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Cotillard, Defonseca, Meyssan... Vérités et mensonges

Comment ne pas faire le parallèle ? Il y a quelques jours, on apprenait que Misha Defonseca n’a jamais survécu à quoi que ce soit avec les loups et qu’elle n’était pas juive, mais catholique. Son récit, « Survivre avec les loups », best-seller traduit en 18 langues et porté au cinéma où il a également cartonné (540 000 entrées en cinq semaines) était une pure invention. Un mensonge qui a aidé Monique Dewael, le vrai nom de Misha Defonseca, à surmonter le traumatisme de l’arrestation sous ses yeux, alors qu’elle n’avait que quatre ans, de ses parents, un couple de résistants.

Vendredi, c’était Marion Cotillard qui exprimait ses doutes sur le 11 septembre et sur la mort de Coluche. Une vidéo diffusée sur Paris Première voici un an et exhumée par le site Marianne2.fr – du moins la transcription, la chaîne s’étant opposée à la diffusion de la vidéo que l’on peut cependant consulter ici.

La mythomane a fini par croire à ses mensonges avant d’en faire du cinéma. L’actrice, peut-être parce qu’elle évolue dans la fiction, n’a plus confiance dans le réel. Sidérant effet de miroir. Qui a ceci de commun de tenter de faire du désir une réalité.

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Misha Defonseca voulait attirer l’attention. Se faire plaindre et se faire aimer. Tout au long de sa vie, elle a servi à son entourage puis son public le récit qu’il attendait. Le livre de la jungle revisité par le journal d’Anne Frank et la liste Schindler. Qui n’aurait pas versé sa larme ? Qui n’aurait pas éprouvé de la commisération puis de l’empathie pour cette rescapée. Si elle n’avait été que cette enfant de quatre ans, belge, catholique, orpheline par le fait de la guerre, aurait-elle déclenché le même intérêt ?

Pour susciter de l’amour, il fallait de l’extraordinaire. Il fallait rajouter au cas particulier le destin d’une communauté exterminée, parce qu’elle avait simplement le malheur d’être, autrement dit l’appartenance au judaïsme. Et pour faire bonne mesure, l’humanité des loups, symétrique inversé de la bestialité des hommes.

Si Misha Defonseca est parvenue à mystifier son monde, c’est d’abord parce que celui-ci voulait adhérer à cette mystification. Comme on veut croire, jusqu’au bout, au Père Noël ou au Prince Charmant.

Chez Marion Cotillard et, surtout, les thuriféraires de Thierry Meyssan, le propos s’ancre dans une autre croyance. En forme de négation, celle-là. Le refus absolu d’accorder un quelconque crédit à l’empire du mal, les Etats-Unis. Rien de bon ne peut venir du mal. Sauf un Oscar, mais c’est une autre histoire…

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C’est le propre d’une démarche négationniste. Historiquement, c’est dans les sectes d’extrême-gauche – comme la Vieille taupe - qu’apparaissent les premiers écrits remettant en cause l’existence du génocide. Pourquoi ? Parce que dans l’imaginaire anticapitaliste radical de ses promoteurs, il fallait mettre dans le même sac nazisme et impérialisme américain. Le génocide devenant un mythe, inventé par les américains – et au premier chef la communauté juive – on dédiabolisait le nazisme et on criminalisait les Etats-Unis, embringuant au passage Israël dans la conspiration – puisque la légitimité de son existence repose sur le génocide. Par la suite, l’extrême-droite, voyant tout le parti qu’elle pouvait tirer de cette fumisterie, s’est engouffrée dans la brèche.

La remise en cause du 11 septembre s’inscrit dans la même logique binaire. La première puissance mondiale, qui a à son actif un long cortège de saloperies aux quatre coins du monde, de l’Asie du Sud-est à l’Irak, en passant par l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale, ne peut être une victime. Comment les Etats-Unis, qui bafouent le droit des peuples un peu partout sur la planète, pourraient être tout à coup dans la situation d’un pays agressé, et donc fondé à obtenir réparation ?

Tel est le point de départ. Nulle quête de vérité, mais la volonté de démontrer un postulat.

Dès lors, si les Etats-Unis ne sont jamais innocents, c’est qu’il y a complot. Et pour étayer cette thèse, il suffira de trouver une contradiction, une seule. Car la vérité, bien sûr, est toujours immaculée…

Mais au fait, dans quel but ? S’il s’agissait de trouver un prétexte pour envahir l’Irak, on conviendra que le cheminement était plutôt compliqué. Pourquoi passer par l’Afghanistan ? Plutôt que des émules de Ben Laden, les comploteurs supposés auraient été plus inspirés d’impliquer directement Saddam Hussein dans un attentat contre les intérêts et les civils américains.

A moins qu’il ne s’agisse là d’une ruse dans la ruse, preuve avérée du complot. A ce compte là on démontre n’importe quoi. En la matière, le catalogue est fourni : les américains ne sont jamais allés sur la lune, ils ont capturé un extra-terrestre – la créature de Roswell dont Jacques Pradel nous commenta un jour la vidéo de la dissection -, l’ONU a pris le pouvoir, etc.

Curieusement la secte des adorateurs de Thierry Meyssan délaisse, dans son argumentation, un vrai mensonge d’Etat. Celui qui a justifié l’invasion de l’Irak. La présence d’armes de destruction massives. Elles n’ont jamais existé. Ce sont Georges Bush et Colin Powell qui ont inventé ce prétexte.

Mais voilà, souligner ce mensonge revient à invalider les mobiles du supposé complot du 11 septembre. Et puis, il n’y a plus rien à démasquer. La presse a fait son travail.

Non, dans cette affaire, ce qu’on cherche, ce n’est pas la vérité, mais la conspiration. Une veine que la série américaine X files a exploité – avec brio – jusqu’à plus soif. La vérité est ailleurs, proclamait son générique. Et de fait le mystère est toujours plus séduisant que la clarté du réel. Les religions fonctionnent sur ce principe.

Micha Defonseca l’avait intuitivement compris. Comment avait-elle pu survivre au milieu des loups ? Etait-ce possible ? Voilà ce qui a obsédé son public, le détournant finalement de l’interrogation sur la vraisemblance générale de son histoire. Depuis Freud et « l’homme aux loups », on sait le rôle que cet animal tient dans l’imaginaire des individus.

Et de fait, plus que de la colère, c’est de la déception qu’a provoqué la découverte de la mystification. On avait tellement envie d’y croire à cette gamine et à ses loups. Comme on a tellement envie de croire à la grande conspiration des services secrets américains. Hélas, la vie n’est pas toujours un roman. Et la vérité n’est pas toujours celle qu’on veut entendre.