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Mais où sont passées les «minorités visibles»?
Combien il y a-t-il de candidats « issus de la diversité » pour cette élection ? La question est devenue récurrente depuis quelques années. Le constat de départ n’est pas très glorieux. Selon les données du Conseil représentatif des associations noires (CRAN), il n’y a aucun maire noir sur 36 000 communes en France métropolitaine et aucun conseiller municipal noir à Paris sur les 163.
Les leaders du PS et de l’UMP ont promis, pour les élections municipales, de faire mieux ! « Ce que je veux, c’est que les élites françaises représentent la diversité française », a affirmé Nicolas Sarkozy le 8 janvier dernier.
Selon le secrétaire national de chaque parti, l’UMP a investi 15 têtes de liste « issues de la diversité » dans les villes de plus de 30 000 habitants. Pour le PS, ils ne sont que 20 candidats sur les listes dans les villes de plus de 20 000 habitants.
A Paris, Seybah Dagoma, 29 ans, née à Nantes de parents tchadiens est en tête de liste du PS pour le 1er arrondissement. L’UMP avance trois chefs de file : Rachida Dati, 42 ans, fille d’un marocain et d’une algérienne ; Jean-Claude Beaujour, 44 ans, guadeloupéen et Lynda Asmani, 34 ans, d’origine berbère.
« PS et UMP c’est pareil, c’est du pipeau »
Ces louables efforts ne sont pas vraiment à la hauteur des espérances. « Nicolas Sarkozy a eu le mérite de lancer le débat. Il est vrai que nous sommes en deçà de ce que nous aurions souhaité. Mais Paris ne s’est pas fait en un jour », souligne Jean-Claude Beaujour, à l’UMP.
Lynda Asmani, moins prudente que son collègue, assène : « les partis politiques ne sont pas sincères par rapport à la question de la diversité. Les discours du PS et de l’UMP, c’est pareil, c’est du pipeau. Nicolas Sarkozy est plus sincère, mais pourquoi y a-t-il de la diversité au gouvernement et pas à l’Assemblée nationale ? »
La gauche serait un peu en avance
Le Club Equité et le Conseil représentatif des associations noires (CRAN) ont salué les trois nominations d’éclat de Nicolas Sarkozy au gouvernement : Rama Yade, Rachida Dati et Fadela Amara.
Du coup, le PS donne l’impression d’être en retard par rapport à l’UMP. Mais cette impression est contredite par le sociologue et politologue Vincent Geisser, chercheur au CNRS, qui souligne l’avance du PS dans ce domaine. « L’appareil du PS a assez bien réussi la représentation de la diversité dans ses couches intermédiaires. Dans la réalité, l’implantation des minorités visibles est plus profonde ».
Vincent Geisser et Paul Orio ont recensé grâce aux noms, le nombre de Français « d’origine étrangère » sur les listes municipales. Le résultat, publié dans la revue « Migrations
sociétés », montre que, depuis 1995, les candidats et les élus de la diversité priment à gauche, en particulier au PS, à l’extrême gauche et chez les Verts. « La tendance devrait être la même pour 2008 », prédisent les deux experts.
En 20 ans, une évolution politique est toutefois perceptible. En 1989, une centaine de conseillers municipaux en France étaient d’origine étrangère. En 2007, ils se comptent par centaines. Leur présence dans les listes municipales, même a minima, s’est ainsi banalisée dans toutes les tendances politiques, jusqu’au FN !
Néanmoins, l’exclusion de ces candidats à des postes à responsabilités politiques plus importants reste récurrente et semble même s’être accrue. « Pendant qu’Obama se bat pour être président, nous nous battons pour des conseillers municipaux », déplore Patrick Lozès, président du CRAN. Le cas de Rachida Dati fait figure d’exception. Elle est tête de liste pour l’UMP à Paris dans le VIIe arrondissement, déjà classé à droite. Un cadeau à un ministre en vue, qui lui donne de belles chances de briguer le poste de maire.
PS ET UMP : en terre de mission dans les arrondissements
Dans les autres arrondissements de Paris, la tâche des autres candidats PS et UMP de la « diversité » est plus délicate. Pour Seybah Dagoma (PS), sa terre de mission, c’est le 1er arrondissement, ancré traditionnellement à droite. Elle conserve son optimiste face à Jean-François Legaret (UMP), rappelant qu’aux municipales de 2001, seulement 285 voix séparait le candidat PS et UMP.
Lynda Asmani (UMP), dans le Xe, se présente, elle, contre Rémi Fréraud (PS), le successeur de Tony Dreyfus qui l’a battue aux législatives de 2007 avec près de 60 % des suffrages au 2nd tour. Quant à l’UMP Jean-Claude Beaujour, il n’est pas mieux loti dans le XXe, qui est ancré à gauche depuis 1995.
Son espoir, c’est la division des socialistes entre Frédérique Calandra, candidate officielle et un dissident, Michel Charzat, le maire sortant.
« George Pau-Langevin (PS), la première députée noire de l’Hexagone, élue en 2007, a fait un beau score dans le XXe, une partie de sa 21e circonscription. L’UMP en a donc conclu que le XXe était prêt à accueillir quelqu’un de la diversité », avance Jean Koffi Adoléhoumé, membre du Club Equité, des socialistes qui se battent pour la représentation de la diversité en politique.
Des candidats parachutés mais pas assez soutenus
La difficulté vient souvent du mauvais effet des candidats non-blancs parachutés. « Allez, je te mets un petit arabe », entend-t-on dans les partis politiques. On édicte, on impose, mais on ne prévoit pas. Des listes dissidentes UMP se sont ainsi constituées pour « protester contre les parachutages » de candidats nommés sans que les militants soient consultés, Bernard Quesson, dans le Xe, et Raoul Delamare dans le XXe.
« Si j’avais eu le choix, j’aurais préféré le VIIe », reconnaît elle-même Lynda Asmani (Xe). Elle et Jean-Claude Beaujour (XXe) relèvent toutefois le défi avec enthousiasme, mais avec un manque de soutien de la part de certains membres de leur propre parti. « Lynda Asmani a été parachutée mais non accompagnée. Il lui manque la bonne volonté de son entourage politique », remarque Fatma Bouvet de la Maisonneuve, 8e sur la liste PS de Montrouge.
De son côté, la socialiste Seybah Dagoma a été désignée par un vote militant, avec quatre candidats en lice, tout en bénéficiant d’un soutien de poids. « Elle est entrée un jour dans le bureau de Bertrand Delanoë malgré le barrage des conseillers. Son audace a séduit le maire qui a décidé de l’appuyer pour les municipales », raconte Jean Koffi Adoléhoumé.
Faut-il une loi sur la diversité ?
Résultat : les chances de la diversité sont minces à Paris. « Aux municipales de 2008, il y a peu de probabilités qu’un noir soit élu. Jusqu’ici je pensais qu’il fallait laisser les partis politiques. Mais rien n’avance. Ces municipales sont certainement notre dernière tentative, avant d’envisager la nécessité d’une loi comme celle de la parité », précise Patrick Lozès qui n’était pas, au départ, favorable à une loi.
Sa dernière chance, il la voit dans la campagne lancée par le CRAN pour soutenir « les minorités visibles ». Un Comité national de la diversité a été créé avec des personnalités de tous bords politiques pour surveiller l’application effective de la diversité dans les listes électorales.
Un prochain changement de la constitution ?
En proclamant « l’égalité de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race ou de religion », l’article 1er de la Constitution empêche de prendre des mesures qui « classeraient » la population en des catégories bien distinctes pour « compenser certains de leurs handicaps ».
Pour pallier ce problème, Nicolas Sarkozy a ainsi annoncé la volonté de compléter le préambule de la Constitution pour y inscrire « le respect de la diversité et ses moyens, pour rendre possible de véritables politiques d’intégration ».
En théorie, cet acte ouvrirait la voie à des politiques de discrimination positive. Le CRAN et le Club Equité s’en félicitent. Jean-Claude Beaujour s’en réjouit aussi car cela peut favoriser des politiques « d’action positive » comme en Grande-Bretagne et au Canada, où « on repère des personnalités qui ont un bon potentiel et on les accompagne dans leur développement ».
Les élites politiques françaises s’auto-reproduisent
Toutefois, il n’est pas certain que cela suffise. Car le verrou principal serait bien au coeur du système actuel des partis. « Diversité ou diversion ? Enquête sur les discriminations dans les partis politiques français », c’est le prochain livre de Vincent Geisser et El Yamine Soum, chercheur à l’EHESS, dont la publication est prévue en avril 2008. Leur enquête et les témoignages qu’ils ont recueillis aboutissent à la conclusion que le problème ne vient pas des électeurs, mais des partis politiques. L’appareil politique est en retard sur la société, contrairement à d’autres pays comme les Etats-Unis, l’Allemagne ou les pays de l’Europe du nord. « Les élites politiques s’auto-reproduisent. Ce sont souvent des hommes blancs qui ont la cinquantaine. Ils ne sont pas prêts à laisser leur place. Pour que cela change, il faudrait faire des réformes sur l’âge, le cumul et le renouvellement des mandats », explique Vincent Geisser.
Fatma Bouvet de la Maisonneuve, tunisienne, témoigne aussi de ce retard de la classe politique française. Elle est membre du Club XXIe, un club créé en 2004 qui rassemble environ 300 personnes des élites
« issues de la diversité » de tous bords politiques, parmi lesquelles une certaine Rachida Dati et Rama Yade. Ce bel oecuménisme ne semble même pas faire avancer les choses. Avec déception, Fatma Bouvet de la Maisonneuve déplore, en effet, que la charte de la diversité politique lancée par ce club en 2006 n’a été signée ni par le PS, ni par l’UMP. Chacun se renvoie la balle sans prendre position. Si l’un signe, promis, l’autre la signera. En attendant, rien ne bouge. Concrètement, la candidate du PS demande la nomination d’un élu responsable de la diversité et de personnalités « issues de l’immigration » à tous les échelons du parti. Cette charte n’est pourtant pas si ambitieuse… Mais pour les politiques, cela semble déjà trop.
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