Ça valait le coup d’attendre. Muet pendant plusieurs jours, comme incapable de réagir face à la crise qui secoue la planète finance, Super Sarko fait feu de tout bois : adoptant la posture d’un militant du futur nouveau Parti Anticapitaliste d’Olivier Besancenot, il critique les banquiers, les patrons, et même le capitalisme. De quoi rallier tous les Français à son panache ? La tonalité gauchisante de son discours de jeudi soir n’a pas impressionné les médias, que l’on avait connu plus respectueux. Même Le Figaro, journal paroissial de l’UMP dirigé par le très grand professionnel indépendant Etienne Mougeotte, s’est contenté d’un titre factuel en première page : « Sarkozy promet la garantie de l’Etat en cas de faillite bancaire ».
Les Echos, désormais dirigés par le sarkozyste de choc Nicolas Beytout, n’ont pas été plus enthousiastes : « Face à la crise, Sarkozy brandit le bouclier de l’Etat ». Le Parisien se contente d’un titre sobre : « Le retour de l’Etat ». Libération essaie de nous faire sourire avec « Notre sauveur ». Qu’en déduire ? À force de s’agiter dans tous les sens, Super Sarko découvre que sa parole ne touche plus personne. Promettre aux Français que l’Etat protègera leur argent déposé dans des banques, c’est la moindre des choses par les temps qui courent même si un mécanisme (limité à 70.000 euros) existe déjà.
S’engager à encadrer les rémunérations des patrons ne mange pas de pain d’autant que même le Medef y est favorable (de plus, le patronat va bénéficier d’une réforme de la taxe professionnelle, que du bonheur). Ce qui est plus intéressant, c’est quand Super Sarko s’attaque aux vrais sujets. « Ce n’est pas du tout le moment de s’occuper du déficit », a-t-il dit. Il joint le geste à la parole : le projet de budget pour 2009 prévoit un déficit de 49 milliards d’euros, soit 8 milliards de plus que prévu. Et ce n’est qu’un début puisque notre vibrionnant président qui n’est pas de gauche mais qui « aime la justice » promet de prendre les « mesures nécessaires » pour relancer l’activité en cas d’aggravation de la crise. De quoi encourager la Banque centrale européenne à baisser ses taux d’intérêt, comme l’y encourage l’agité de l’Elysée.
Voir le capitalisme et mourir
Le plus drôle dans le discours de Super Sarko, c’est sa volonté de refonder le capitalisme. « La crise financière n’est pas la crise du capitalisme, c’est la crise d’un système qui s’est éloigné des valeurs les plus fondamentales du capitalisme », a-t-il déclaré. « Si l’on veut reconstruire un système financier viable, la moralisation du capitalisme politique demeure la priorité ». Notre ami ne nous a pas dit quelles étaient les valeurs du capitalisme mais en parlant de moralisation, on comprend bien qu’il pense que le capitalisme n’est pas moral. Reste à savoir si le capitalisme doit être moral. Nous croyions bêtement que l’objectif du capitalisme était de faire fructifier le capital. Les traders et banquiers qui ont spéculé sur les subprimes et autres produits financiers exotiques croyaient la même chose. Les amis patrons de Super Sarko (les Bolloré, Bouygues, Lagardère et compagnie) aussi si l’on regarde bien leur parcours. Tous ces gens se sont-ils trompés ? Super Sarko, amateur de yacht, d’avions privés et de montres suisses hors de prix, va-t-il faire le tri dans ses amis patrons, en virant ceux qui sont trop payés et ceux qui ne comprennent pas la morale du capitalisme ?
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