En 2002, une dizaine de géants mondiaux du ciment avaient publié un Programme d’action pour un développement durable. Beau programme qui n’a pas trompé grand monde. Cette industrie lourde et dévoreuse d’énergie reste particulièrement polluante, et se retrouve dans le collimateur de la conférence des Nations Unies sur le climat, qui se déroule depuis lundi 1er décembre en Pologne. Samedi 6, Nicolas Sarkozy sera présent au sommet pour discuter du « paquet énergie-climat ». En clair, faire en sorte que les Etats réduisent drastiquement leurs émissions de carbone, particulièrement nocives pour l’atmosphère, l’Union européenne devant trancher lors du Conseil européen des 11 et 12 décembre.
Datée du 7 octobre 2008, une étude du Boston Consulting Group, que Bakchich a consultée, circule opportunément avant cette réunion de crise pour mettre en garde les Etats membres de l’Europe. Postulat de base : la demande de ciment continuera à augmenter en Europe. Révélation de l’étude : si les cimentiers sont taxés à terme sur 100% de leurs émissions de CO2 – ce que l’Europe risque de décider –, le coût sera tellement élevé qu’ils sera plus avantageux de se délocaliser hors d’Europe pour échapper à ces taxes nouvelles, par manque de compétitivité. « La délocalisation de la production du matériau de base du ciment s’accélérera en 2013 et continuera les années suivantes si la proposition actuelle de directive européenne est appliquée à l’industrie du ciment ».
Le leader mondial, le Français Lafarge, en première ligne
A la « bourse » où s’échangent les permis d’émission du CO2, 80% des droits d’émission sont actuellement alloués gratuitement, mais diminueront graduellement de manière à ce que 100% soient mis aux enchères d’ici 2020. Et ça coûtera évidemment cher… Selon le document, si la tonne de CO2 émise ne coûte que 25 euros, comme c’est le cas actuellement, « 81% de la production européenne de ciment se délocalisera hors de l’Europe ». Les enjeux sont gigantesques. Lafarge, le groupe français numéro un mondial du secteur (80 000 salariés), affichait près de 2 milliards de bénéfices en 2006. Le numéro deux, le Suisse Holcim (60 000 salariés), atteignait la même année les 2,8 milliards de profit.
« Les pays riches - si l’on met à part l’ex-bloc soviétique - ont laissé croître leurs émissions de 14,5 % entre 1990 et 2006, trahissant leurs engagements de Kyoto », a souligné dans Le Monde hier jeudi Sunita Narain, directrice du Centre for Science and environment. Lafarge, en 2001, avait promis qu’il réduirait ses émissions… A-t-il changé son fusil d’épaule ? Messieurs de la Commission européenne, faudra choisir entre le carbone ou le chômage…
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