Cet article est publié dans Bakchich depuis le 19 janvier 2009
Bernard Kouchner, ministre des factures étrangères. Cet excellent titre, et les révélations de nos papiers de la semaine dernière ont reçu un écho appréciable auprès de nos internautes. Moins du côté des confrères. Encore moins du côté des politiques : ni l’opposition ni le gouvernement ne se sont penchés sur la question. Qu’un ministre des Affaires étrangères viole la Constitution en étant toujours patron d’une société de consultants et en ayant longtemps bossé pour des États étrangers aussi respectables que le président Omar Bongo et Denis Sassou Nguesso… Rien à redire. Que l’une des sociétés pour laquelle il ait bossé, toujours gérée par un de ses collaborateurs, relance un État étranger pour qu’il s’acquitte d’une douloureuse facture de 817 000 euros en 2007, quand bien même il est en poste… Normal et tellement usuel. Bref.
L’échéancier du paiement de cette fameuse facture de 817 000 euros ne choquera que les plus tatillons. Voire les plus mauvais esprits, s’ils le rapprochent du calendrier de la vie politique française et de ses soubresauts.
Après avoir travaillé pour l’État gabonais, Imeda, à l’été 2007 puis en septembre 2007, comme l’a déjà raconté Bakchich, relance le pays d’Omar Bongo pour qu’il règle l’ardoise de 817 000 euros. Alors ambassadeur à Monaco, le boss d’Imeda, se fend de deux missives au Trésorier payeur général gabonais.
Mais les versements, comme le détaillent (en Francs CFA) le document publié ci-dessous par Bakchich, n’interviennent que le 31 janvier puis le 11 mars 2008. Une époque fort agitée des relations franco-gabonaises…
Les résultats de l’enquête préliminaire ouverte à Paris sur les biens acquis par Omar Bongo et ses pairs africains fleurissent dans les journaux. En particulier sur les chèques-cadeaux d’Omar Bongo, tirés de la trésorerie paierie générale de l’État, pour s’acheter des voitures de luxe. Ou encore un reportage de France 2 qui a particulièrement énervé ce vieil Omar.
Entre ces petits secrets de famille éventés, et le discours du secrétaire d’État à la Coopération de l’époque, Jean-Marie Bockel, voulant signer « l’acte de décès de la Françafrique » dont le président gabonais est le pilier, le « mollah » Omar a vu tout rouge.
Bockel a donc été muté vers les anciens combattants dès le 18 mars. Une semaine après le dernier règlement de l’État gabonais à Imeda. Et 8 jours plus tard, le patron de la société, Eric Danon, a appris qu’il ne profiterait pas du soleil de la Côte d’Azur. Nommé en août 2007 ambassadeur de France en principauté, il est prié de déménager vers Genève pour représenter la France à la conférence du désarmement…
En résumé, Omar Bongo règle une facture de 817 000 euros à une société pour laquelle a bossé Bernard Kouchner. Une semaine plus tard, le secrétaire d’État à la coopération française qui l’énervait est viré. Puis l’ambassadeur de France à Monaco, patron de la société qui a reçu les fonds, se fait muter vers un placard.
Sans doute une simple cascade de coïncidences de dates.
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