Vous êtes ici
Anonyme un jour, libre demain ?
Faire le buzz ? Ce n'était pas vraiment ce à quoi deux artistes engagés s'attendaient en proclamant ouvertement leur soutien aux Anymous et en se déclarant pour le téléchargement libre. A contre-courant du show-biz, Syrano et Arkasia démontrent avec panache que le partage de la culture, "Yes we can".
Stupeur et consternation ce vendredi matin où l’on a appris que le FBI s'est chargé de fermer le site de téléchargement gratuit Megaupload et s'est lancé à la poursuite de son instigateur, Kim Dotcom. Il faut dire que Megaupload était peu regardant sur le genre et la nature des fichiers stockés et librement téléchargés. Le site déroulait en effet un catalogue impressionnant de films à peine sortis sur les écrans, immédiatement accessibles en quelques dizaines de minutes ou à regarder en direct sur internet.
Considérant que cette fermeture est une atteinte à la liberté de circuler sur internet et au partage du savoir sans contrepartie, le collectif Anymous, cyber-militant, a réagi en "hackant" un certain nombre de sites institutionnels all over the world. Aux Etats-Unis, après les sites d'Universal Music, ou de RIAA, entreprise musicale américaine, ce sont carrément la Maison Blanche et le FBI qui ont été la cible d'un nombre de connexions tel qu'ils ont tourné HS. En France, l'Elysée juste après s'être réjoui de la fermeture de Megaupload a vu son site parasité par des messages subliminaux tels "We are legion!", la devise des Anonymous. Le site officiel de Hadopi et celui d'Universal Music n'y ont pas échappé non plus.
Si nombre d'artistes français et étrangers se sont déjà prononcés pour ou contre le téléchargement libre, cette guerre ouvertement déclarée au piratage et à la production de richesse par le téléchargement ouvert et gratuit pour tous par le FBI a réactivé les déclarations fracassantes. Elie Semoun qui milite depuis longtemps contre le téléchargement illégal, s’est nouveau exprimé sur le site de France-Soir : « Les gens ne se rendent pas compte que c'est une manière de voler les artistes ». Effectivement, chaque clic sur l'un de ces sites de partage, geste pourtant anodin, représente des droits d'auteur qui ne seront jamais reversés aux artistes et qui pourtant, pour certains, ne vivent que de cela.
POUR LE TÉLÉCHARGEMENT LIBRE
A la différence de ses collègues, Syrano se prononce pour le téléchargement libre. Rencontré au cours de l'année 2011, cet artiste français de talent, n'a pas mâché ses mots sur le téléchargement libre. Il n'hésite pas à fustiger une Zazie qui paye généreusement de sa personne en participant aux Enfoirés et qui pourtant « est la première à gueuler quand il y a des droits d'auteur qui sont en cause quand il y a internet. C'est bon quoi ! Internet il faut faire avec. La musique ne t'appartient plus à partir du moment où tu l’as faite. Il faut la partager, il faut que ça se divulgue On ne devrait pas être dans un système. Il faut faire confiance aux gens. Quand les gens téléchargent ton disque, s'ils aiment ils viendront te voir en concert. S'ils aiment le concert, ils t'achèteront un disque. La sélection elle se fait là, c'est pas compliqué. »
En fin de semaine dernière, Syrano et Arkasia, un artiste parisien qui fait du dubstep, ont concrétisé cet engagement en écrivant le morceau rap "ANONYMOUS". Le morceau est actuellement en accès libre sur le site Soundcloud. « Nous avons fait ce titre pour soutenir le mouvement Anonymous », explique Syrano. « Disons que je voulais défendre le téléchargement, parce que je trouve que c'est une chance pour beaucoup d'artistes... Voire pour tous ! » Comme pour illustrer le propos, les Anonymous ont récupéré le morceau et en ont fait un clip. « Ils l'ont relayé aussi sur les twitters des antennes en Angleterre, en Belgique, au Nigéria », s’enthousiasme le chanteur. « Le morceau est libre de droit et complètement en marge du système des droits d'auteurs. Le but est vraiment de soutenir le mouvement en étant cohérent, donc le morceau ne génère aucun revenu… financier en tout cas. » Plusieurs vidéos circulent depuis le début de la semaine, dont celle-ci qui a généré 10 000 visites en deux jours et qui frôle déjà les 15 000 vues.
Hier matin, les Anonymous ont "hacké" le site de la RGPP, révision générale de la politique publique, le "portail de modernisation de l'Etat". Cette fois, la page d'accueil s'ouvrait sur la vidéo du titre de Syrano et Arkasia. « Nous serons en paix avec l'état Français lorsque celui-ci se battra aux côtés du peuple, pour la liberté d'expression et contre toutes formes de censures », déclarent les Anonymous.
BUZZER, OUI, MAIS A QUEL PRIX ?
« Depuis, des gens me contactent en laissant des commentaires sur Facebook, Soundcloud ou sur les vidéos en me disant qu'ils m'ont découvert en téléchargeant un album à moi illégalement et que depuis ils ont acheté mes albums ou sont venus me voir en concert. Ils illustrent ce que je pense et ça me conforte dans ma démarche. De voir que je défends cette liberté-là et cette pratique-là, ça les libère et ils "avouent" m'avoir téléchargé », insiste Syrano. Le morceaux capitalise plus de 11 000 écoutes. Indéniablement selon lui, les œuvres intellectuelles doivent être des produits de culture accessibles pour tous avant d'être des produits de consommation.
On pourra toujours arguer qu’il est facile de faire un titre à la gloire des Anonymous pour se faire de la pub. Une idée que Zazie n’a pourtant pas eue. Encore eut-il fallu avoir le courage de défendre des idées libertaires.
Le morceau "ANONYMOUS" écrit par Syrano et Arkasia est en écoute libre et librement téléchargeable sur Soundcloud.
Pour information, des alternatives concernant le versement des droits d’auteur malgré le téléchargement libre existent. Elles ont été proposées par le Parti Pirate.







