Nicolas Sarkozy est ravi de son sommet de l’Élysée du week end dernier. Certes les Allemands se sont montrés agacés par tout ce qui se passait. Ils ont souligné à l’envie l’approximation générale dans l’approche des Français qui consiste par exemple à parler encore de Maastricht en ce qui concerne les règles de politique économique sur le déficit et la dette publics alors que ces dernières sont désormais formellement celles du Pacte de Stabilité et de Croissance issu du traité d’Amsterdam. Ils se sont permis d’insister sur le fait que tout le monde maintenant se félicite de l’action de la Banque centrale européenne (BCE) pour mieux traîner dans l’opprobe le jadis encensé Greenspan.
Mais rien de tout cela n’a vraiment ébranlé Sarkozy. Pour lui, tout ce qui arrive est en train d’effacer d’un seul trait les critiques qu’essuie de façon récurrente depuis qu’il est élu sa politique économique. La loi Tepa, les 35 heures supprimées sans l’être tout en l’étant, les caisses vides, le pouvoir d’achat évoqué sans trop insister tout en insistant, bref tous les discours plus ou moins fumeux et contradictoires qu’il a pu prononcer ici ou là sur la politique économique sont oubliés. La population s’inquiète sur l’avenir même de ses comptes en banque et sur la sauvegarde de son épargne. Jouant subtilement sur une dramatisation plus ou moins maîtrisée de la situation, Sarkozy se présente en maître du jeu rassurant et ferme. Il a houspillé les banquiers la semaine dernière lors d’un exercice de style qui a laissé ceux qui n’étaient pas pantois totalement indifférents. Il a dévoilé en anticipation des mesures de moralisation des rémunérations des dirigeants des grandes entreprises au risque de contrarier Laurence Parisot,-ce qui est désormais le cadet de ses soucis-. Et il a conduit cette remarquable réunion de l’Élysée dont le résultat le plus tangible est que la France ne sera pas condamnée à Bruxelles malgré ses dépassements dans les déficit budgétaires et ses entorses aux règles fondamentales de l’Union économique et monétaire.
Son ciel personnel se dégageant, Sarkozy va pouvoir s’intéresser aux vrais problèmes économiques, à savoir le savant jeu de chaises musicales sur les postes à pourvoir dans le secteur financier. Il téléphone sans cesse pour déterminer qui va prendre la tête de Dexia, remodèle l’état major de l’Autorité des marchés financiers dont le président Michel Prada part à la retraite, consulte pour les Caisses d’épargne, a déjà condamné Augustin de Romanet, le directeur de la Caisse des dépôts…. Au passage, il se demande s’il ne serait pas temps de faire pression pour un renouvellement à la tête de Renault. Le secteur industriel l’intéresse toujours et il y voit des enjeux plus fondamentaux que dans les bouleversements bancaires.
Il entretient donc le tournis habituel. Sauf que cette fois-ci, des tendances se dégagent de ses déclarations contradictoires : il ne supporte plus Fillon et aura du mal à tenir avec lui jusqu’à la fin de la Présidence française de l’Union européenne. Quant à Christine Lagarde, elle assiste impuissante à la prise du pouvoir d’Eric Wœrth sur Bercy, avec un mélange de désarroi et de soulagement. Ainsi qu’au retour en faveur du brave Henri Guaino qui, maintenant que les sanctions européennes ont été écartées, se sent plus fort que jamais…
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