De tous temps, les épouses de chefs d’Etat ont usé de leur influence auprès de leurs époux pour l’encourager à prendre telle décision ou l’infléchir concernant telle autre. Mais toutes se sont montrées plus ou moins discrètes, oeœuvrant dans l’ombre de leurs maris, respectant la fonction présidentielle et ne se consacrant publiquement qu’à des actions sociales ou des oeuvres culturelles.
De Hillary Clinton à Rania de Jordanie, c’était et c’est la règle. En Tunisie, Wassila Bourguiba qui avait certes beaucoup d’influence, faisant et défaisant des ministres, était aussi entourée de nombreux courtisans dont l’art de courber l’échine pour être bien vus d’elle était devenu une profession.
Mais Wassila demeurait relativement en retrait concernant la politique gouvernementale ; mieux : elle accompagnait Bourguiba dans son oeuvre de libération de la femme, de développement du pays et d’édification d’un Etat moderne.
Or, force est de constater que ce que l’on vit aujourd’hui en Tunisie, c’est un exemple inédit dans l’histoire des démocraties et des dictatures. L’influence de Leïla Trabelsi a dépassé toutes les « normes » plus ou moins admises ou tolérées. Sa suprématie est même incontestée. Ses « discours » sont diffusés en boucle par la Radio et la Télévision officielles et intégralement publiés par la presse gouvrnementale ; sa photo régulièrement publiée en Une des journaux. Elle se permit même de faire le discours de clôture de la campagne électorale de 2004 sous les applaudissements de son époux (ce qui avait valu à l’époque le limogeage d’un fonctionnaire du ministère de l’Intérieur qui avait osé affirmer en privé « la République est foutue »).
Première drame
De plus, les réunions quotidiennes et matinales qu’elle tient dans le Salon bleu du Palais avec son clan et ses courtisans sont légendaires. Tout le gouvernement lui est inféodé. Les rares ministres et responsables ayant eu l’audace de mettre en garde contre sa prééminence ont été chassés comme des malfrats, bannis à jamais de la politique, à l’instar de l’ancien ministre et conseiller de son Général de mari, Mohamed Jegham.
Rien, dans les rouages de l’Etat, n’échappe à son regard ni à son contrôle, et cela avec le laisser faire, voire la permissivité de son mari qui, tel Rodrigue n’a d’yeux que pour elle….
Ainsi pour paraphraser le Roi-Soleil, « l’Etat, c’est elle, Leïla »… Voilà en substance pour ce qui est de l’aspect politique dans cette comédie dramatique.
Au chapitre économique, un industriel désemparé m’a récemment confié qu’aucun « marché, aucun projet d’une valeur supérieure à un million de DT (600 000 euros) ne peut se concrétiser ni obtenir un quelconque agrément sans l’autorisation des Trabelsi ». Quel meilleur exemple pour illustrer cette tragique mainmise sur l’économie tunisienne !!!
En effet, tous les secteurs de l’économie sont sous le contrôle de cette « Première Drame » de Tunisie et sa famille : le Transport aérien ou terrestre ; l’importation en tous genres, allant des pièces détachées jusqu’aux vêtements et autres produits de consommation souvent contrefaits ; l’immobilier ; les Domaines de l’Etat bradés pour un Dinar (0,60 euro) le mètre carré. Tout y passe. Les rentrées douanières se raréfient car les containers qui arrivent dans les ports se font par arrangement avec la famille Trabelsi ; bref les finances publiques sont quasiment à genoux.Des secteurs porteurs en Tunisie tels lhoteelerie et le tourisme en général depuis des lustres sont usurpés au profit de ses affidés et autres cireurs de pompes.
A propos de pompes, justement, la femme du président philippin déchu en 1986, Imelda Marcos et ses 17 000 paires de chaussures, apparaît comme une piètre corrompue par rapport aux exploits inédits de Mme Trabelsi-Ben Ali et sa famille…
En verrouillant ainsi un système politique et économique pour préserver ses intérêts immédiats et ceux de sa seule famille ; en profitant de « l’absence » de plus en plus manifeste et remarquée de son président d’époux, voire avec sa bienveillance, Leïla Trabelsi conduit tout un pays droit dans le mur et hypothèque son avenir pour de très longues années.
A moins d’un sursaut populaire devenu plus que jamais aussi indispensable qu’urgent. Mais qui tarde à venir…








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