant. Nous sommes Entre des murs. Tout d’abord, ceux de la salle des profs. Les anciens combattants regardent les listes d’élèves aux côtés des petits nouveaux, un poil nerveux, et commentent : « Gentil, gentil, pas gentil, gentil, pas gentil, pas du tout gentil… » Puis François, le « héros » du film, se rend dans sa classe de quatrième. Une classe mixte, comme on dit, avec des Arabes, des Noirs, des Asiatiques et quelques « jambons-beurre ». Une année durant, on va le voir enseigner le Français à Cherif, Souleymane, Louise, Wei, Khoumba, Esmeralda, Arthur, Lucie… Ou plutôt, tenter d’enseigner. Car « Entre les murs » n’est pas un film d’apprentissage, c’est un constat d’échec, le film du refus. « Avant même de maîtriser un savoir, vous êtes déjà en train de me dire que ça ne sert à rien. Commencez par le maîtriser et après vous pourrez remettre en cause le fait qu’on l’utilise. »

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Entre les murs
© Haut et Court

Le quotidien de ce prof, c’est de faire face à la défiance, à la moquerie de ses élèves qui tchatchent et passent leur temps à le manipuler en l’embarquant dans des discussions vaines et stériles pour avoir le dernier mot. Les ados ne travaillent quasiment jamais et surtout ne veulent rien apprendre du professeur, notamment l’imparfait du subjonctif : « Vous croyez vraiment que j’vais aller voir ma mère et que j’vais lui dire il fallait que je sois fusse. » « Bah ouais c’est dans le Moyen-âge, ça… » « Un truc de pédé. » Et le malheureux prof d’argumenter, tandis que les autres se poilent et le vannent bientôt sur sa prétendue homosexualité. On est dans le désert pédagogique et à la fin de l’année, le bilan sera dérisoire : une partie de foot profs-élèves, peut-être la seule trêve entre enfants et adultes, la détresse d’une fillette qui déclare à son prof n’avoir rien appris en un an, Souleymane exclu définitivement avec en bonus un aller simple pour le Mali et, en deus ex machina, l’insupportable Esméralda qui avoue avoir lu La République de Platon…

Film de prison ou grand film républicain

A cette succession de micro-événements qui s’enchaînent mollement pendant 2h 10, on pourra préférer certains documentaires, notamment « Une vie de prof », tourné à Saint Denis il y a quelques années par l’agence Capa. Néanmoins, « Entre les murs », s’il ne passionne pas vraiment, intrigue, notamment parce qu’il ne juge pas et qu’il permet à chaque spectateur de projeter sur cet « écran neutre » ses souvenirs personnels d’école, bons ou mauvais, voire ses fantasmes. J’ai vu un film de prison désespérant, avec des élèves-prisonniers et des profs-matons, un film sur l’impossibilité de transmettre, là où la plupart des critiques, éblouis par l’or de la Palme, parlent « d’apprentissage de la démocratie » ou « d’un grand film laïc et républicain ». Plus étonnant encore, le film est maintenant en passe d’être récupéré par l’Education nationale qui va organiser une armada d’événements et de débats lors de la sortie en salles. On croit rêver…

Il manque un peu de cinéma

Si « Entre les murs » titille la plume pédagogique des journalistes, notamment depuis la canonisation cannoise, on parle néanmoins très peu de cinéma. Avec ce quatrième film, Laurent Cantet, réalisateur un brin surestimé de L’Emploi du temps ou de Ressources humaines, décide de montrer l’école « non pas telle qu’elle devrait être mais telle qu’elle est au quotidien », avec un dispositif à trois caméras DV : une sur son acteur principal, François Bégaudeau, ancien prof et auteur du bouquin dont est tiré le film, une autre sur les élèves, la dernière pour capter les imprévus, les moments de grâce ? C’est du champ/contre-champ, droite/gauche, une sorte de partie de tennis filmée mollement, sans enjeu mais pas vraiment désagréable, grâce à Bégaudeau et aux ados, tous de véritables bêtes de scène. On comprend bien que l’on est dans un film qui veut faire avancer le débat, mais il manque un peu de cinéma (comme dans le Jaoui, désolé de remettre ça les gars !) et de dramaturgie. Pour y remédier, Cantet va tenter de faire monter la tension quand Souleymane passe devant le conseil de classe, viré devant sa mère qui ne parle pas un mot de français. C’est le climax de ce film qui refuse obstinément le spectaculaire, mais il n’émerge de cette séquence aucune émotion. Peut-être parce que dans cette scène clé, les enfants sont au second plan et que tout est cliché, attendu et somme toute démago. Bref, le naturalisme de Cantet fait toc : la pseudo-dignité de la mère africaine en boubou qui se lève en disant « Au revoir messieurs-dames », les répliques des profs… Même s’il a décroché la première Palme depuis « Sous le soleil de Satan », Cantet n’est pas Pialat.

« Entre les murs », de Laurent Cantet, avec François Bégaudeau, Kranck Keïta, Esméralda Kertani, Rachel Régulier, Carl Nanor. En salles le 24 septembre

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Forum

  • Entre les murs, l’école Break
    le jeudi 30 octobre à 13:14, Renaud Chenu a dit :

    j’y suis allé, histoire d’avoir un avis… et je me suis fait chier… je vous trouve bien gentil Marc avec ce film, plus que moi en tout cas. ;-)

    Entre les cuisses, où les belles personnes ne tolèrent aucun mur

  • Entre les murs, l’école Break
    le mercredi 8 octobre à 14:12, Figure Toscane a dit :

    "Il manque un peu de cinéma comme dans le Jaoui"…

    Comme beaucoup ,je prends certaines mauvaises critiques "à l’envers" et celle-ci (moins négative que celle du Jaoui) me donne envie de voir Entre les murs, d’autant que je suis prof . Le livre est loin d’être sanctifié chez les collègues de français ; je suis la seule à faire travailler quelques élèves en soutien sur les deux ou trois pages lisibles et rigolotes du roman (les 10 fiches élèves et la grande fiche de Ming.

    C’est plutôt bien que ça manque un peu de cinéma je trouve, Cantet ; Jaoui même combat ?

    • Entre les murs, l’école Break
      le mardi 14 octobre à 15:54, MaLu a dit :

      Ma fille de 16 ans voulait absolument le voir car" ça peut m’apprendre des trucs" a t’elle dit. Moi en tous cas, mère d’élève, j’ai vu ce que pouvait être une classe de zep. Je me moque de savoir s’il y a petite ou grande exagération . Nous voulions voir un film, nous avons ri et été émues ; ma fille a vu ce que pouvait être la solitude de l’adulte lorsqu’il dérape, sous le coup d’incertitude, d’émotions mal maîtrisées. Elle a touché du doigt qu’un prof, c’est un individu comme les autres. Comme des parents.

      Ce film lui a rappelé que pour faire un retour sur plusieurs mois d’apprentissage, il faut savoir réfléchir et parler. Et il ne faut pas avoir une trouille viscérale d’aller "en professionnel", mais en avoir envie.

      J’ai vu un film et l’ai trouvé très bon, j’ai vu des acteurs amateurs, et les ai trouvés très crédibles, ma fille avait le sourire en sortant, nous avons parlé de ses profs, ceux qu’elle a aimés et pourquoi, et les autres ; c’est plus que ce que j’attendais d’un film décrié par tant d’enseignants…

  • Entre les murs, l’école Break
    le vendredi 26 septembre à 11:30, johnmarguerite a dit :

    Quelle erreur de penser que ce film ne juge pas l’école d’aujourd’hui ! Mais quelle monstrueuse erreur alors qu’on sait très bien ce que pense Bégaudeau de Brighelli et ce que pense Laurent Cantet du film "Etre et avoir" et son instituteur dont il juge les méthodes à la fois autoritaristes et réactionnaires.

    Ca me fait un tout petit peu plaisir de les voir rappelés à l’ordre par Philippe Meirieu dans une interview à Politis. Meirieu, qui a finement joué en se démarquant du film car c’était la seule option qui lui restait pour revendre sa camelote pédagogique.

    Mais il ne faut pas s’y tromper : "Entre les murs", c’est bien l’école de Meirieu, celle de l’élève au centre du système, des méthodes mixtes d’apprentissages de la lecture, de la loi Jospin de 1989 et, pour résumer, de la pensée IUFMesque dont la principale conséquence aura été de déboussoler toute une génération de professeurs qui, effectivement, n’ont plus que l’affectif qui les relient à leurs élèves pour essayer de donner un sens à leur travail, comme on le voit dans le film.

    PS : et qu’on n’imagine pas que le mandat Darcos me réjouisse (à part le retour aux fondamentaux du primaire).

  • Entre les murs, l’école Break
    le jeudi 25 septembre à 15:40, oxmore a dit :

    "Cantet… réalisateur un brin surestimé"…

    Ce film de CINEMA n’est pas le doc de CAPA (par ailleurs intéressant) , c’est une oeuvre de cinéaste ! Même Chabalier n’oserait pas profaner de telles bêtises.

    Que celui qui s’ennuie à ce film aille dormir ou voir "Faubourg 36" ou "Killer of Sheep", sûrement pour lui…

  • Entre les murs, l’école Break
    le mardi 23 septembre à 09:47, spino-for-ever a dit :

    salut

    je suis un peu atterré…

    Cantet "cinéaste surestimé" ( !!!), "manque de cinéma" ( ???) "micro-événements qui s’enchaînent mollement"( ?!…)

    c’est vrai, on est à des années-lumières d’Eastwood, de Gray ou de Scorcese. On est juste dans un moment où le cinéma français essaie de se réinventer, de se secouer, de proposer une vraie alternative à Taxi ou les Enfants du marais.

    Vous avez les œillères solidement arrimées. Dommage. Je n’ose imaginer ce que vous allez nous pondre sur Dernier Maquis, qui est avec Entre les murs le films français le plus important de l’année. Pas sûr que vous ayez même la curiosité de vous le faire. Dommage.

    cordialement

    S.

    ps : l’Agence Capa serait un de vos employeurs ? Nan, passque là, votre coup de lèche, c’est mignon comme tout !

    • Entre les murs, l’école Break
      le mercredi 24 septembre à 15:37, Laurent a dit :

      Curieuse conception de la critique.

      D’une part vous reprochez à M. Godin (avec qui j’ai le déplaisir d’être rarement d’accord) de critiquer ce film - que vous estimez, sans dire pourquoi, comme un des deux films français marquants de l’année.

      D’autre part vous lui reprochez aussi de louer ce documentaire de l’agence Capa, que je n’ai pas l’honneur d’avoir vu. Je ne peux donc pas en discuter la valeur. Mais doit-on s’interdire de dire du bien d’une oeuvre ? Vous ne vous en privez pas.

      En somme, auriez-vous remarqué le mot "critique" en haut de la page ? Une critique, c’est justement donner des bons et des mauvais points, certes subjectifs, du moins argumentés. Si vous voulez des compte rendus lisses, essayez les communiqués de presse.

      Je reviens sur votre remarque concernant une tentative de renouveau du cinéma français. Pouvez-vous détailler, et justifier le choix des deux films que vous citez ? Une discussion argumentée sur ce point serait très intéressante, dans le sens où on parle souvent de renouveau artistique en France, et pas que dans le cinéma, mais on ne voit jamais aucune suite au-delà des effets d’annonce… (du moins, ce n’est pas l’impression que je retiens).

      • Entre les murs, l’école Break
        le lundi 29 septembre à 13:35, spino-for-ever a dit :

        b’jour

        si, si j’ai bien vu "critique", justement.

        j’avoue que certains critiks ont un côté "peine à jouir" qui me fait de la peine.

        mais

        1/ je ne prétends pas l’être, critique

        2/ j’attends de ceux qui en font leur gagne-pain qu’ils m’informent en même temps qu’ils me donnent leur avis, qu’ils argumentent (et, contrairement à la descente racoleuse du film d’Agnès Jaoui, il y a ici de l’argumentation)

        3/ j’en ai un peu plein les roubignoles qu’on me pérempte du "il n’y a pas de cinéma" ou "ce n’est pas du cinéma"

        4/ le cinéma français se cherche, oui, certains (Cantet, Kechiche, Ameur-Zaimeche, Audiard, Dupeyron, même Richet,…) expérimentent des formes, des façons de raconter, d’essayer de changer de points de vue, de faire du cinéma en phase avec leur époque - mais là, à part vous conseiller d’aller voir leurs films et de les comparer au tout venant de la prod hexagonale, je ne suis pas armé pour argumenter - ce qui, visiblement, déplait au camarade Godin qui retrouvera ses repères au prochain film de Jean Becker (que je ne déteste pas pour autant)

        5/ signaler que tel doc est produit par "l’agence Capa" est du dernier saugrenu - "l’agence Capa" n’étant pas un gage de qualité exceptionnelle.

        6/ les bons et les mauvais points, il y a les petites étoiles sur Allociné pour ça

        cordialement

        S.

        • Entre les murs, l’école Break
          le samedi 4 octobre à 00:20

          2 remarques

          1 : Je partage entièrement l’analyse de Marc Godin, enseignant moi-même je peux vous dire qu’en salle des profs, cette semaine, les avis étaient septiques voire très critiques envers ce film et ce qu’il charrie. J’ai été surpris au gré de mes lectures dans la presse, du peu de commentaires réellement cinématographiques concernant ce film, cela n’est sans doute pas un hasard.

          2 : Si vous désirez visionner un film vraiment bouleversant, cruel et visionnaire sur l’école, la banlieue, la misère sociale…alors jetez-vous sur "de bruit et de fureur" réalisé en 1987 par Jean-Claude Brisseau. Une oeuvre féroce et inoubliable.

          • Entre les murs, l’école Break
            le dimanche 19 octobre à 21:41, Franzi a dit :
            un film pessimiste ; " je n’ai rien appris en un an" dit une élève. "Entre les murs" : l’école ne serait-elle pas ouverte aux cultures ?