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Yves Bertrand passe au travers des gouttes judiciaires
Si ce n’était cette fichue cheville qu’il vient de se fouler, l’ancien patron des Renseignements généraux (RG), Yves Bertrand, qui tenait à la fois de Talleyrand et du sergent Garcia, coule désormais une pré-retraite heureuse à l’Inspection générale de l’Administration (IGA). L’été dernier, son avenir était nettement mois assuré. Les juges de l’affaire Clearstream, qui n’ignoraient rien de sa proximité avec Chirac et Villepin, avaient enquêté sur ses innombrables rendez-vous avec sa fidèle commissaire, Brigitte Henry. Laquelle avait des relations suivies avec Imad Lahoud, soupçonné par la justice d’être un des falsificateurs des listings Clearstream. De là à imaginer que notre ami Bertrand était peu ou prou mouillé dans ce coup tordu, il n’y avait qu’un pas. D’autant plus que dans les années 2001 et 2002 le patron des RG qu’il était s’était beaucoup rapproché de L’Investigateur, une revue luxembourgeoise à scandales qui se passionnait pour la courageuse croisade du journaliste Denis Robert contre la banque de compensation Clearstream. Le monde est petit.
Yves Bertrand et Brigitte Henri ont la mémoire qui flanche
Et puis ? Et puis rien, du moins jusqu’à l’hiver dernier, où, in extremis, les juges d’Huy et Pons, surnommés Zig et Puce, font perquisitionner le bureau et le domicile de ce grand flic devant l’éternel. Ce soudain excès de zèle s’explique simplement par la pression des avocats d’Alain Guilloux, partie civile dans le dossier. En effet, toujours pour leur client dans un autre dossier, celui de l’Angolagate, ils mènent un combat contre Yves Bertrand qu’ils soupçonnent d’avoir aidé la justice à traquer Alain Guilloux.
Dans la foulée de ces perquisitions, les juges Zig et Puce font entendre successivement par les flics Yves Bertrand, le 11 février dernier, puis sa fidèle commissaire Brigitte Henri, le lendemain 12 février. À l’époque, déclare le premier, « quand j’étais directeur central des renseignements généraux, je ne savais pas que Brigitte Henri avait rencontré Imad Lahoud. Je l’ai appris récemment de la bouche même de l’intéressée, il y a environ neuf à douze mois ». Ce que ne dit pas exactement « l’intéressée » aux mêmes enquêteurs. « J’ai rendu compte, explique Brigitte Henri, au patron des RG de mes premières rencontres avec Imad Lahoud à partir du printemps 2003, jusqu’à cette ultime rencontre avec l’intéressé au début de 2004 ».
Rien à lire dans les carnets d’Yves Bertrand…
Et dans les carnets d’Yves Bertrand, que quelques rares avocats ont tenu à consulter, on lit qu’à la fin de 2001, le commissaire Bertrand notait, à propos d’Imad Lahoud, « PEUCLJ ». À savoir, après décryptage : « Peut être utilisé contre Lionel Jospin ». C’est toute une école graphologique qui est en train de disparaître avec le départ prématuré à la retraite de Philippe Rondot et Yves Bertrand, deux candidats pour le Goncourt ! Et puis ? Et puis rien. On aurait pu imaginer que Zig et Puce, pris de zèle, auraient provoqué une confrontation entre Yves B. et Brigitte H, avant la clôture du dossier. Et bien pas du tout. Circulez, il n’y a rien à voir.
Heureusement, quelques parties, dont les défenseurs
de maitre Guilloux, ont demandé aux deux magistrats de provoquer une confrontation entre les deux commissaires aux RG. Pour l’instant, on attend la décision
des juges. À moins que ces deux là aient le sentiment que la pêche aux gros n’est plus de saison à l’Elysée, dont le locataire, Nicolas Sarkozy, est partie civile dans le dossier Clearstream. Il est urgent d’attendre.



