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Les aventures du banquier Rouge

Du jamais vu : un banquier suisse derrière les barreaux. Le président de la très convenable Banque de patrimoines privés (BPP), François Rouge, avait il est vrai démarré d’une drôle de manière sa carrière : en rachetant un établissement proche de la Loge P2 italienne. La banque Karfinco avait perdu sa licence bancaire, Rouge l’a acquise pour une bouchée de pain et refondé une entreprise sur ses décombres. Adieu Karfinco et sa réputation sulfureuse, bonjour l’honorable BPP. Rien d’illégal dans tout ça mais, depuis, la carrière de François Rouge le banquier est scrutée de près.


François Rouge

Né au sein d’une riche famille en 1961, cet ancien de Merril Lynch avait mis le pied dans l’affaire du raid sur la Société générale des « golden papys », les hommes d’affaires richissimes François Dalle, Georges Pébereau, Gustave Leven (alors patron de Périer), Jean-Louis Descours (à la tête des chaussures André et Weston), partis à l’assaut de la banque. Rouge avait été mandaté pour intervenir dans l’opération. Les capitaines d’industrie ont dû s’expliquer sur l’affaire, pas lui. Le plus souvent, les banquiers genevois sont des vecteurs, pas les têtes pensantes.

L’ami des amis de Sirven

François Rouge, qui vient de démissionner de la présidence de sa banque, « le temps d’assurer sa défense », est un grand copain d’un pote de feu Alfred Sirven, l’ex-homme de l’ombre d’Elf. Présent dans nombre de sociétés genevoises, Riccardo Mortara est intervenu sur le Nasdaq américain, parfois avec le coup de main de Rouge et de sa banque. Pas toujours de manière très heureuse, à en croire le Suisse Pierre Chamay. Ce dernier se plaint d’avoir été grugé sur des titres d’une société développant une technique de stérilisation médicale, Meditecnic. Il a dû se tromper en recomptant…

Fin, légèrement précieux, Rouge sait tenir son établissement, et fréquente du beau linge. Il côtoie des politiques français, se lie avec des cadres de Thales tout en participant aux activités de la Fondation suisse pour le déminage. Il réunit en 2001 le gratin à son mariage, sous la tente installée pas loin de l’une de ses propriétés de la Provence embaumée. Plusieurs centaines d’invités, dont quelques connaissances de Bakchich : André Tarallo, l’ancien Monsieur Afrique d’Elf, Paul Lantiéri, qui court la campagne depuis que la justice s’intéresse à ses activités dans le monde des jeux et l’a mis en examen. Les enquêteurs ont suivi la trace de Lantiéri, et voilà Rouge dans leur épuisette. Ce dernier se voit reprocher le financement des activités de jeux et de restauration de cette famille qui a pris langue avec le Milieu. A-t-il réinvesti dans le cercle Concorde, via sa banque, des fonds illégaux ? Rien ne permet de le penser, mais les enquêteurs vérifient toutes les pistes. Ils sont intrigués par les liens entre la famille Lantiéri et le banquier administrateur de sociétés immobilières (Liberta, Du Sud et du Levant, Plein soleil…) présidées par Antoine Lantiéri, à Ajaccio. Ils ont perquisitionné la BPP début décembre. Sa banque a été contrôlée par les autorités bancaires suisses après que l’Angola a mis en dépôt dans sa filiale des Bahamas la somme rondelette de 60 millions d’euros. Mais le banquier Rouge fait comme si de rien n’était.

Caractéristique : il investit rarement pour son propre compte. « Il n’a sûrement pas mis six millions d’euros de sa poche dans le cercle de jeux », estime un homme d’affaires genevois. Cette fois-ci, affirme son avocat au Temps, c’est le contraire : « Il s’agit d’investissements personnels ». Quand le banquier achète un groupe de palaces en Suisse, dont le Richemond, aujourd’hui revendu, ce serait au nom de divers de ses clients fameux, dont l’Angola. Cette fois-ci, c’est bien lui que la justice compte cuisiner.