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À qui la grosse Caisse ?

lundi 19 février 2007 par Gari John
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La direction générale de la Caisse des dépôts est à prendre. Les clans de l’Élysée, de Bercy, de Sarko et de Ségo s’étripent en coulisses pour placer leurs hommes à ce poste en or massif.

Le tamtam autour de la nomination par le Conseil des ministres du nouveau directeur de la Caisse des dépôts ne fait pas encore trop de bruit. Mais cela pourrait tourner au vacarme. Car ce fauteuil stratégique, à la tête de la plus grosse institution financière française para-publique, maître des crédits aux collectivités locales et au logement social, est plus que convoité. Tous les camps politiques guignent ce joli fromage. Il est vrai que la noble Caisse des dépôts distribue aussi, sous le contrôle urbain de quelques parlementaires triés sur le volet, de grosses subventions aux élus locaux de tous bords, pour leurs œuvres culturelles et sociales. En ces périodes préélectorales, la manne est précieuse…

La grosse Caisse disputée

L’Élysée suit cette affaire de près, depuis le décès brutal, le 9 décembre dernier, de l’ancien directeur général Francis Mayer, nommé par Chirac fin 2002. Son poste devait « normalement » revenir à Maurice Gourdault-Montagne, le conseiller diplomatique du Président de la République. Ce « sherpa » volubile, ancien dir’cab de Juppé à Matignon, au courant de tous les petits secrets de Chirac, cherche évidemment à se « reconvertir » avec la fin du mandat de son patron. Certes, ce diplomate de carrière n’y connaît pas grand-chose en financement des collectivités locales. Mais, dans notre belle république bananière, ces arguments ne pèsent pas très lourds. Gourdault devait ainsi être récompensé de sa loyauté avec ce titre de Directeur général de la Caisse.

Seul problème : sa nomination attendue depuis janvier a subi un sacré tir de barrage. Dans l’entourage de Chirac même, il y a eu des tiraillements, et le nom de Frédéric Salat-Baroux, l’actuel secrétaire général de l’Élysée, qui cherche aussi à se recaser, a été avancé à la place de Gourdault. Nicolas Sarkozy, qui déteste Gourdault-Montagne, a également fait savoir qu’il n’était pas très favorable à sa promotion. D’un autre côté, Bercy ne souhaite pas que la Caisse des dépôts, l’un de ses bras armés, soit dirigée par un homme formé au Quai d’Orsay. Le ministre de l’Économie Thierry Breton a donc soutenu la nomination d’un tandem d’inspecteurs des finances maison, formé de son propre directeur de cabinet Gilles Grapinet (lui aussi en mal de reconversion) et de Jean-Pierre Jouyet, ancien dir’cab adjoint de Jospin à Matignon, ex- directeur du Trésor et actuel chef de l’inspection des finances. Une idée habile car Jouyet est bien vu par Sarkozy et qu’il est surtout, à la ville, un ami intime du couple Hollande-Royal. Or François Hollande a prévenu l’Élysée : si Chirac nomme Gourdault à la Caisse, les socialistes pourraient dénoncer ce parachutage de l’Élysée, symbole d’une fin de règne et « d’une république des copains ». Le tandem Jouyet-Grapinet aurait au moins le mérite, aux yeux du PS et de Bercy, d’être transcourant. Et ils retrouveraient à la Caisse un autre inspecteur des finances, Dominique Marcel, actuel numéro 2 de la maison, passé par les cabinets de Martine Aubry et Lionel Jospin…

Craignant une polémique, Chirac a décidé d’attendre quelques jours de plus. Toujours partisan de bombarder Maurice Gourdault-Montagne à la Caisse, il a demandé à son conseiller diplomatique de rester à ses côtés au moins jusqu’à la fin du sommet franco-africain de Cannes, durant lequel ses services sont jugés indispensables. Une fois les agapes cannoises passées, Chirac pourrait annoncer rapidement qu’il ne représente pas aux présidentielles. La nomination espérée de Gourdault devrait alors passer inaperçue dans la foulée. À moins que certains ennemis du « sherpa » ne fassent résonner la grosse caisse…

Voir en ligne : in Bakchich # 22


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