Réduction drastique du nombre de postes d’enseignants, menace de faire des écoles maternelles des jardins d’éveil, suppression des Réseaux d’Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté (Rased), réduction des Classes d’lnitiation (Clin) et des Centres d’Adaptation Psychopédagogiques (CAPP), des concours d’entrée et de l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres (IUFM) ? Et alors, il n’y a vraiment pas de quoi en faire un fromage de la réforme Darcos… Pourtant, un peu partout en France, des parents d’élèves soutiennent les instits de maternelle. Et « prennent en otage », régulièrement depuis plusieurs semaines, les bureaux des directeurs d’école.
Dans le XXè arrondissement de Paris, les preneurs d’otages sont particulièrement virulents. Bakchich s’est rendu devant une de ces écoles occupées, à la rencontre des parents rebelles.
Preneurs d’otages
C’est un petit bataillon d’une demi-douzaine de parents, éclectique au possible, qui s’apprête à occuper le bureau du directeur de l’école. Des profs, un danseur professionnel, mi-Noureev, mi-titi parisien, sergent recruteur et sympathique leader de l’armada, également animateur d’un blog fédérant l’ensemble des parents d’élèves du XXème, « parents20 ». A côté de lui, un ancien gendarme à la retraite, un jeune créateur d’entreprise, une puéricultrice, une éducatrice spécialisée et un patron dans le bâtiment. Qui a prêté pour l’occasion une grande bâche, celle-là même qui flotte fièrement le long de l’édifice et annonce la couleur : « Ecole occupée par les parents d’élèves, non au démantèlement de l’école publique ».
Le portable de « Noureev », qui reste en alerte et donne le la des occupations voisines, sonne pour la énième fois. Cette fois c’est grave, mon général. La sanction est tombée sur un directeur d’école maternelle parisienne. Qui a semble-t-il eu le tort d’avoir accepté l’occupation pacifique de son bureau. L’inspecteur d’académie a fait savoir que l’impétrant, n’ayant pas su « prendre le pouvoir de son établissement », verrait prochainement son poste « remis en mouvement »…
Chiffrologie contre pédagogie
Il y a tout juste un an, Nicolas Sarkozy, en visite à Périgueux pour soutenir le candidat sortant – et depuis sorti – à la mairie de la ville, Xavier Darcos, en profitait pour afficher ses ambitions pour l’école. Des chiffres, avant tout des chiffres : « Les résultats, encore les résultats, toujours les résultats (sic), voilà les seuls et véritables juges de paix qui doivent guider les choix [des parents] dans ce domaine »… Le Président n’a apparemment pas convaincu tout le monde sur ce point. En signe de contestation, des parents d’élèves d’une école du XXè viennent carrément de voler les fiches d’évaluation des CM2, symbolisant les fameux « chiffres » commandés en haut lieu. Les nouvelles évaluations, mises en place dans la précipitation, remplacent celles créées en 1989, qui faisaient l’unanimité au sein du corps enseignant. « On s’en servait comme documents de travail, qui nous renseignaient sur le niveau des CE1, des CM2, des retards en maths ou en français, d’une classe à l’autre. » Les nouvelles évaluations, elles, n’évaluent plus, mais « classent les écoles et préparent la désectorisation », s’indigne Julie, une maman puéricultrice.
Jardins d’éveil
Malgré les dénégations appuyées du Ministère, la perspective d’une disparition prochaine des écoles maternelles, et de leur remplacement progressif par des espèces de jardins d’éveil, suscite une grande inquiétude.
Les maternelles, dont on répète à loisir qu’elles sont anachroniques, et que ses instits sont bien trop payés vu le niveau insignifiant de compétences requises, nos parents y tiennent. Supprimer les maternelles serait « une catastrophe annoncée pour les mères, commente Marie. Au moins un quart d’entre elles risquent de ne plus pouvoir concilier travail et garde des enfants, et seront contraintes d’abandonner leur activité ». Par-delà ces hypothèses matérielles, « l’école maternelle n’est pas une garderie, mais l’apprentissage de la vie en société, de la vie de citoyen, des règles de vie, des conflits à gérer, la rencontre d’amis, l’accès aux loisirs et à la culture… ». Et le groupe de parents de s’inquiéter du fossé qui risquerait de se creuser davantage encore, entre les enfants dont les parents font découvrir des spectacles, lire des livres, et les laissés pour compte, dépourvus de ce capital culturel familial. Et dont les parents pour certains, ne savent quelquefois, ni lire ni écrire. « Avant 5 ans, les enfants sont comme des éponges, ils apprennent, enregistrent les bases à une vitesse folle. Après c’est trop tard ». Le 6 février, le groupe de parents rebelles participera, avec beaucoup d’autres, au happening, « attachons-nous ». Où c’est attachés aux grilles de l’école de leurs enfants, qu’ils témoigneront, au sens propre et figuré, du lien qui les rattache à l’école publique républicaine.
Ils raillent une France prête à « renier ses acquis », qui préfère, à l’instar de Bush fils, renflouer les caisses des banques, plutôt que de sauver ses services publiques. Et applaudissent la récente décision de Barack Obama « d’injecter 12 milliards de dollars dans les maternelles ». Pourtant, c’est bien en France qu’elles ont vu le jour. Le sens de l’histoire sans doute. Et des mathématiques ?
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