Les Alpes françaises étaient « the place to be » les 12 13 et 14 décembre. Ainsi et à la Gare de Lyon, tout ce que Paris compte des médias, de la pub ou de la communication se préparaient à rejoindre les 3 Vallées. Les uns vers le festival de la publicité à Méribel, les autres pour célébrer les Femmes en Or à Courchevel. Enfin, je me rendais moi-même aux Ateliers de la Terre, 3ème Forum International pour le Développement Durable. Le sujet « les mutations comportementales » était ambitieux et les débats annoncés passionnants. Tout le petit monde du développement durable était donc présent pour ce « Davos vert ».
Passons sur l’incongruité de déplacer plus de 300 personnes de Paris aux Alpes. Massif qui ne semblent par être le modèle de développement vertueux prôné par les uns et souhaité par tous. Le choix de cette station très huppée semblant à des années lumières de la fameuse « frugalité » dans l’emploi des ressources. Il y eu bien de vrais débats, des cris sur l’urgence à agir et même parfois des sentiments de renoncement ou de défaitisme devant l’énormité de la tâche restant à accomplir. Le montage de ce type d’évènement étant financièrement ardu, les bonnes volontés des entreprises sont mises à contribution. C’est ainsi que parmi les généreux et « stratégiques » partenaires ayant versé leur écots, nous retrouvons l’ADEME, GDF Suez ou bien Bolloré. Il s’agit en échange de cette participation économique de mettre en avant les actions de ces entreprises. Le moyen le plus simple étant de faire se succéder à la tribune et au milieu d’experts, les représentants des dits partenaires. Cela peut parfois être intéressant, le plus souvent légèrement soporifique, naviguant entre auto promotion, flagornerie et langue de bois. Cela n’est pas très original, ainsi, les colloques parlementaires sont tous financés par des entreprises qui en contre-partie, partagent la tribune avec le ou les parlementaire(s) .
Le développement durable et la complexité de son intégration dans les organisations, permet cependant quelques fantaisies dans la communication corporate. C’est ainsi, que Renault, partenaire des Ateliers de la Terre, représenté par la directrice du Plan Environnement, Alice de Brauer nous aura démontré les limites de cet exercice d’équilibriste. Présentant dans un atelier sur l’efficience, l’action responsable du constructeur à travers éco2 (conception des véhicules suivant les logiques d’analyse des cycles de vie), elle aura indiqué que Renaud était prêt à mettre sur le marché des « véhicules propres », mettant en exergue les expériences de Nissan en Californie (véhicules hybrides) et du projet Better Place de véhicules 100 % électriques. Alice de Brauer considère que Renault, ses ingénieurs et sa recherche sont prêts, mais que le marché n’existait pas. Seule la volonté étatique (de forme contraignante ou incitative) permet de mettre en œuvre ces projets industriels lourds. En réponse aux interrogations de l’assistance sur les annonces et la réalité de l’offre, elle rappelait le cas d’un véhicule tout électrique produit et vendu à moins de 300 exemplaires, le Kangoo.
Cependant, à la fin des années 90, un projet public/privé regroupant Renault, Dassault,INRIA et le territoire de Saint Quentin en Yvelines, (connu sous le nom de Praxitèle), a posé les bases d’un nouvel usage de l’automobile. Ansi et sur différentes points du territoire, il était possible de prendre un véhicule électrique et de laisser à un autre point. Cela ressemble étrangement au vélib. Un abonnement permettait l’accès et la prise des véhicules, les kilomètres et le temps d’utilisation étant facturé en fin de mois. L’expérience durera de octobre 97 à juin 99, une cinquantaine de véhicules étant mis à disposition du véhicule. Ainsi et dès la fin des années 90, Renault disposait d’une expérience unique et modélisable, du soutien des pouvoirs publics et de véhicules opérationnels.
La posibilité de renouveller le mode d’usage automobile aura cependant fait long feu. Le président Schweitzer préférant parier sur la production d’un véhicule à destination des pays émergeants (la logan), sur la reprise en main d’un concurrent japonais défaillant (Nissan) plutôt que sur une nouvelle offre, transformant un produit automobile sacralisé en une simple utilisation d’objet.
Les actionnaires de Renault auront eu à se féliciter de cette vision, il n’est pas certain que les employés de Sandouville, subissant cette vision industrieuse à bout de souffle n’aient pas à en souffrir.










