La télé, c’est pas la Sécu
Le don est vieux comme l’humanité. Il est une valeur éthique que l’on retrouve dans toutes les sociétés et qui s’appuie sur une idéologie simple dont la source est le sentiment d’humanité : plus on donne plus on est grand. C’est beau de donner, car c’est gratuit, surtout quand on évolue dans un système où la rapacité est un critère de réussite sociale. Cependant, le don véritablement gratuit n’existe pas. Il s’insère toujours dans un système de réciprocité. Qu’il soit binaire selon l’explication du docteur Mauss qui mit en évidence le « don contre don » des sociétés primitives ou ternaire comme le suggère le docteur Levi-Strauss dans sa théorie de « l’échange généralisée » (vous relirez leurs bouquins, je ne vais pas vous faire un cours) il n’est jamais gratuit.
Ceux qui donnent au Téléthon sont remerciés collectivement par la société incarnée par des animateurs télé dégoulinant de bons sentiments qui mettent en scène une valse de quarante huit heures dansée à trois. Des petits bouts d’hommes qui ont tiré le mauvais numéro à la naissance, des « gens formidables » (médecins, bénévoles et mômes de CM2 courant dans la boue d’automne) et des ambassadeurs de la bonne cause (artistes venus faire leur promo). Rien n’est gratuit là-dedans, tout le monde y trouve son compte. Le Téléthon n’est pas un « moment gratuit » dégagé des contingences de l’économie marchande. C’est avant toute chose une affaire de thunes.
Dans le Téléthon, la plus malade n’est pas cette enfant qui a gagné quelques mois de vie grâce à votre générosité et rendra mal à l’aise ceux qui trouvent écœurant qu’on instrumentalise la pitié forcément générée par l’image d’une enfant dont les jours sont comptés, mais bien la « solidarité ». La construction de systèmes de solidarité basés sur la contribution du travail et du capital dans des caisses communes assurant théoriquement l’égalité des droits face à la couverture des risques de la vie fait parti des choses les plus abouties que nous avons construit en terme de civilisation. On sait qu’on continue de crever d’être pauvre, que ce système de solidarité est attaqué de toutes parts avec la complicité de crapules au pouvoir qui n’ont que des « bons sentiments » pour les assureurs privés, mais il n’empêche : la sécu est une construction démocratique tandis que le Téléthon est au niveau de la manche à la sortie de l’église. On y fait appel à la charité en s’appuyant sur la pitié et la culpabilité.
Le Téléthon, syndrome de sous-développement
Le Téléthon est une ONG en pays développé, comme Les restos du cœur. Là où prospèrent les ONG, les Etats ne peuvent se construire car les ONG assurent son rôle dans tout un tas de domaines. Le but des ONG est d’intervenir sur des situations de chao, elles remplacent les Etats sur les terrains qui lui sont traditionnellement dévolus (éducation, santé…) et le privé là où il n’assure pas son rôle (crédit, construction…). Partant d’un « bon sentiment », le résultat final de l’action des ONG est souvent catastrophique. Une ONG qui débarque, c’est une économie désorganisée (car l’économie locale devient dépendante de la présence de l’ONG). L’ONG fait de la concurrence à l’Etat et aux entreprises locales qui ne peuvent pas suivre. Juste un exemple : en offrant des salaires délirants bien plus élevés que les salaires locaux, elles ponctionnent la main d’œuvre et freinent voir empêchent le développement local. C’est pour cette raison que des Etats comme l’Inde les foutent dehors. Il y a pire, c’est l’hypocrisie des professionnels de la charité qui s’arrogent le beau rôle en assurant l’action de « la main gauche » des Etats qu’ils disqualifient en mettant en évidence leur supposée inefficacité alors qu’ils bénéficient de la protection de « main droite » de ces Etats. L’action des ONG à l’échelle globale maintient des Etats en état de sous développement en empêchant leur construction et en sabotant leur légitimité. C’est tout bénéf’ pour les Etats du « Nord » qui continuent ainsi à s’y comporter en vulgaires colons. Ce rôle néocolonial donne de facto tout son sens à des organisations qui ont tout de « gouvernemental », car, outre les dons, elles sont surfinancées par les gouvernements, arrivent dans les bagages des armées et travaillent de concert avec les diplomates des pays dont elles sont issues.
La charité n’a jamais éradiqué la misère.
Le Téléthon n’a d’autre rôle que de contribuer au désengagement de l’Etat français dans le financement de la recherche sur les maladies rares, de déresponsabiliser la sécurité sociale qui agonise sous les coup de boutoir des libéraux et de communier tous ensemble, comme à l’église, autour d’un morceau de misère, bien réel. Tout cela n’a rien de démocratique. En regardant ces petit myopathes, j’ai l’impression de voir ce qu’on est en train de faire du pacte républicain : un machin bien mal au point, qu’on n’est pas prêt remettre sur pied.










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