Nicolas Sarkozy ne sera pas reparti de New York, où il était en visite officielle lundi et mardi, les mains vides. Le 22 septembre, il a reçu le Prix humanitaire de la Fondation Elie Wiesel qui récompense « des êtres exceptionnels qui ont consacré leur vie à combattre l’indifférence, l’intolérance et l’injustice ». Et le lendemain, c’est la puissante fondation américaine Appeal of conscience (Appel de la conscience) qui, après la chancelière allemande Angela Merkel en 2007, a décerné au président français le « Prix mondial de l’homme d’Etat 2008 ». Cette Ong qui verse dans le dialogue inter-religieux est présidée par un survivant de la Shoah, le rabbin Arthur Schneier, aimable figure de l’establishment conservateur juif américain. Nicolas Sarkozy a reçu son prix lors d’un dîner présidé par Serge Dassault, le propriétaire du Figaro-sénateur UMP de l’Essonne, et a été présenté à l’assistance par Henry Kissinger. Ancien secrétaire d’Etat des présidents Richard Nixon et Gérald Ford et nouveau maître à penser du parti Républicain (il initie actuellement Sarah Palin, la co-listière de McCain à la politique étrangère), Kissinger se révèle un mentor au passé plutôt encombrant.
L’enquête de Bakchich en vidéo
« Les crimes de monsieur Kissinger »
Conseiller à la Sécurité nationale de 1969 à 1974, sous la présidence de Richard Nixon, puis secrétaire d’Etat sous Gérald Ford de 1973 à 1977, Henry Kissinger a trempé dans des opérations opaques. Et c’est peu de le dire ! Selon le journaliste Christopher Hitchens, auteur du livre « Les crimes de monsieur Kissinger » paru en 2001, l’ancien secrétaire d’Etat est impliqué dans l’assassinat, en 1970, au Chili, du général Schneider. Ce haut-gradé qui commandait l’armée chilienne au moment de l’élection du président Salvador Allende est décédé en octobre 1970 après avoir été blessé lors d’une tentative d’enlèvement. Droit dans ses bottes et fidèle à Allende, il aurait été considéré par les Américains comme un obstacle au futur coup d’Etat du général Pinochet de 1973.
Toujours en Amérique Latine, on retrouve le nom d’Henry Kissinger dans les méandres du Plan Condor. Il s’agit là du nom de code d’une vaste opération menée par plusieurs dictatures (Chili, Argentine, Uruguay…) et visant à éradiquer les opposants politiques d’extrême-gauche qui fleurissaient sur le continent dans les années 70. Les méthodes employées étaient extrêmement violentes et les assassinats comme la torture des pratiques communes. Dans l’ouvrage « Les années Condor » publié en 2005, le journaliste John Dinges démontre qu’Henry Kissinger était parfaitement informé du Plan et ne s’y est pas opposé. La Guerre Froide battait alors son plein et Washington croyait dur comme fer que le communisme menaçait sa chasse gardée latino-américaine.
Après l’Amérique Latine, Kissinger sévit en Asie
Le rôle d’Henry Kissinger pendant la guerre du Vietnam est tout autant contesté. Entre 1969 et 1975, il participe à la décision prise par les Etats-Unis de bombarder illégalement des positions vietcong au Cambodge et au Laos. Résultat de ces opérations militaires : plusieurs dizaines de milliers de morts. Puis en 1975, sous la présidence de Gérald Ford, Henry Kissinger continue de sévir sur le contient asiatique. Il encourage alors le dictateur indonésien Suharto à envahir le Timor oriental qui venait juste d’être libéré par les Portugais. Cette opération a débouché sur des massacres de population et une catastrophe humanitaire qui fera au total près de 200 000 morts. Le Timor oriental n’est, lui, redevenu indépendant qu’en 2002…
Aujourd’hui, Henry Kissinger est cité comme témoin dans des enquêtes sur des crimes de guerre par des juges chiliens et espagnols. En cause : son rôle présumé dans le coup d’état militaire du général Pinochet au Chili, en 1973. Les Justices de plusieurs autres pays — dont la France suite à des plaintes de familles de Français portés disparus à cette époque au Chili — souhaitent l’interroger. Du coup, aujourd’hui, Henry Kissinger évite de se rendre dans certains pays européens…








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