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Ordures et municipales sur le Vieux-Port
Les Marseillais ont le sens des priorités. Et c’est bien l’irrésistible remontée de l’OM dans le championnat de France de foot, agrémenté d’une victoire contre Paris, qui occupe la presse locale ces dernières semaines, ses unes et ses ouvertures. Plus attrayant que la campagne pour les municipales, malgré les remontées de sondés (voir encadré). Et pourtant. Les élections tournent autour d’un enjeu important : les ordures. Que ce soit crotte de chien, simple kleenex ou ramassage. La mairie, sous l’égide de Jean-Claude Gaudin, a senti l’odeur du danger. En 2003, la grève des éboueurs a plus qu’exaspéré la ville et diffusé des relents peu gracieux. Histoire de marquer le coup, une jolie campagne d’affichage a été lancé. Avec un slogan frappant : « caca fini, maître parti ». Une antienne poétique en diable, avec gros plan sur la crotte, qui rend presque triviale le logo « Marseille ville propre » adopté durant quinze ans…
Oh les beaux sondages
À défaut de réveiller la ville, les derniers sondages parus dans Le Figaro, donnant la victoire u socialiste ont plus qu’agacé la droite locale. « Ils sont bien gentils ces sondeurs, mais Marseille ce n’est pas une municipales ce sont huit élections », clame-t-on du côté de l’Hôtel de ville. Comprendre que les sondeurs n’ont guère tenu compte du mode de scrutin, réparti en huit secteurs à Marseille. Et que Gaudin connaît bien puisqu’en 1983, le gracile Jean-Claude l’emporta au nombre de voix…sans pour autant s’asseoir sur le trône. Il y a sept ans d’ailleurs, un sondage similaire, à deux semaines du scrutin, donnait au coude à coude Gaudin et son challenger d’alors René Olmeta Plus encore que le sondage, ce sont les messages adressés par le camp d’en face qui irritent. À l’image d’un Patrick Menucci, directeur de campagne de Guérin, qui aurait péroré un « faites-moi visiter les bureaux, que je me prépare ».
Bref l’ambiance se tend dans une campagne calme jusqu’à mardi dernier.Et quelques élus de la majorité locale glissent que « les sondages ne traduisent que la dynamique actuelle ». Parti plus tôt que Gaudin, Jean-Noël Guérini imprime son rythme à la campagne. Et ce grand timide passerait presque pour un bateleur. Seul souci, il se présente sur le secteur de l’éternel dauphin de la droite, Renaud Muselier, l’élu sortant, qui y joue sa carrière. « Un combat à la vie à la mort, comme il les aime et lui mouille sa chemise », observe un adepte de la politique locale, pas plus inquiet que cela. Car sans une victoire face à Muselier dans les 4e et 5e arrondissement, doublé d’une victoire de Menucci face à Jean Roatta dans les 1er et 7e arrondissement, nul triomphe possible. Pas gagné.
Reste l’inconnu. Le vent mauvais que la mairie sent venir de Paris. « Si Sarkozy continue à faire ces conneries, c’est sûr qu’on risque de chuter, il faudrait qu’il prenne des vacances… » A quoi en est réduit la droite…
Original en diable, le concurrent du bucolique Jean-Claude, Jean-Noël Guérini, a lui aussi choisi un slogan épatant : « Marseille ville propre et attractive ». Bigre. Président du Conseil Général des Bouches-du-Rhône depuis 10 ans, Jean-Noël a eu le temps de potasser et d’observer pour pondre un tel slogan. Le sénateur socialiste a annoncé dès son premier meeting, sa volonté de « nettoyer Marseille ». Un quasi sacerdoce familial, auquel Guérini fait peu de publicité.
Entre 1990 et 1995, Jean-Nono a été salarié par une filiale italienne de la Compagnie générale des Eaux (ex-Vivendi), spécialisée dans les déchets toxiques. Et l’idée de nettoyer Marseille ne doit pas déplaire non plus à son frère Alexandre, gentiment surnommé « le roi des ordures ». Le garçon gère un business florissant. Sa société d’enlèvement et de traitement, SMA la Vautubières, affiche un chiffre d’affaires de 4,3 millions d’euros. Et gère en délégation de service public, l’une des décharges départementales, dans l’arrière-pays provençal. Une telle réussite que le Conseil général songe à l’agrandir.
Un silence sur de telles expériences, presque une faute politique.



