A la fois expert-comptable/commissaire aux comptes que grand spécialiste des pratiques du 1% logement – les fonds affectés par une majeure partie des entreprises, via des organismes collecteurs, au logement social –, Didier Lamy est un pivot du secteur. Cette manne qui tombe chaque année, soit plus de 3,5 milliards d’euros, il en connaît par coeur les dessous puisqu’il a même publié il y a quelques années un livre sur le sujet. En tant que créateur, en 2001, avec son épouse d’un site dénommé Aidologement.com, l’intéressé se retrouve au centre de plusieurs rapports de la Cour des comptes, qui tentent de décortiquer l’usine à gaz.
Grâce à son site, le premier à délivrer en ligne les aides au 1% logement, que ce soit une avance gratuite du dépôt de garantie pour une location, des prêts pour réaliser des travaux ou des avances en cas de difficultés à rembourser un emprunt, les locataires devaient plus facilement trouver le coup de pouce financier attendu qu’en se noyant dans le maquis administratif.
Des rémunérations touchées dans des conditions parfois floues
« Malgré l’ancienneté du 1% logement, créé en 1953, ces aides restent méconnues du grand public, et donc un peu inaccessibles », racontait Lamy en mars 2001 au magazine Transfert. Un logiciel spécialement créé, baptisé du nom évocateur de Jéricho, devait permettre au public de remplir les formulaires en ligne. En échange de quoi, comme plusieurs « relevés d’observations provisoires » de la Cour des comptes datés de juillet 2008 le précisent, Lamy touchait de belles rémunérations dans des conditions parfois floues. D’autant plus que les locataires ne se sont pas toujours pressés au portillon pour utiliser son site… Les magistrats administratifs, qui ont lancé une série d’enquêtes – non achevées à ce jour – sur des organismes chargés de collecter auprès des entreprises l’argent du 1%, feront probablement la lumière.
Logement social : bagarre pour un pactole
Christine Boutin, la ministre du Logement, a déclaré la guerre au « 1% » logement. Alors qu’il n’y a souvent pas assez de logements sociaux dans la plupart des communes, elle a décidé que désormais serait prélevé chaque année un bon quart de l’argent versé par les entreprises par le 1%. Soit quelque 850 millions d’euros, qu’elle souhaite affecter à l’Anru (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine), c’est-à-dire la rénovation des quartiers.
Mais le secteur du 1%, qui tient à garder sa cagnotte intacte, résiste et s’est lancé dans un lobbying intense auprès du gouvernement et des parlementaires.
Ces structures de collecte, les comités interprofessionnels du logement (CIL), auraient-elles versé trop d’argent pour pouvoir utiliser ce fameux site ? C’est ce que se demande la Cour des comptes. Normal : Didier Lamy était le seul à proposer ce type de service et bénéficiait d’un quasi-monopole. Exemples : concernant les collecteurs Cilgere ressources et Cilgere Entreprises, quelque 2,2 millions d’euros auraient été dépensés pour bénéficier du service d’Aidologement, comme acheter le fameux logiciel. Le collecteur Solendi aurait, lui, versé 620 000 euros ainsi que 2,4 millions destinés à un GIE « dont les dépenses sont presque exclusivement destinées à rémunérer les prestations », selon la Cour, d’Aidologement et de la société de Lamy. Sur les millions qui ont été apportés par les collecteurs (qui avaient prévu d’entrer au capital du site, avant de faire machine arrière), combien exactement ont atterri dans les caisses de Didier Lamy ? Encore un élément que les enquêteurs cherchent à confirmer ou infirmer.
Didier Lamy, mis en examen dans un autre dossier
Les temps sont durs pour Didier Lamy, dont l’avocate Isabelle Anselin n’a pas donné suite à nos demandes d’entretien. Pour son boulot d’expert-comptable de plusieurs associations collectrices, il est mis en examen depuis décembre 2004 dans l’affaire du 1% dans les Hauts-de-Seine. Le juge de Nanterre, qui instruit un dossier où un ancien proche de Nicolas Sarkozy est mis en cause, Thierry Gaubert, lui reproche quelque confusion dans son travail de commissaire aux comptes. Déjà, le liquidateur de cette association avait failli en 2000 déposer plainte contre Lamy après un rapport incendiaire de l’Inspection générale des finances. Avant de laisser tomber…
Bah, rien de très grave. Lamy est bien entendu présumé innocent, et le dossier du 1% logement dans les Hauts-de-Seine est ouvert depuis plus de 10 ans au tribunal de Nanterre, pas de raison qu’il se referme trop vite…
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