La guerre dans la bande de Gaza ? Vaclav Klaus s’en moque comme de sa première élection. Plutôt que de faire entendre la voix de l’Europe, le président tchèque a préféré partir skier aux premiers jours de janvier 2009. C’est-à-dire depuis que Prague assume pour six mois la présidence de l’Union européenne.
La presse internationale découvre ce petit homme râblé, aux fines moustaches blanches, pâle successeur de Vaclav Havel en 2003 à la tête de la Tchéquie. Cet économiste ultra-libéral et nationaliste a trouvé un créneau pour faire parler de lui : il sera pendant six mois le trouble-fête de l’Europe. Pour commencer, ce « dissident européen » refuse de hisser le drapeau européen sur le château présidentiel qui domine les froides berges de la Vltava. Une (petite) attraction supplémentaire pour les milliers de touristes qui se pressent dans la patrie de Kafka pendant les vacances du jour de l’An.
Président et Premier ministre se détestent
De toute les façons, peu importe : ce n’est pas le président, mais le gouvernement, « organe suprême du pouvoir exécutif » qui assume la présidence de l’Union européenne. Et Mirek Topolanek, le Premier ministre, est devenu le pire ennemi de Vaclav Klaus.
Les deux hommes appartiennent pourtant à la même formation politique, le parti civique démocrate (droite libérale). Mais « euroréaliste », Mirek Topolanek s’apprête à faire ratifier le 3 février prochain le Traité de Lisbonne devant le Parlement. De rage (et mis en minorité), Vaclav Klaus a décidé de quitter le parti civique démocrate… qu’il a lui-même créé. « Klaus estime qu’un petit pays doit systématiquement se chercher un ennemi puissant. Autrefois, c’était l’URSS. A présent, il montre du doigt l’Allemagne qui, selon lui, dicterait sa loi à l’Europe », commentent des étudiants praguois.
La Tchéquie dépassée par la Slovaquie
Un discours qui fait encore mouche dans les classes défavorisées. « Un petit pays n’a d’influence sur rien », ne cesse de seriner le président tchèque. En d’autres termes, pourquoi appartenir à l’Europe si la voix de la Bohème et de la Moravie (10 millions d’âmes) compte si peu ? Dans l’hebdomadaire « The Prague Post », Petr Mach, l’un des proches de Vaclav Klaus, assure que la crise économique ne peut venir que de l’extérieur puisque « le système bancaire et les banques tchèques sont saines ». En clair, le mal vient forcément de l’étranger.
Le problème, c’est que la population garde un œil sur les cousins slovaques (la Tchéquie et la Slovaquie se sont séparées en 1993). Or, Bratislava la concurrente a rattrapé, puis dépassé économiquement Prague. Le 1er janvier 2009, la Slovaquie a abandonné sa couronne pour passer à l’euro. La République tchèque, en revanche, n’a elle toujours pas fixé de date pour rejoindre le club de la monnaie unique…
« Il devient gâteux »
Banquier anonyme sous le régime socialiste, Vaclav Klaus ne s’est manifesté en public pour la première fois qu’après la « révolution de velours » de novembre 1989. Cet opportuniste est pourtant rapidement devenu ministre des Finances de l’après-communisme. « Klaus a toujours été autoritaire et mégalomane, mais sa notoriété ne dépassait pas les frontières du pays. Il devient, en plus, gâteux. Le problème, c’est qu’il bénéficie depuis le 1er janvier d’une notoriété internationale », s’amuse un diplomate francophone en poste à Prague.
« En fait, Vaclav Klaus n’existe qu’en poussant des coups de gueule. Il sait qu’en se disant europhobe, en affirmant que le réchauffement climatique n’existe pas ou en dénonçant la loi anti-tabac, il fera parler de lui. Et après ? », constate de son côté un chef d’entreprise. Passé l’intérêt de la presse internationale pour ce provocateur aux petits pieds, cet autre ingénieur craint que la République tchèque ne devienne la risée de l’étranger, incapable d’assumer la présidence de l’Union européenne.
Bakchich s’est livré à un test intéressant dans les rues de Prague le 1er janvier 2009 : demander à une quinzaine de personnes — employés d’hôtels, chauffeurs de taxi, propriétaires de boutiques, guides touristiques ou simples passants — comment se procurer une photo ou un poster de Vaclav Klaus. Tous ont manifesté un grand étonnement. « Mais pourquoi faire ? », se sont interrogés certains. « Vous devez vous tromper. N’est-ce pas plutôt Vaclav Havel qui vous intéresse ? », a même répondu un restaurateur. Voilà qui en dit long sur le poids politique du bonhomme dans son propre pays…
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