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Droit de réponse de Francis Perrin, l'ancien président d'Amnesty France
Droit de réponse de Francis Perrin
Dans son article mis en ligne le 5 juillet, M. Christophe prétend que la raison pour laquelle Amnesty International ne dénonce pas la présence de Total en Birmanie tiendrait à ce qu’à l’époque où j’étais président d’Amnesty International France (AIF), j’étais en même temps directeur de la rédaction de Pétrole et Gaz Arabes. Du fait d’une relation forcément déséquilibrée selon lui au profit de Total, j’aurais fait en sorte qu’Amnesty ne critique pas ce groupe.
« Informations, enquêtes et mauvais esprit », dit la devise de Bakchich.info. On identifie en effet clairement le mauvais esprit dans cet article, mais on peine à voir l’information ou l’enquête.
La thèse de M. Christophe fait bon marché de mon honneur personnel et de mon intégrité tant de journaliste que de militant, sans s’appuyer sur aucun fait ni aucune démonstration. Et pour cause. Comme l’a fait valoir AIF dans son droit de réponse, cette thèse montre une méconnaissance totale des processus de prise de décision et de gouvernance au sein d’Amnesty.
M. Christophe évoque Pétrole et Gaz Arabes mais n’a apparemment pas eu la curiosité de consulter ne serait-ce qu’un numéro de cette revue. S’il l’avait fait il se se serait aperçu que contrairement à ce qu’il écrit, cette publication et sa version anglaise, Arab Oil & Gas, dont j’ai la responsabilité rédactionnelle, ne contiennent pas de publicité.
Par ailleurs si l’on suppose pendant une seconde que j’aurais été prêt à sacrifier les intérêts d’Amnesty à ceux , supposés, de ma publication, comment expliquer qu’Amnesty ait dénoncé les problèmes très importants que posaient au regard des droits humains les contrats signés pour le projet Bakou-Tbilissi-Ceyhan par un consortium pétrolier dirigé par BP comprenant, entre autres associés Total ? Tous les grands groupes pétroliers internationaux sont abonnés à Pétrole et Gaz Arabes ou à sa version anglaise, Arab Oil and Gas. Si j’avais le souci de leur complaire et l’influence néfaste qui me sont prêtés, comment expliquer qu’Amnesty ait dénoncé l’implication de Shell et de Chevron dans de graves problèmes de droits humains au Nigéria ? Pourquoi Amnesty a-t-elle mis en cause les liaisons dangereuses entre pétrole et droits humains au Soudan ? La liste n’est pas exhaustive.
En réalité, l’une des cibles prioritaires de la stratégie d’action d’Amnesty envers les acteurs économiques est, depuis plusieurs années, le secteur pétrolier et gazier – priorité d’ailleurs reconduite pour les prochaines années – et j’ai apporté ma contribution à AI pour faire avancer plusieurs de ces dossiers, ce qui retire là encore toute crédibilité à l’article de M. Christophe.
J’avais reçu l’auteur à sa demande en …janvier 2003 – ce dont il n’a pas informé ses lecteurs – et n’avais plus eu de ses nouvelles depuis. Il n’avait alors, à ma connaissance, rien publié des théories qu’il avance aujourd’hui. Peut-être l’avais-je convaincu et a-t-il oublié depuis ce que notre entretien avait pu lui apprendre ? Il aurait alors été avisé de reprendre contact avec moi avant de me mettre en cause de manière aussi inacceptable.
Les précisions de Francis Christophe
M. Francis Perrin nous a fait parvenir son droit de réponse via son avocat, Me Simon Foreman, membre comme lui d’Amnesty International France. Me Foreman fait partie du cabinet Soulez-Larivière & associés, l’un des principaux défenseurs du pétrolier Total, notamment lors de l’instruction de la plainte des victimes birmanes du chantier Yadana, du naufrage de l’Erika et de l’explosion d’AZF à Toulouse.
Sans connaître le détail des fonctions de Me Foreman au sein d’AIF, nous nous bornerons à tenir pour acquis que le client Total de son cabinet n’interfére en rien sur l’analyse de son ONG sur l’action du même Total en Birmanie.
Cela n’empêche pas Bakchich de relever la spécificité de Total en Birmanie, et le tabou que cela semble représenter pour Amnesty International.
Contrairement à la position de Total au Nigeria, au Soudan, et dans le consortium de l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan (où il est un partenaire secondaire), critiquée par M. Perrin, le pétrolier français occupe en Birmanie une position majeure. Il est le pionnier de la mise en exploitation du gaz birman, et l’opérateur du principal champ offshore en production et de son gazoduc.
À ce titre, Total est, de loin, le premier pourvoyeur de devises d’un régime indéfendable, et s’est rendu nécessairement complice, dans les années 90, de l’éradication par l’armée birmane, avec son cortège d’atrocités, de la résistance karen, qui était active dans la région du tronçon terrestre du gazoduc Yadana.
Rarement un opérateur économique unique aura joué un rôle aussi important dans la survie d’un régime totalement discrédité. Voilà pourquoi le silence d’AI sur Total en Birmanie est assourdissant.
Francis Christophe



