Jazz bouillant

Le 24 février, les Chevals étaient à La Java. Petite revue de détail avant de les retrouver demain au Bataclan pour un concert de soutien au NPA.

 

Assister à un concert des Chevals, c’est un peu avoir la sensation de chevaucher le mur du son. Entre le combo et la fanfare, du cuivre, du cuivre, un peu d’électrique, une bonne caisse, mais enfin, surtout du cuivre... Originalité de la manoeuvre, l’utilisation de la conque subtile qui nous vient des îles. Instrument naturel et délicat, dont le son se vaporise autour d’un charivari de bon goût, la conque devient une marque de fabrique au même titre qu'une faute de sémantique qui claque au vent comme une oriflamme.

 

Jacques Tati et Mary Poppins

 

Les Chevals ce sont une trompette, deux trombones, un tuba, deux saxophones, un soubassophone, une guitare électrique et une batterie. Parfois ils chantent, mais ils font surtout beaucoup de ces coquillages dont les sonorités oscillent entre la corne de brume et la flûte. Vus à La Java à Paris en février dernier, je ne suis toujours pas sûre de m’en être remise. Pour m’assurer une convalescence efficace après un tel traitement de choc, je me suis procuré le dernier opus en date de cette horde sauvage. Un Colis suspect qui me permet de distiller un peu de java mais surtout beaucoup de jazz dans ma vie. Troisième album sorti en novembre 2011 et actuellement célébré sur les routes de France, ce "colis suspect" qui n'était en fait qu'un tuba oublié dans le métro fouette le sang. De la Petite fugue qui me fait penser à Jacques Tati pour son côté bonhomme ou à Boris Vian pour son aspect pince-sans-rire à un Seven bourré de peps et malicieux, les Chevals défont leur malle, colis qui semble sans fond, façon Mary Poppins.

 

Jazz, blues et funk

 

Ils se sont rencontrés sur les trottoirs de Barcelone, ils sont rentrés à Paris pour s'atteler à monter un vrai groupe. L'aventure devrait les mener jusqu'en Russie cet été. Un son à défroisser du papier crépon, des instruments qui fonctionnent comme des turbines actionnées par des bouches qui régurgitent le souffle comme elles cracheraient du feu. Son et lumière à La Java, atmosphère plus feutrée lorsque l'équipée se couche sur le CD. Ils façonnent des murs du son ouatinés d’un revêtement de jazz bouillant, où des bulles de blues électrique explosent dans un zest de funk. Les Chevals galopent à grosse caisse fendre, fendre l’âme, une pointe de métal brûlant un jazz qui tranche dans le vif. Bien épais les murs, qui vous installent, vous confortent avant que l’orchestre soudain renâcle et ne choisisse d’enjamber ses walkyries harmoniques, ne vous encercle, ne vous malmène, ne vous emmène dans l’espoir de vous percer un lobe du cerveau ou un tympan. Attentions ces Chevals se cabrent, décibels rebelles, qui sautent de selle et vous entraînent, vous tirent par les rênes, vous traînent dans un long sillon ardent.