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Rentrée buissonnière pour les Roms

Les spécialistes estiment qu’ils ont été 4 000 à 5 000 cette année en France à ne pas vivre l’excitation de la rentrée des classes comme ceux de leur âge. Eux, ce sont les enfants roms qui, cette année encore, ne sont pas scolarisés, victimes d’une stigmatisation éthnique comme peu d’enfants d’étrangers en subissent sur notre territoire. Car pour un Rom, l’inscription scolaire relève d’un véritable parcours du combattant, quand elle n’est pas tout simplement dissuasive, dont la réussite varie souvent selon la mobilisation d’acteurs sociaux et associatifs sur le terrain.

L’exigence d’un justificatif de domiciliation, les lenteurs administratives visant à démotiver les familles ou dans l’espoir d’une expulsion à venir, sont autant de stratégies pour éviter la sédentarisation des Roms sur une commune. Par ailleurs, le manque manifeste de volonté politique d’accorder des moyens aux établissements scolaires, qui nécessitent des classes d’accueil et des enseignants formés trahit un véritable déni.

NETTOYAGE

Il n’est pas vain, en ces temps de nettoyage de rentrée par le vide et la destruction, ainsi que par la multiplication de procédures de reconduite à la frontière, de rappeler que «  l’enseignement primaire est obligatoire et gratuit pour tous  » selon la l’Article 28 de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant que la France a ratifiée il y a plus de vingt ans. Comment accepter que tant d’enfants grandissent à l’extérieur du parcours scolaire dans notre pays ? Sans parler de la mise en danger physique, outre la fragilisation de la scolarité, que représentent les expulsions et les destructions de camps pour ces enfants qui connaissent déjà par ailleurs une vie largement précarisée.

L’administration joue à cache-cache avec ses obligations en exigeant la domiciliation pour la scolarisation, quand la scolarisation est un droit de fait et ne devrait pas être liée à la résidence. Un « collectif pour le droit des enfants roms à l’éducation » s’est constitué il y a tout juste un an pour revendiquer l’obligation d’inscrire les enfants à l’école sans exiger une domiciliation qui constitue une violation à leur droit à la scolarisation dans la mesure où elle se fait souvent dissuasive. Rappelons encore que la France a été épinglée par un rapport du Comité des Droits de l’Enfant des Nations Unies en juin 2009 sur « les inégalités importantes et persistantes » dont souffrent « plusieurs groupes d’enfants (qui) ont du mal à être scolarisés » notamment les enfants roms.

BIDONVILISATION

Et lorsque l’Etat se désengage et fuit ses responsabilités, obnubilé par sa politique migratoire collectrice de voix électorales, les municipalités se retrouvent livrées à elles-mêmes face aux occupations illégales de terrains communaux, à la bidonvilisation de leurs faubourgs. Dans le meilleur des cas, elles mettent en place des raccordements d’eau et d’électricité, comme ce fut le cas au camp de Hanul à Saint-Denis. Emblématique pour sa longévité de dix ans, le camp a été rasé au mois de juillet par les forces de l’ordre. La Préfecture a même osé suggérer qu’elle avait attendu l’été pour procéder à l’expulsion « afin que les enfants scolarisés ne soient pas pénalisés ». Car les enfants roms n’envisageaient pas de prendre part à la rentrée scolaire, cela allait de soi !