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La petite mise au « Point » du juge Ramaël
C’est une brève intitulée « Les juges qui agacent l’Elysée » parue dans l’hebdomadaire Le Point en novembre 2007 qui a mis le feu aux poudres. Non signée, elle mentionne que « L’Elysée et la haute hiérarchie judiciaire ont partagé le même agacement face aux initiatives récentes de deux juges d’instruction, assimilées à des provocations ». Toujours selon Le Point, le premier est le juge Gilbert Thiel « qui a convoqué à Paris le dirigeant d’un syndicat agricole corse la veille du conseil des ministres décentralisé à Ajaccio, le 31 octobre (2007) ».
Le second est le juge Patrick Ramaël « qui a lancé des mandats d’arrêt contre cinq personnalités marocaines dans l’affaire Ben Barka, juste avant le voyage officiel de Nicolas Sarkozy à Rabat ». Et l’hebdomadaire de citer le premier président de la cour d’appel de Paris, Jean-Claude Magendie qui aurait qualifié « d’irresponsable » l’initiative du juge Ramaël. Le tout illustré d’une jolie photo de Magendie en robe d’audience solennelle, médailles pendantes. Il faut dire que quand bien même Le Point aurait voulu un peu plus crucifié le juge, il en aurait été bien incapable : aucune photo publique de lui n’existe.
Toujours est-il que Patrick Ramaël n’a visiblement pas goûté la plaisanterie. Il poursuit en effet Le Point en diffamation et réclame 50 000 euros de dommages et intérêts. L’audience s’est déroulée le 3 juin dernier devant le tribunal correctionnel de Nanterre. L’occasion pour l’avocat du juge Ramaël, maître Yves Baudelot, de glisser lors de l’audience que « M. Magendie (n’avait) pas dit ce que Le Point lui a fait dire ». Alors, pris la main dans le sac Le Point ?
« Confusion des palais »
L’avocate de l’hebdomadaire, maître Juliette Barret, a fait valoir que les propos de Jean-Claude Magendie reflétait une opinion et non un fait diffamatoire comme le pense Patrik Ramaël. A ceci près que le 19 février 2008, Jean-Claude Magendie s’est fendu d’une lettre alambiquée à la rédactrice en chef du Point, Sylvie Pierre Brossolette. Cette missive, qui a été produite par la défense de l’hebdomadaire, montre qu’au Point, on s’est sérieusement agité pour limiter la casse. On peut y lire in extenso « Pour faire suite à l’entretien téléphonique que vous avez eu avec mon secrétaire général, je suis en mesure de vous confirmer que j’avais exprimé ma surprise devant la concomitance entre la délivrance par monsieur Patrick Ramaël, vice-président chargé de l’instruction au tribunal de grande instance de Paris, de plusieurs mandats d’arrêts et la visite officielle de Nicolas Sarkozy, président de la République, sur le sol marocain. »
Jolie prose qui ne confirme pas que Magendie a « exprimé sa surprise » à un journaliste du Point en personne et encore moins qu’il a utilisé le mot « irresponsable » comme l’affirme l’hebdomadaire !
Du coup, lors de l’audience, le procureur s’est mis à parler de « confusion des Palais »… De L’Elysée et du palais de Justice, il va de soi. Le jugement a été mis en délibéré au 1er juillet.



