En trente années et des poussières, le petit rituel est bien ancré dans les mœurs de l’ONU. Deux fois l’an, le dossier du Sahara occidental revient tel un boomerang devant le Conseil de sécurité des Nations Unies. Qui se dépêche de prolonger le statu quo pour éviter que les puissants de ce monde ne se fâchent avec l’Algérie ou le Maroc. Et comme de coutume, à la veille de chaque passe d’armes à l’ONU, les états-majors diplomatiques marocains et algériens comptent et recomptent leurs soutiens étrangers, font monter la sauce dans la presse aux ordres et se fendent de piques assassines. Le ministre des Affaires étrangères algérien a ainsi mis en garde les membres du Conseil de sécurité « s’ils venaient à sortir de la légalité internationale en avalisant le projet d’autonomie interne ». De son côté, le Maroc hoquète comme un perroquet que son projet d’autonomie témoigne de sa bonne volonté de résoudre le conflit et en coulisses, on indique que Sa majesté a ordonné de résoudre le problème une bonne fois pour toutes.
Vous en reprendrez bien un peu ?
Le Maroc a donc décidé unilatéralement que le territoire sera autonome. Toutefois, à quelques jours de présenter ses bonnes œuvres aux Nations Unies, le contenu du projet marocain reste brumeux. Une fois n’est pas coutume, les consignes de confidentialité sont respectées au royaume enchanté… Heureusement que quelques bavards impénitents ont la langue bien pendue. Ainsi l’inénarrable Khalli Henna Ould Rachid, le président du Corcas (Conseil Royal de Consultation pour les Affaires saharouies) qui dit en cachette tout le mal qu’il pense du makhzen marocain, a (très) partiellement vendu la mèche. Selon lui, le projet d’autonomie marocain accorde au Sahara occidental « un Parlement, un gouvernement et une autorité judiciaire autonome. (…) Un Parlement saharien serait autorisé à entériner des lois, tant qu’elles ne violent pas la législation marocaine. Le gouvernement régional superviserait la vie quotidienne dans des domaines comme l’éducation, le tourisme et les services sociaux. Le Maroc conserverait toute autorité sur les relations étrangères, la défense, l’économie et le contrôle des frontières ».
Vérification faite auprès de sources plus fiables, le bougre n’affabule pas. Pour une fois. Mieux encore : le projet d’autonomie du Maroc aurait pour base un accord-cadre conçu aux Nations Unies en 2001 avec le soutien très actif de la France. Composée de deux feuilles volantes accouchées dans la douleur et annexées en vitesse au rapport du Secrétaire général de l’organisation en juin 2001, celui-ci prévoit que les Sahraouis gèrent de façon autonome les impôts, la protection sociale, l’éducation, le commerce, les transports, la pêche, le logement, l’industrie, les infrastructures publiques et tutti quanti. Pour cela, ils disposeront d’institutions régionales autonomes dont une Assemblée qui légifèrera, des tribunaux locaux mais aussi un exécutif élu tous les quatre ans. Le Royaume, lui, conserverait l’essentiel : la Défense, la diplomatie, la monnaie et la Poste. Le tout sous bannière marocaine.
Pas de oui des Nations-Unies, pas de plan d’autonomie
Le Maroc s’apprête donc à servir du réchauffé amélioré aux Nations Unies. Mais pour quel résultat ? En 2001, le Front Polisario (son accord est indispensable pour clore le conflit) avait intégralement rejeté l’accord-cadre. L’année dernière, il a en outre fait savoir qu’il ne voulait pas entendre parler d’autonomie sous souveraineté marocaine comme solution définitive. Idem pour l’Algérie à ceci près, qu’en 2001, la coquine n’a pas dit non, se contentant de dézinguer l’accord-cadre point par point dans un long courrier adressé au Secrétaire général de l’ONU de l’époque.
La situation semble donc mal engagée pour le royaume aux Nations Unies qui, selon Ould Rachid, ne baisse pas les bras pour autant. En effet, notre bavard impénitent a déclaré qu’au cas « où le Polisario n’accepte pas de négocier cette solution honorable et ne participera pas à son élaboration (celle du plan d’autonomie), à ce moment-là, le Maroc décidera d’aller tout seul ». Courageux mais pas téméraire… Ould Rachid s’est en effet empressé d’ajouter que le Maroc n’appliquerait pas son plan sans l’accord des Nations Unies. Vu que celles-ci n’ont aucun intérêt à renier officiellement la sacro-sainte autodétermination prônée depuis 30 ans au bénéfice de l’autonomie, on connaît la suite de l’Histoire. Sauf si, surprise majeure, le plan d’autonomie marocain prévoit dans un avenir même lointain un référendum. Réponse dans quinze jours.











