Écartées, les salles mythiques du PS. Oubliées, les références au parti. Mis de côté pupitre et fiches cartonnées. Ségolène Royal a revisité le meeting politique. Trois quart d’heures de discours avec micro-cravate et prompteur installé discrètement en contre-bas de la scène. La présidente de Poitou-Charentes, tunique satinée bleue sur un jean avec cheveux bouclés façon star américaine, fait face à son public, entre deux interventions d’artistes. Seule sur la scène qu’elle investit de long en large, comme dans un one man show (voir la vidéo). « Bonsoir ! », lance-t-elle devant 4000 personnes de tout âge, « il y a une phrase dans cette chanson [du groupe Trust venu sur scène] qui prend un sens très fort aujourd’hui pour moi : “cesse de faire le point, serre plutôt les poings, Relève la gueule, je suis là, t’es pas seul” ». Les classiques ont comme qui dirait été revisités… Adieu aux références passées - Jaurès, Blum et Mendès France. Bonjour aux petits nouveaux : Hugo, Cyrano, Coluche ou Césaire.
« Pourquoi suis-je là ? »
Manifestement, ça marche… Cris dans la salle : « on t’aime Ségolène ». Le mot d’ordre est lancé : l’ex-candidate à la présidentielle qui a mis, il y a une semaine, au « frigidaire » sa candidature au poste de Premier secrétaire du PS, est bien là. Elle va même jusqu’à citer Nelson Mandela : « laissons briller sa lumière ». Avant de lancer : « Je suis là aujourd’hui, je serai là demain ! ». Certains de ses petits amis au PS vont pas être contents ! Surtout qu’elle ne s’est pas arrêtée là. Mains sur les hanches, tête en avant, corps déhanché façon comique sur scène, elle mime une saynète : « Avec des airs d’inquisiteurs aigris, on m’a dit : ““toi, tu fais la fête alors que la crise financière est là ?”” ». La salle exulte.
Sûre de ses effets, la socialiste poursuit. « Pourquoi suis-je là ? Pourquoi j’avance encore ? Pourquoi après trois ans de combats et d’épreuves, je suis encore debout ? » Après le stand-up, voici venu le temps des confidences scénarisées. Le tout figurant dans la version écrite du discours distribué à la presse… « On me dit : il faut relativiser les épreuves, Ségolène, c’est de la politique, c’est normal les coups ! Relativisons donc », lâche Royal, le corps animé comme celui d’un acteur de théâtre. « Depuis trois ans, il y a eu la riante primaire, la courtoise présidentielle, les gentils coups bas, les tendres attaques, les doux cambriolages, les amicales pressions et les charmantes épreuves personnelles… ». En référence à la séparation avec le père de ses enfants. « Tout le monde le sait dans la salle, je ne vois pas pourquoi elle ne l’aurait pas dit », justifie un de ses proches après le meeting.
« On n’abdique pas l’honneur d’être une cible »
Royal fait manifestement fi des critiques qui lui seront adressées par nombre de socialistes sur ce mélange des genres. Imperturbable, elle ajoute « quelques mots plus personnels » : « J’ai appris qu’il faut savoir perdre sans amertume pour pourvoir un jour gagner sans triomphalisme ». Enfin, la socialiste en appelle à la salle, comme dans n’importe quel stand-up digne de ce nom. « Il faut choisir : courber l’échine ou relever la tête. Que choisissons-nous ? ». On vous laisse deviner la réponse de la salle… Et comme un pied de nez, elle cite Cyrano de Bergerac - « On n’abdique pas l’honneur d’être une cible » - en reproduisant le salut d’une fin de pièce de théâtre.
« Ségolène Royal était totalement libre. Elle a trouvé cette allure, ce ton, ce phrasé qu’elle cherchait », analyse son fidèle soutien Jean-Louis Bianco. La maire du IVème arrondissement de Paris, Dominique Bertinotti, ajoute : « C’est un autre langage compréhensible par tous ». Ségolène Royal, elle, conclut sur le mot de fraternité qu’elle égrène syllabe après syllabe et qu’elle répète de plus en plus vite, le tout repris en choeur par la salle. Certains vont s’arracher les cheveux, rue de Solférino…
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