Si Denis-Marie Cintura a commencé sa carrière sportive à Nice, le Full Contact, son véritable cœur de métier reste la politique. Homme de réseaux, c’est à Grasse, le berceau natal de Charles Pasqua qu’on le retrouve.
Comme responsable de l’Office du tourisme de la capitale du parfum, mais aussi candidat aux élections municipales de 1995 sous les couleurs du RPR. Pour le parti de Jacques Chirac c’est alors l’époque de la reconquête dans le Sud–Est de la France, région ou les félons du Parti Républicain (et balladuriens) sont fortement implantés. À quelques kilomètres, lors de ces mêmes municipales, le parti chiraquien tente de récupérer le grisbi : Nice ! Après l’exil de Jacques Médecin, la Baie des anges se cherche un nouveau maître.
Une jeune énarque proche de Jacques Chirac, Patrick Stefanini, qui mène une brillante carrière - [1] au ministère de l’Intérieur (cabinet de Pandraud, puis aux côtés de Chirac (directeur de sa campagne présidentielle) et Juppé (directeur adjoint de son cabinet à Matignon) - est dépêché sur place pour encadrer la candidature de Jean-Paul Baréty. Après une campagne électorale mouvementée, le candidat du RPR se fait finalement étaler au profit d’un dissident du FN, Jacques Peyrat, que le parti chiraquien ne tardera toutefois pas à recycler.
Malgré l’échec à Grasse comme à Nice, Cintura a su faire valoir ses talents et remonte sur Paris dans les bagages de Stefanini. Ce dernier se porte, dans la foulée, candidat aux législatives anticipées de 1997 dans le XVIIIème arrondissement. Une confrontation particulièrement musclée dans cet arrondissement populaire, qui plus est fief de Lionel Jospin, appelé en cas de victoire à hériter de Matignon. Les équipes de gros bras corso –niçoises cornaquées par le disciple du Full contact Cintura n’y passent pas inaperçues. Mais le match se solde par un nouvel échec pour le tandem Stefanini/Cintura.
À cet affrontement droite/gauche relativement classique vient s’ajouter un duel fratricide au sein de la droite parisienne, et dont l’affrontement Séguin/Tiberi marquera l’apogée, lors des municipales de 2001.
« L’exécuteur » du XVIIIème arrondissement
Dans le XVIIIème arrondissement, l’homme à abattre est une femme et se nomme Roxane Decorte. Membre du RPR depuis 1988, l’ingénue ne doute de rien et prétend piétiner les plates-bandes électorales de Stéfanini dans le coin. En 2004, l’hebdomadaire Marianne résume ainsi la situation : « la blonde et juvénile jeune femme - elle ne fait pas ses 33 ans - a des motifs d’inquiétude. Voilà quelques années déjà que le techno-juppéiste Patrick Stefanini et l’ex-député Jean-Pierre Bloch ont fait du flinguage de cette gaullo-populiste en socquettes blanches une affaire personnelle. Avec Denis-Marie Cintura dans le rôle de l’exécuteur ».
Autant de péripéties qui n’entament pas l’ascension de Denis-Marie Cintura au sein de l’appareil du parti chiraquien. Ses qualités sportives séduisent jusqu’à Alliot-Marie lorsqu’elle prend la tête du RPR, au point d’en faire son « ministre des sports » dans le cabinet fantôme (12 membres) qu’elle met en place pour contrer le gouvernement de Lionel Jospin. C’est Patrick Devedjian qui est chargé de coordonner une équipe où l’on trouve également Gérard Larcher (Affaires sociales), Christian Jacob (Agriculture), Jean de Boishue (Culture) et encore Françoise de Panafieu aux Affaires Etrangères….
De la théorie à la pratique, il n’y a, dit–on, qu’un pas. Ceux franchis par Cintura dans le football ès qualité de président de club, vont s’avérer périlleux et conduire celui qui se présente comme « juriste de formation » devant le tribunal correctionnel de Nanterre où il est mis en examen pour « abus de confiance », « abus de bien sociaux », recel d’abus de confiance », l’ensemble assorti d’un contrôle judiciaire. Un dossier instruit par le juge Richard Pallain et où déjà se mêlent l’argent, le sport et la politique.
Vis ton foot !
Les faits remontent à 2004 et trouvent leur origine dans un signalement de Tracfin (organisme en charge de la lutte contre le blanchiment), lequel signale à l’attention du parquet de Nanterre le fonctionnement « atypique » de l’association « RCF RCP vis ton Foot » dans sa gestion des 600 000 euros de subventions dispensés par la région Ile-de-France, ainsi que des liens « douteux » que cette association entretient avec le Racing Club de Paris, club de foot installé à Colombes, dans les Hauts-de-Seine. Déclarée initialement en 1993 à la Préfecture de Paris, sous la dénomination « Couleur Carnaval » et dédiée à la production artistique dans la rue, l’association change plusieurs fois de nom avant de devenir « Vis ton Foot » au début des années 2000. Subventionnée essentiellement par le Conseil Régional, mais aussi par le loto sportif et l’OPHLM de Colombes, l’assoc’ est supposée organiser des stages pendant les vacances pour les écoliers des quartiers difficiles.
Suite au signalement de Tracfin, l’examen des comptes de « Vis ton foot » met en lumière d’importants détournements de fonds au profit du Racing Club de Paris, et dont le président n’est autre que Denis-Marie Cintura. Ceci sous couvert d’un « partenariat » à hauteur de 300 000 euros pour l’année 2004/2005. Des sommes supposées couvrir la participation des joueurs à l’animation des bambins, mais qui en réalité servent à financer les dépenses courantes du club : salaires des joueurs, voyages, dépenses de communication.
Le Conseil régional pas vindicatif
Dans le même mouvement, et dans le sillage de la faillite du club, l’instruction s’intéressait alors aux comptes du Racing. Il en ressortait 15 000 euros de notes de frais réalisées par Denis Cintura sans justificatifs. « Perdus ou volés » expliquait le malheureux bénéficiaire, sans convaincre le juge de le dispenser d’une mise en examen supplémentaire pour « abus de biens sociaux ».
En arrière plan de ces erreurs de gestion – une affaire non jugée et pour laquelle Cintura est donc présumé innocent –, relevons un fort parfum politique. Dans ses déclarations au juge, la présidente de l’association, mentionne en effet avoir connu Denis-Marie Cintura en 1996 « par le milieu associatif et politique ». On notera d’ailleurs que le Conseil régional à raté l’occasion de se porter partie civile dans ce dossier.
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