Jeudi 2 octobre, Bakchich racontait comment un milliardaire aujourd’hui décédé, Hugues de Lasteyrie, l’un des deux plaignants à l’origine de l’affaire Rhodia, menait avant sa mort des investigations serrées sur les liens entre Jean-René Fourtou, ex-PDG de Rhône-Poulenc passé à la tête de Vivendi, et le groupe Hottinguer. Banquiers depuis le XVIIIème siècle, dont plusieurs décennies passées en Suisse, les Hottinguer ne sont pas des habitués des pages people des magazines. Le public ne les connaît pas, mais le groupe pèse lourd dans l’establishment français.
Même Roger-Patrice Pelat, l’ami de Mitterrand
Dans le carnet d’adresses du baron Henri Hottinguer, qui fut longtemps membre du conseil de surveillance d’Axa, on trouve le milliardaire belge Albert Frère, le « parrain » du capitalisme français Claude Bébéar, une brochette de patrons du CAC 40, tel Vincent Bolloré et, bien entendu, Jean-René Fourtou. On y trouve aussi la famille Pelat, du nom de cet ami proche de François Mitterrand, dont les « prêts » à Pierre Bérégovoy ont défrayé la chronique politico-financière avant le suicide de l’ancien premier ministre en 1993. Roger-Patrice Pelat copinait avec le baron, leurs fils se fréquentent toujours et font du business ensemble. Chez les Hottinguer, on chasse énormément, le gibier comme les beaux clients.
Car le groupe vient de fêter en septembre l’anniversaire de 222 ans de présence dans un secteur plus que lucratif : la banque privée, c’est-à-dire la gestion des économies de clients issus de tous les horizons et tous plus riches les uns que les autres. Comme l’a souligné le journal suisse Le Temps le 26 septembre, un « voile de discrétion nimbe » l’établissement, mais on sait néanmoins qu’il gère, pour sa seule branche suisse, quelque 4,8 milliards d’euros d’actifs. En France, le groupe dispose d’établissements financiers et d’une foncière propriétaire d’un parc d’entreprises, 70 hectares aux portes de Paris, dans le Val-de-Marne.
Dans la famille Hottinguer, on a la tête sur les épaules, et on reste confiant dans ce beau business tant que les conditions optimales sont réunies, et notamment le secret. « Le secret bancaire va évoluer, il faut préparer les clients sans les inquiéter car le secret bancaire est solide », déclarait au Temps Rodolphe Hottinguer, l’un des fils, associé-gérant de la banque. Quand on lit les déclarations de ce dernier, on sait où on met les pieds : « La ponction fiscale pénalise l’essor économique… »
L’unité de la famille explose, et le groupe avec
Au moins une chose est sûre : le secret sur le périmètre du groupe Hottinguer est difficile à lever tant les nébuleuses sont enchevêtrées par un jeu de filiales et de participations croisées et enregistrées dans différents pays. Une opacité dont quelques amis bien placés ont peut-être profité ? Mystère. Le milliardaire Hugues de Lasteyrie, qui enquêtait sur le groupe Hottinguer, n’a pas eu le temps d’aller au bout de ses recherches.
Bagarre pour un appartement
Un bel appartement de 260 mètres carrés, situé dans un hôtel particulier construit par la famille Panhard, à deux pas du faubourg Saint-Honoré, suscite quelques bisbilles dans la famille Hottinguer. Ancien logement de l’un des fils du baron, Frédéric Hottinguer, en pleine procédure de divorce, il est occupé par sa femme et leurs enfants, qui en ont obtenu la jouissance. Mais la banque du Luxembourg, qui avait prêté 1 million d’euros, réclame la vente de l’appart depuis que Hottinguer a cessé de payer les échéances. Une administratrice provisoire a été nommée et la bagarre perdure au tribunal.
Au fil du temps, les structures de ce groupe tentaculaire ont été regroupées dans deux branches, Emba et Sirvana, correspondant à deux branches de la famille : le baron Henri et ses deux fils Rodolphe et Frédéric pour la première ; Paul, frère de Henri, et son fils Philippe, pour la seconde. Et avec les années sont venus les désagréments. L’unité familiale a explosé et les deux branches se déchirent les morceaux de l’empire à belles dents, la branche Sirvana, actionnaire minoritaire, reprochant à Emba de ne pas lui distribuer les dividendes appropriés… Deux arbitrages se sont déroulés dans le plus grand secret devant la cour d’appel d’Amsterdam afin de tirer les choses au clair. Et la justice s’en est mêlée, à coup de requêtes au tribunal de commerce et de citations directes au tribunal correctionnel à l’injonction des membres minoritaires de la famille. Contacté par Bakchich, l’avocat de Paul et Philippe, Thibault de Montbrial, qui avait en 2004 assigné Henri, Rodolphe et Frédéric, n’a pas souhaité faire de commentaires. Depuis 2006, les deux fistons du baron ont pris par la grâce de leur papa les rênes de l’empire.
Les affaires de famille finissent mal, en général…
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