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Bernard Tapie, un contribuable en or

Chassez le naturel il revient au galop. Au lendemain de la décision arbitrale rendue en très petit comité et la veille du long pont du 14 juillet lui octroyant 285 millions d’euros, (mais près de 400 avec les intérêts !) Bernard Tapie a d’abord tenté de la jouer discrète et modeste. Ainsi ces confidences recueillies par le Parisien si tôt connue la sentence des « trois sages » : et Nanar profil bas d’assurer qu’en cet instant d’intense félicité qu’il pensait surtout à tous ceux qui ont subi ou subissent « le même sort que lui » :

- « Oui, aujourd’hui, et je dis cela sans la moindre démagogie, je pense à tous ceux qui sont confrontés à des problèmes identiques et, qui, faute de moyens et faute d’énergie, n’arrivent pas à aller jusqu’au bout de leur combat face aux banques, Car les banques, elles, vous ont à l’usure… » , philosophe Bernard avant de rallier son hôtel particulier à Saint- Germain des près.

Le tollé engendré par cette sous–traitance judiciaire et le « scandale d’État » dénoncé par Bayrou allait toutefois contraindre rapidement Tapie à rompre ses vœux d’abstinence médiatique. Ainsi ce titre du Monde (21 septembre) où passant à la contre-attaque l’homme d’affaires assure « J’ai rapporté beaucoup plus d’argent au contribuable que je ne lui en ai coûté ». Une affirmation si outrancière qu’elle mérite quelque peu d’être précisée. En effet bien que bénéficiant d’alliés puissants à gauche comme à droite, jamais loin des cercles du pouvoir, le parcours du citoyen Tapie, ancien ministre de la République, au-delà de ses carambouilles ordinaires est plus particulièrement caractérisé par son aptitude à enfumer l’administration fiscale.

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Bernard Tapie
© Mor

En dépit de ses hautes protections, Bernard Tapie écope ainsi devant le tribunal correctionnel de Paris en décembre 2005 d’une peine de trois ans de prison dont huit mois fermes. À noter que le Parquet n’avait requis « que » deux ans de prison et que les magistrats sont donc allés au-delà des réquisitions.

Dans cette affaire le fisc lui reprochait d’avoir omis de payer plus de sept millions d’euros au titre de ses revenus de 1992 et 1993, revenus à évalués à 14,6 millions d’euros sur ces deux années. « Le tribunal a retenu l’essentiel des griefs en estimant qu’il avait imputé frauduleusement sur ses sociétés la charge de biens personnels, comme sa résidence parisienne et son yacht, le "Phocéa", ainsi que les salaires d’employés de maison » précise l’envoyé spécial de l’Associated Press.
Mais qu’on se rassure Tapie n’effectuera pas sa peine de prison. Dans sa grande sagesse le tribunal estime que cette peine doit être confondue avec celle pour corruption dans le cadre du match truqué OM-Valenciennes (deux ans de prison, dont huit mois fermes).

Par ailleurs, et peut-être au regard de la situation pécuniaire présumée « difficile » du fraudeur, Tapie est dispensé d’amende pénale.
Nulle persécution donc et au bilan une condamnation toute symbolique dont la défense de Tapie se montre satisfaite au point de ne pas interjeter appel. « Il veut redevenir un citoyen normal », assure alors son avocat, Maurice Lantourne.

Un accident de parcours ? Pas tout à fait, puisque notre contribuable avait déjà écopé en 1997 pour les mêmes faits de 18 mois, ( dont six fermes) de prison mais cette fois au titre des années fiscales 1989, 1990 et 1991.
Au chapitre de ses exploits, signalons ce haut fait d’armes : au sommet de sa gloire dans les années les années 90, Tapie avait réussi à échapper à l’impôt sur la fortune ( ISF ) au motif que ses sociétés « perdaient de l’argent ».

L’agence tout fisc

Autre astuce et bien que logé dans un hôtel particulier (3000 mètres carrés), rue des Saint-Pères, au cœur du quartier latin et pour le même motif – sa détresse financière !- il s’acquitte de 1462 francs ( !!!) de taxe d’habitation (c’est à dire moitié moins que s’il vivait dans un 3 pièces HLM à Argenteuil) alors que la taxe légitime dont il aurait dû s’acquitter s’élevait à 80 173 francs.
Voilà pour les états de service de l’homme qui « rapporte de l’argent au contribuable ».

Une contribution au bien public et à la solidarité nationale étudiée de près par l’un de ses biographes Christophe Bouchet. Dans L’ aventure Tapie , enquête sur un citoyen modèle l’auteur précise bien que même au fait de sa puissance économique, « Tapie paie des impôts dérisoires » ceci alors même « qu’il affirme dans des dizaines d’interviews et avec l’aplomb qu’on lui connaît s’acquitter de l’impôt sur la grande fortune depuis sa mise en place par le premier gouvernement socialiste. Un comble pour un homme qui vit de façon somptuaire dans l’un des plus beaux hôtels particulier de Paris, possède un superbe 4 mats et se déplace exclusivement dans son bi –réacteur privé ( un Falcon 20 ou dans la dernière née de la gamme Mercedes ou BMW. »
La fortune de l’homme d’affaires est à l’époque évaluée à 1 milliard de francs.

Tapie volant

Mieux, depuis une décennie, alors qu’il est réputé être en faillite personnelle, avec 150 millions de créance et une dette fiscale supérieure à 100 millions d’euros, le PDG déchu d’Adidas n’a pas pour autant jamais cessé de mener grand train.
Commissaire Valence sur TF 1, animateur sur RTL, comédien au théâtre, intermédiaire discret en gros et en détails, Nanar est officiellement le modeste salarié d’une petite société gérée par son fils laquelle est supposée reverser un tiers de ses cachets pour honorer ses dettes. Une contrainte qui ne l’empêche pas de continuer à vivre comme un nabab. Aucune décision de justice n’a réussi à la contraindre à quitter son hôtel particulier et pour se détendre le week-end, dispose encore d’une somptueuse propriété de quatre hectare mise à sa disposition par des « amis ».

En Janvier 2003, à l’Assemblée nationale lors de la discussion d’un amendement sur la situation des chefs d’entreprises dont l’entreprise avait été mis en liquidation judiciaire, le député Charles de Courson avait attiré l’attention de ses « chers collègues » sur le danger présenté par cet amendement en évoquant le cas Tapie et en indiquant que ce dernier avait créé une association, « les Amis de Bernard Tapie », laquelle «  percevait 75 % de ses salaires, lui accorde des avantages en nature, dont l’usage de son hôtel particulier parisien. »
Eric Besson alors membre du PS (avant de rejoindre Sarkozy lors de la dernière élection présidentielle ) lui avait sèchement répliqué « qu’il existait des moyens légaux de contrecarrer de tels agissements ».
Encore faut–il les mettre en œuvre.

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