Depuis le 30 novembre, Jean-Luc Mélenchon, nouveau leader du Parti de gauche, et l’AFP ne cessent de s’envoyer des mots doux. A l’origine, une dépêche de l’Agence, consacrée au congrès fondateur du parti de l’ex-socialiste, faisant état d’ « un bon millier » de participants. « Une sous-évaluation délibérée », selon Mélenchon qui, revendiquant 3000 participants, s’en est pris vertement dès le lendemain sur son blog à la journaliste venue assurer la couverture du congrès.
Il explique que le contact est très mal passé : « Elle proteste qu’elle a dû venir à pied parce qu’il n’y a pas de parking réservé ! Elle exige de l’équipe d’organisation, qui le lui refuse, une interview de moi séance tenante avant que je parle. Contact désagréable pour des militants totalement engloutis par la gestion d’un déroulement de meeting géant. » Depuis cette virulente saillie, les syndicats (à l’exception de Sud), et la direction de l’Agence, ont, dans une belle unanimité, pris fait et cause pour la journaliste chahutée.
Des mots doux, les deux parties ont vite haussé le ton, pour finir par parler justice. « Sachez que le SNJ a décidé de soutenir totalement la journaliste calomniée, y compris si elle envisage d’obtenir réparation devant la justice », a, dès le 11 décembre, tenu à préciser le syndicat national des journalistes de l’AFP… où est élue la fameuse journaliste. Une remarque que le sénateur n’a que très peu goûtée, indiquant dans sa réponse au syndicat que « quoi qu’il en soit, si vous envisagez de soutenir une action en justice, il va de soi que j’en accepte d’avance l’augure. Je tiens toutefois à vous préciser que le code pénal punit de 10 ans d’emprisonnement et de 150 000 euros d’amende le fait d’user de menaces ou de tout autre d’intimidation à l’encontre des parlementaires ».
Peu avant, le directeur de l’information de l’agence prenait sa plus belle plume pour expliquer à un Jean-Luc Mélenchon tout colère, pourquoi « l’accuser de désinformation délibérée est de nature à révulser la rédaction. S’en prendre nommément à une journaliste en cherchant à porter atteinte à son honneur professionnel est insupportable ».
Pas une fois donc, Jean-Luc Mélenchon, sans doute en raison d’une attaque maladroite en ces temps difficiles pour l’agence, n’aura donc eu de réponse sur le chiffrage du nombre de personnes présentes au meeting. Pourtant à l’origine de la polémique. L’AFP s’est-elle trompée en annonçant 1000 participants ?
Reuters a parlé de « plusieurs centaines de personnes », AP parle de « quelques 2000 militants », quand Rue89 en compte 2500. L’équipe de Mélenchon campe sur le chiffre de 3040, tenant pour preuves le plan de la salle et les images diffusées par les télévisions sur place. Plusieurs médias présents sur place, ont d’ailleurs revu leurs estimations à la baisse après avoir lu la dépêche AFP.
L’AFP dépendance
Mais au-delà des querelles de chiffres, qui finalement n’intéressent que peu de gens, cet épisode pose, non pas le problème du fonctionnement de l’AFP, mais bien celui de la dépendance des médias à son égard. Le 28 avril dernier, l’agence annonçait l’explosion en vol d’une fusée indienne. Une information démentie par l’agence 15 minutes plus tard. 15 minutes suffisantes pour que les sites d’informations reprennent en boucle l’« information » de l’AFP. Un circuit sans filet ni contrôle, si ce n’est celui de l’Agence, qui, on l’a vu, n’est pas à l’abri d’erreurs.
Depuis peu d’ailleurs, dans la même perspective de production d’informations à tout crin, l’agence Reuters vient de demander à ses agenciers, dans une note interne opportunément parvenue jusqu’à Bakchich, qu’« au cas où un incident MAJEUR arrive et qu’un reporter ou un journaliste du desk est seul au bureau », d’« écrire un snap (une courte dépêche comparable aux urgents de l’AFP, Ndlr) SANS PERDRE DU TEMPS A VÉRIFIER L’INFORMATION [1], en sourçant un média crédible (France Info, Europe 1, etc.). Ceci est essentiel, ne perdez pas de temps à vous poser la question de savoir s’il faut ou non citer un autre média ».
« Sans perdre du temps à vérifier l’information » donc. Si un « média crédible » le dit, c’est vrai. Si l’AFP le dit, c’est vrai. Ok Mélenchon ?
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