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Alina Reyes, la mystique

Ҫa ressemble à du sexe, ça parle de sexe, ça a le goût du sexe, c’est avant tout de la littérature. Des mots, de la poésie, du sang. Sève liquoreuse d’un moi, généralement féminin, qui se trouve après s’être cherché, qui s’affirme, dans la chair du verbe. Est-ce sur un malentendu que l’ardente Alina Reyes s’est fait connaître et a obtenu un immense succès critique et public ? A voir… Toujours est-il qu’en 1988 son Boucher tranche dans le lard, excite la critique et met tout le monde d’accord. Tout d’un coup, s’adonner à la littérature érotique n’est plus honteux. Plus la peine de recouvrir la couverture de son livre dans du papier blanc pour lire dans le métro. Des têtes de gondole de Carrefour aux émissions de Bernard Pivot, c’est même hautement chic et du dernier conceptuel.

En déclinant le thème éculé (si je puis me permettre) de l’initiation sexuelle, dans ce premier roman Alina Reyes prend son pied à se rouler dans la fange, à presser entre ses doigts une chair déjà morte, sanguinolente, éblouissant écho de celle, toujours chaude, qui vibre, qui frémit, qui bat furieusement à l’intérieur d’elle. Dans le même élan qui, presque dix ans plus tard, fit sortir de chez Marie Darrieussecq un Truismes tonitruant, elle reconquiert cette part d’animal, de bestial et d’instinctif dans ce corps féminin. Chez Alina Reyes, l’érotisme est d’abord cérébral, l’orgie des sens passe par une intense introspection pour aller chercher cet orgasme jusque dans un certain panthéisme.

Ses yeux de braise, prêts à dévorer ou à brûler tout ce qu’ils touchent, ses cheveux noirs encadrant parfaitement un visage mutin, détonnent sur des vêtements généralement rouges. Alina Reyes a le goût et l’allure du feu et du sang mêlés. Des livres érotiques, elle en a écrit encore. Des livres qui parle de corps, de plaisir féminins, de femmes, d’elle. Lucie au long cours (1990), Au corset qui tue (1992), Lilith (1999), Sept Nuits (2005), entre autres… Une démarche qui ira loin puisque l’auteure posera dans le plus simple appareil (des bottes, c’est utile) pour la couverture d’un de ses ouvrages La vérité nue, co-écrit avec Stéphane Zagdanski en 2002.

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Fille de communistes fervents, Alina Reyes poursuit un parcours dont l’intensité l’a menée jusqu’à Dieu puisqu’elle reprend aujourd’hui les traductions de la Bible. Qui pourrait s’en étonner ?