Nicolas Sarkozy a tranché : ce sera finalement Xavier Bertrand qui sera le nouveau secrétaire général de l’UMP. Si aujourd’hui, le ministre du Travail et des Affaires sociales n’en assure que l’intérim, le 24 janvier 2009, date du renouvellement des instances du parti, il signera un CDI pour le poste que Patrick Devedjian a occupé jusqu’à vendredi dernier. Et quittera donc le gouvernement tout en retrouvant son poste de député de l’Aisne.
La démission de Devedjian, vendredi 5 décembre, avait donné lieu à plusieurs hypothèses quant au nom de son successeur. Parmi lequel celui de Brice Hortefeux, ministre de l’Immigration et ami de longue date du président. « Il était le préféré de Nicolas », confie un visiteur du soir de l’Élysée à qui le président a maintes fois souligné les qualités d’Hortefeux. « Mais le président voulait quelqu’un à plein temps pour occuper le poste ». En gros, le cumul est interdit avec un poste au gouvernement même si lui, avant son arrivée au Château, l’avait pourtant pratiqué !
Sur ce point, Hortefeux a toujours été très clair. Il n’était « candidat à aucune fonction » à l’UMP, comme il l’a encore répété ce dimanche sur le plateau de Canal+. En somme, il n’avait pas envie de démissionner. Avant d’ajouter, comme un dernier message à l’Élysée : « la place [de Patrick Devedjian], vous savez, n’est pas très enviée ». Xavier Bertrand, lui, avait manifesté son désir de s’installer rue de la Boétie, au point de laisser entendre qu’il quitterait le gouvernement pour faire le job « à plein temps ». Le message semble être passé. Même si, comme le soulignait hier Devedjian, « le vrai patron de l’UMP, c’est Nicolas Sarkozy ». Ça sent le vécu…
« Si Brice avait dit oui, il l’aurait eu »
En bref, si Bertrand a eu le poste, c’est bien parce qu’Hortefeux ne l’a pas voulu. « Si Brice avait dit oui, il l’aurait eu », indique un de ses proches collaborateurs. Brice Hortefeux a d’ailleurs encouragé Nicolas Sarkozy à choisir l’actuel ministre du Travail pour prendre les rênes du parti. La poire a donc été coupée en deux : nommer Bertrand à l’UMP avec Hortefeux comme numéro 2. L’actuel ministre de l’Immigration deviendra prochainement l’un des trois vice-présidents de l’UMP, aux côtés de Jean-Pierre Raffarin et Jean-Claude Gaudin, à la place occupée aujourd’hui par Pierre Méhaignerie. Manifestement, Sarko adore jouer au rubik’s cub !
Car le chef de l’État fait d’une pierre deux coups. Il fait plaisir à son ami en le maintenant au gouvernement mais n’en oublie pas son souhait de le voir à l’UMP. Histoire de surveiller le nouveau secrétaire général et l’empêcher d’avoir quelques velléités d’émancipation. Mieux vaut prévenir que guérir… Hortefeux sera donc aux aguets. D’autant plus que les deux « chouchous » du chef de l’État, membres du fameux « G7 », ne s’apprécient guère…
Le rêve de Brice Hortefeux…
Oui, mais. Car il y a un « mais » ! Depuis qu’il a l’âge de se raser, Brice Hortefeux rêvait d’être nommé au ministère de l’Intérieur. Or en tant que futur numéro 2 du parti majoritaire, il serait difficile que l’intéressé soit nommé place Beauvau… le ministère en charge des élections. Le complice du président devrait donc récupérer en janvier le poste de Xavier Bertrand laissé vacant.
Un beau poste pour une belle carrière, espère-t-on du côté du Palais dont on aura bien compris que c’est là et seulement là que se prennent les décisions ! Si Nicolas Sarkozy nomme son ami de trente ans à cette place avec un bon gros maroquin des Affaires sociales qui coifferait l’actuel ministère du Travail, des Relations sociales, de la Famille et de la Solidarité - rien que ça ! - c’est bien pour lui faire un gros cadeau. En lui permettant d’élargir le spectre de ses compétences. En clair, l’aider à se débarrasser de cette image d’un « dur à cuire » en charge de la politique d’immigration « et entrer dans le club très fermé des premiers ministrables », ajoute un conseiller du Château. Donc pour résumer, si Bertrand part à l’UMP, c’est pour qu’Hortefeux reste ministre. Et si Brice récupère le poste de Bertrand, c’est pour que Matignon devienne un jour sa résidence principale. Compris ?
Le jeu de Nicolas Sarkozy
Sacré Sarko ! Qui ne se lasse pas de jouer avec les ambitions des uns et des autres pour mieux régner. Car pour lui, la compétition a du bon et crée de l’émulation. La nomination de Xavier Bertrand à l’UMP - qui à 43 ans a vite gravi les échelons politiques, conseiller municipal, député, ministre, porte-parole de Nicolas Sarkozy pendant la présidentielle -, devrait d’ailleurs pimenter le jeu. Car sa promotion sonne bien comme un contrepoids au rôle croissant de Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale.
« Le président lui envoie un signal très clair », précise un dirigeant de l’UMP. « Car Copé comme Bertrand sont des candidats virtuels pour la présidentielle de 2017, après un éventuel second mandat de Nicolas Sarkozy ». Et les deux hommes, habités par la même ambition d’accéder un jour à l’Élysée, ne s’entendent pas. Dernière bisbille entre eux : la polémique sur le travail dominical qui a fait rage au sein de la majorité. Le patron des députés UMP tient le ministre du Travail pour responsable de ce couac et lui reproche de ne pas être monté au créneau pour éteindre le feu. Ambiance…
En somme, les mettre l’un contre l’autre, c’est lancer deux ambitions face à face. Et préserver Brice Hortefeux pour l’après. L’amitié, pour Sarko, ça n’a pas de prix…
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