Blocages des routes et échauffourées ont paralysé jusqu’à vendredi 5 décembre la Guyane, la région française d’Amérique du sud, où le carburant présente la particularité d’y être le plus cher au monde ! Un exploit quand on voisine l’un des principaux producteurs d’or noir, le Vénézuela… Les protestations ont éclaté lorsque la Préfecture a donné son feu vert à la hausse du prix du carburant à la pompe : 1,77 euros le litre de 95 (moyenne national 1,17 euros) et 1,55 pour le gasoil (moyenne nationale 1,09). Et alors même que le prix du baril retombait en dessous du seuil des 50 dollars…
La Guyane est une région et un département à la fois. C’est même le plus grand département français, avec une superficie équivalente à celle du Portugal, et le plus boisé avec 96 % du territoire, couvert d’une forêt équatoriale. Ainsi, quelques barrages routiers disposés à des endroits stratégiques de ce territoire au réseau peu dense suffisent à bloquer toutes les activités économiques et sociales. Résultat : écoles et magasins fermés, services publics au ralenti, lancement d’Ariane du centre spatial à Kourou annulé, l’aéroport international fermé.
Un vent de révolte contre l’État français
L’objectif de ce mouvement visait à obtenir de l’État une réduction du prix de l’essence de 50 centimes. Un prix actuellement fixé administrativement par le Préfet. Contrairement à la métropole ou dans les départements d’Outre-mer, en Guyane ce n’est pas l’État qui taxe les carburants mais la Région, laquelle alimente l’ensemble des collectivités locales qui prélèvent ainsi, dans le département, environ 70 centimes sur un litre de carburant.
C’est pourtant bien l’État qui est la cible prioritaire de cette jacquerie , un mouvement d’ailleurs soutenu par les élus locaux et tout ce que la Guyane compte d’associations professionnelles, religieuses et culturelles. Derrière Paris, c’est la SARA, la Société anonyme de la raffinerie des Antilles, importateur privé, qui est sur la sellette. Créée il y a près de 40 ans à l’initiative de cinq majors (Total, Elf, Shell, ESSO, Texaco) la société est accusée par nombre d’élus de fraude. Ces derniers réclament la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire.
De l’origine de la crise
Le prix de l’essence en Guyane est en effet l’objet d’intenses polémiques déjà depuis des mois. En février 2007 la Guyane - qui s’approvisionnait jusqu’à cette date à Trinidad - a été contrainte, suite à une décision de justice, à se fournir désormais en carburant selon les normes européennes. Oui, la Guyane fait partie des sept régions ultrapériphériques (RUP) de l’Union européenne. Ainsi est–elle est le seul territoire de l’Union européenne sur le sous-continent sud-américain.
Cette mise au normes de l’essence ne devait pas seulement faire grimper en flèche du prix des carburants mais également provoquer l’ire des concessionnaires automobiles locaux qui, incrédules, constataient que les carburateurs des véhicules vendus par leurs soins rendaient l’âme avec une précocité inconnue dans les autres départements français. Un mystère appelé toutefois à s’éclaircir.
Après enquête il apparaissait que l’essence nouvellement commercialisée en Guyane contenait des teneurs en souffre huit fois supérieures aux normes européennes autorisées. Le pétrolier mis en cause –il vendait de la margarine frelatée au prix du beurre – invoquait des problèmes de raffinage. Qu’à cela ne tienne, il allait désormais se fournir à la Martinique avec pour conséquence une hausse prévisible du coût du transport. Afin d’ éviter une nouvelle flambée, l’État mettait au point un système de « lissage », se traduisant par une dizaine de hausses, étalées entre le 1er février 2007 et le 1er janvier 2009.
Une voie sans issue ?
Comme les collectivités locales perçoivent 70 centimes de taxe sur le prix du carburant, c’est vers le Conseil régional que se tournait l’État pour demander une baisse des taxes, promettant en échange de verser 10 millions d’euros pour financer le manque à gagner. La région guyanaise estimant,elle, qu’une baisse des prélèvements toucherait trop durement son budget et par ricochet l’économie locale. Très dépendante de la demande publique, cette dernière déplore d’être contrainte de faire appel à la Sara et de ne pas importé son carburant directement du Vénézuela comme tous les pays voisins, où l’essence est beaucoup moins cher.
C’est pour cette raison que les collectivités locales et de la région de Guyane, toutes tendances politiques confondues, étaient prêtes à donner l’ordre de lever des barrages routiers si l’État met immédiatement sur la table les 10 millions d’euros promis pour 2009 par Yves Jego. Le Secrétaire d’État à l’Outre-mer a initialement proposé cinq millions d’euros à la condition que la Région accepte de céder sur une baisse complémentaire de 20 centimes du prix de carburant. Vu la résistance, Yves Jego a doublé la mise espérant obtenir la baisse de 50 centimes exigée par les manifestants car les importateurs à leur tour ont accepté de réduire de 30 centimes de leur part…
L’accord a finalement été signé et les derniers barrages levés vendredi dans la soirée.
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