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Reculer l'age de la retraite, mais pourquoi faire?

À Bercy, où on clame qu’il faudrait passer à 45 ans, on milite au moins pour ramener à 2012 les objectifs de 2020 et entériner tout de suite les 41,5 années.

Au Medef, on voudrait assortir cet objectif de cotisation du report de l’âge de départ à 63,5 ans en faisant valoir que les grands pays européens sont à 65 ans quand ce n’est pas 67 ans.

D’avis de syndicats

Les syndicats mettent en avant trois éléments : le premier est le fait que tous les calculs sur l’équilibre à venir des régimes de retraite reposent sur des hypothèses de croissance qui sont toujours contestables. En 2000, le rapport Teulade avait montré que selon que la croissance moyenne serait de 1,8% ou de 3% on arrivait, à législation constante, soit à un déficit soit à un excédent. Le deuxième est que le chômage chez les « seniors » est en France le plus élevé d’Europe et qu’avant d’empêcher les gens de partir à la retraite il serait bon de savoir comment on va les utiliser. Le troisième est que la fin des grèves de l’automne dernier sur les régimes spéciaux avait été négociée sur la base de la prise en compte dans la définition des conditions de départ à la retraite de la pénibilité du travail. C’est sur ce dernier point que les syndicats étaient les plus optimistes. Ils pensaient obtenir des propositions concrètes du gouvernement.

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Retraite à 60 ans, boulot dès 16 ans
© Nardo

Or, le moins que l’on puisse dire est que ce dossier n’avance guère. Si tout le monde est d’accord pour dire que toute activité se déroulant la nuit doit être considérée comme pénible, les négociations sur les autres critères s’enlisent. Des batailles sémantiques se déroulent pour savoir s’il faut faire une distinction entre pénibilité et dangerosité. La CFDT, qui est la plus attachée à ce que ce dossier débouche rapidement, est de plus en plus désappointée. Au total, les syndicats se sentent piégés. Malgré le succès des manifestations, ils voient mal comment modifier en profondeur les projets du gouvernement.

Les trouble-fêtes du dossier des retraites

En outre, deux personnages viennent s’immiscer dans le dossier en trouble-fêtes. Le premier est Nicolas Sarkozy. Le 6 mai, il a annoncé une revalorisation des retraites de 0,8% à compter du 1er septembre. Cette générosité soudaine inquiète les défenseurs de la rigueur financière. Certes, à Matignon, on maintient que les revalorisations à venir resteront dans le strict respect du principe de 1993 d’indexation sur les prix et non sur les salaires. Mais les syndicats, notamment la CGT, mettent en avant la décision du président pour affirmer que ce principe est injuste : revaloriser les retraites comme les prix signifie refuser aux retraités de bénéficier de la croissance économique.

Le second trouble-fête est Madame Neely Kroes… La responsable de la concurrence à la Commission européenne s’est saisie du dossier des retraites de France Télécom. Le fait que l’État en assume une partie liée aux temps anciens du ministère des PTT fausserait la concurrence entre opérateurs téléphoniques. La France a fait valoir que France Télécom avait, en son temps, versé une soulte représentative des retraites en question. Cela n’a pas convaincu Bruxelles, qui a fait savoir au gouvernement français le 20 mai dernier son intention d’expertiser les conditions de transfert des charges de retraites des monopoles publics en cours de privatisation ou déjà privatisés comme France Télécom, EDF ou la SNCF. Si Bruxelles s’en mêle, le bouc émissaire du dossier des retraites est tout trouvé…