Depuis son départ du gouvernement consécutif à la claque - malgré le score serré - reçue aux législatives de juin 2007, Alain Juppé n’a eu de cesse de jurer fidélité aux Bordelais ad vitam æternam. « Je me consacrerai uniquement aux Bordelaises et aux Bordelais », martelait-il. Le 4 février 2008, il déclarait ainsi que la ville « suffisait amplement à (son) bonheur, ne désirant se consacrer qu’à (sa) tâche de maire de Bordeaux, si les Bordelais (lui) accordaient leur confiance ». Avant d’enfoncer le clou d’une communication bien huilée le 29 février, réitérant son refus d’intégrer le gouvernement : droit dans ses bottes, Alain Juppé se contentait d’un « non » laconique.
Stratégie payante. Car la réélection fut triomphale. 57 % dès le premier tour, le 9 mars, et un retour en grâce dans les médias nationaux, comme les prémices d’une stature retrouvée. Curieux hasard, dès le surlendemain, Alain Juppé mettait la première goutte d’eau dans son vin : dans une interview au Monde, il déclarait : « Que cela soit clair : je ne prendrai pas de responsabilités nationales, car je ne me sens pas le besoin de le faire, et j’ai envie de plaider la cause des villes souvent ignorées et méprisées ». Difficile de se démentir si rapidement. Pourtant, Alain Juppé a cru utile, questionné sur le caractère définitif de sa position, de préciser : « C’est ce que je pense aujourd’hui. » Et de mois en mois, l’ex « meilleur d’entre-nous » ne cesse d’ajouter de l’eau, au point que son verre de Margaux ressemble maintenant à une piquette de supermarché. Le 30 juillet dernier, il déclarait ainsi qu’il « n’entend(ait) pas reprendre une activité nationale opérationnelle dans les mois qui (venaient) ». Difficile de faire plus alambiqué.
Enfin, la semaine dernière, à l’occasion de la présentation du documentaire « L’enfer de Matignon » à l’Institut de journalisme de Bordeaux, Alain Juppé n’a pas manqué de mentionner qu’il se verrait bien retourner au gouvernement. Interrogé sur une usure après son passage à Matignon, il a répondu goguenard : « On est usé…mais on refait ses forces avec le temps. » Un bel appel du pied. Reste qu’Alain Juppé, pressenti pour retourner à Bercy en ces temps de vaches maigres, devra sans doute attendre le fameux remaniement ministériel, annoncé pour l’année prochaine. A moins que Nicolas Sarkozy, exaspéré par la « nullité » de Christine Lagarde, n’en décide autrement.










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