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L'ami de Sarkozy joue au gendarme de Saint-Tropez

Le 17 août dernier – pressé de questions par le Monde – Nicolas Sarkozy révèle que la générosité des familles Cromback et Agostinelli lui a permis de s’offrir ses vacances américaines. Si la proximité de Mathilde Agostinelli et de Cécilia est relativement connue, l’intimité de son banquier de mari « Roberto », avec Nicolas est un petit scoop. Méconnue des Français, cette amitié fait pourtant suer à grosses gouttes les célèbres gendarmes de Saint–Tropez ainsi que le parquet de Draguignan. Et ceci depuis déjà des mois ; mais avec une acuité toute particulière ces dernières semaines.

Pour s’en convaincre, il faut remonter à la nuit agitée du 23 au 24 juillet 2006. Il est 4 heures du matin et une joyeuse bande d’Anglo-américains se déchaîne sur la piste de danse des Caves du Roy, la plus huppée des boîtes de Saint-Tropez. Soudain l’un des danseurs plombe l’ambiance. Colin Hall s’effondre après avoir été frappé sur le crâne avec une bouteille de vodka. La sécurité intervient, se saisit de l’agresseur et le remet à la gendarmerie. Brièvement interpellé, le malandrin est immédiatement relâché pour cette banale altercation.
Mais l’état de Colin Hall se détériore brutalement et il plonge pour quelques jours dans le coma. Les gendarmes comprennent que relâcher dans la nature l’agresseur sans auditions, ni constatation s’avère une grosse boulette. Et les pandores de découvrir, avec retard, que les protagonistes de cette affaire ne sont pas tout à fait n’importe qui. Colin Hall, la victime, déclare la profession de banquier au sein du groupe Rhône. L’employé donc, d’un certain Robert Agostinelli, proche relation du ministre de l’Intérieur de l’époque, Nicolas Sarkozy, qui le surnomme son « ami italien »


Robert Agostinelli

L’agresseur, John Augustine Washington, fils d’un important banquier de la côte Est, est également descendant direct de Georges Washington, premier président des États-Unis d’Amérique… Du beau linge. Des mois d’enquête n’ont pas encore permis d’établir avec certitude ce qui s’est réellement passé aux Caves du Roy, d’autant que les caméras de la boîte de nuit se sont avérées incapables de fournir la moindre image. Certains évoquent une possible rivalité amoureuse autour d’une étudiante, « Laura ». Mais la majorité des témoins, et Hall lui-même avouent leur incompréhension totale face à cette agression qui n’a été précédée d’aucune altercation ou différents entre les deux hommes. Quant à Washington, il se bornera – plus tard – à expliquer qu’il ne se souvient absolument de rien. Mais, dans les heures et les jours qui suivent l’incident, tout laisse à penser que ce dernier est bien en cavale. Une vaste chasse à l’homme se met en place afin de le retrouver. Trois jours suffisent à la justice française pour délivrer un mandat d’arrêt international. Un record pour un dossier de cette nature. De multiples écoutes téléphoniques sont ordonnées. Le téléphone sonne aussi beaucoup à la gendarmerie de Saint-Trop.

Un banquier très privé

Présenté comme « banquier » ou comme un ancien de chez Lazard - Robert Agostinelli est en réalité le patron du groupe Rhône un fonds de placement privé dont le siège est à Londres. Fondé en 1996 Rhône Group Ltd dispose de bureaux à New York et à Paris. Une banque si l’on veut mais qui n’ouvre pas de livret A. Ses portes capitonnées ne s’ouvrent qu’à des « opérations de patrimoine familial » ou à celles « d’entreprises structurées » selon les très chiches informations dispensées par cet établissement financier discret qui ne paraît pas employer plus de 30 salariés.
Italo –américain, Robert Agostinelli apparaît par ailleurs comme un contributeur régulier du Parti Républicain. Au profit de George Bush bien sûr mais aussi de Rudolph Giuliani l’ex-maire de New-York célèbre pour y avoir imposé la politique de « tolérance zéro » et candidat déclaré à l’investiture pour succéder à Bush en 2008. Cerise sur la gâteau, Giulani s’avère un grand un fan de Sarko ce que rappelle le Figaro (20 août) : « Giuliani n’a jamais autant parlé de Nicolas Sarkozy » ; et de le citer « J’ai beaucoup d’admiration pour lui. J’ai lu son livre, Témoignage, que je trouve excellent. J’en recommande la lecture cet été à tous les Américains. »

Les bonnes volontés se multiplient aussi pour concourir à l’arrestation du fuyard. Ainsi Mme C., qui se présente comme l’employeur de la victime, fournit des indications très précises selon lesquelles Washington se serait réfugié sur un yacht en Sicile. Information sans fondement, mais que les gendarmes s’empressent de tenter de vérifier. Sans autre résultat que de pondre des PV qui accréditent dès les premières heures de l’enquête que Washington est bien en fuite. Étonnant, Mme C. aura encore l’occasion de donner la main aux gendarmes. En servant d’interprète bénévole lors de certaines auditions…

Bien qu’informé de l’état de Colin Hall et se sachant recherché, John Washington se fait fort discret. D’explicites appels reçus sur son portable – des menaces de morts circonstanciées assorties de références à « la mafia » et encore l’assurance que « où qu’il se cache on saurait le retrouver » – lui font prendre la poudre d’escampette. Washington assure encore que l’un de ses interlocuteurs se targue de puissantes relations au sommet de l’État. Une ambiance qui ne l’incite guère à se rendre à la gendarmerie. Outre-Manche, une série d’articles très « informés » dressent dans les jours qui suivent un portrait impitoyable de Washington, décrit comme « extrêment dangereux ». À 43 ans, cet étudiant certes très attardé n’a pourtant jamais eu maille à partir avec la justice et ne s’est jamais signalé par un comportement agressif.

Washington, un brin gêné, prend contact avec le correspondant en France de l’un des tabloïds, qui s’empresse de fourguer le numéro de portable utilisé par Washington aux… gendarmes de Saint-Tropez. Paniqué et sans aucun espoir d’être traité équitablement, Washington regagne les États-Unis sans passer par la case gendarmerie française. Ses ennuis ne sont pas finis pour autant. D’importants et coûteux moyens ont été mis en œuvre pour le retrouver. En décembre 2006, une équipe de huit gros bras dépêchés par la célèbre société militaire privée Kroll retrouve ainsi sa trace et livre le paquet aux autorités. Pas tout à fait dénué de relations, le descendant de George Washington est maintenu cinq mois en détention à Buffalo. Son père intervient auprès de l’ambassade de France au plus haut niveau mais rien n’y fait. De guerre lasse et ne voyant pas d’issue, Washington consent à son extradition volontaire en mai 2007. Une procédure – exceptionnelle – le conduit sans délai à la prison de Draguignan. Au terme de quatre demandes de mises en liberté et 9 mois de prison, Washington finit par être libéré sous contrôle judiciaire cet été.

Ceci alors même (trois juges se sont déjà succédés sur cette affaire signalée) que la justice paraît enfin accéder aux demandes de ses défenseurs : procéder à des investigations pour vérifier d’une part la matérialité des menaces de morts et d’autre part, enquêter sur une éventuelle instrumentalisation de la gendarmerie nationale à des fins de vendetta. Gageons que les tous récents changements au parquet de Draguignan ne ralentiront pas ces investigations. La vice-procureure en charge de l’épineux dossier,
Olivia Giron, a été mutée en début de semaine juge d’instruction à Grasse