Vous êtes ici
L'Opus Dei veille à la fin de l'école gratuite
Nouveaux programmes, suppression des cours le samedi matin, introduction de leçons d’instruction civique et morale, voilà un aperçu de ce qui attend nos petits inscrits à l’école primaire à la rentrée de septembre.
Il faut dire que l’école intéresse beaucoup le père Darcos.
Depuis septembre 2007, Xavier Darcos, ministre de l’Education nationale, a entamé son projet de réformes du primaire, qui n’est pas du goût de tous. Nombreux sont les enseignants et parents d’élèves qui jugent ces propositions menaçantes pour l’école publique et son principe d’équité, et s’inquiètent de la qualité de l’enseignement, elle aussi un brin menacée. Ca y est, c’est dit, les professeurs des écoles devraient perdre beaucoup moins de temps à prendre des notes sur des cours de pédagogie sur les bancs des IUFM d’ici 2010.
Contre cette avalanche de réformes, les mobilisations ont été nombreuses avant les vacances estivales. Et aujourd’hui, qu’en est-il ? Bien que « la priorité soit donnée à la rentrée des enfants, des Assemblées Générales sont d’ores prévues pour le jour de la pré-rentrée », indique à Bakchich une représentante parisienne du Syndicat National des Ecoles (SNE-CSEN). Elle ajoute : « Avant de penser dans le détail aux actions à mener à la rentrée, nous attendons le rapport de la commission de juillet du rectorat, que nous n’avons encore reçu ».
Pas de doute, Xavier Darcos doit revoir sa copie sous peine de s’exposer à de nouvelles grèves. Mais le monsieur est chanceux, le service minimum imposé aux salariés de l’éducation publique est passé depuis.
Les deux auteurs de Main basse sur l’école publique, Eddy Khaldi, enseignant et spécialiste de la laïcité et l’école, et Muriel Fitoussi, journaliste spécialisée dans les questions politique et sociale, montrent dans leur livre sur quelle toile de fond idéologique se repose notre Darcos pour réformer l’Education nationale. C’est avec surprise que derrière les idées du ministre, apparaissent des noms tel que l’Opus Dei.
EXTRAITS DU LIVRE
« Si l’on veut vendre à défaut d’être lu, si l’on veut faire les plateaux
de télévision, il ne faut pas hésiter à affirmer que l’école française ne
fabrique que des crétins et que les enseignants français sont tous des
privilégiés qui ne font même pas 35 heures de travail par semaine…
Christian Forestier et Claude Thélot
Une vingtaine d’organisations tentent de peser sur la campagne des présidentielles
Lors de l’élection présidentielle de 2007, fait inhabituel, tous
les candidats ont fait l’impasse sur les questions d’éducation,
qui ne furent jamais spontanément conviées dans les débats. Il
ne fut quasiment question que du problème de la carte scolaire,
dont le sort était mis en balance par les deux principaux candi-
dats, qui annonçaient, qui sa « suppression », qui son « assou-
plissement ». Dans ses discours de campagne sur l’éducation,
le candidat de l’ump n’évoque pas, ou si peu, l’« Éducation
nationale » en tant que telle. En revanche, il propose déjà, sans
aucune ambiguïté, des privilèges nouveaux en vue d’un redé-
ploiement des établissements privés.
(…)
Certains libéraux ne s’y sont pas trompés et déclarent, sur
leur site Internet Liberté chérie : « Voilà sans doute le sujet que
Sarkozy semble le mieux avoir compris. En effet, il est partisan
de la remise en cause de la planification éducative par la carte
scolaire, se posant ainsi en défenseur de la liberté des parents
de choisir l’école de leurs enfants. »
Valoriser l’école publique, voilà qui n’est décidément plus
un sujet porteur. Exemple révélateur, le journal Libération qui
organisait, dans le cadre de la préparation de la campagne
« trois jours de débats, d’expression et d’échanges » les 13, 14
et 15 septembre 2006 à Grenoble, abordait quasiment tous
les thèmes de campagne, sauf l’éducation. À l’exception d’une
unique table ronde sur la citoyenneté, rien ne fut dit sur les
structures, les contenus et la gestion du système éducatif…
Malgré ce peu d’intérêt des candidats, un certain nombre
d’organisations tentent de peser sur la campagne. Une ving-
taine d’entre elles 6, peu connues du grand public, publient
dans Le Figaro du 10 janvier 2007, une plate-forme commune :
« Lettre sur l’injustice scolaire », sans doute pour attirer l’at-
tention peu soutenue des présidentiables et s’imposer dans le
paysage et les débats politiques de la campagne en désignant les
deux ou trois candidats porteurs de leurs desseins. Rien de neuf
sous le soleil de ces mouvements – parmi lesquels Créer son
école, l’oidel, Enseignement et Liberté – si ce n’est l’affichage
de leurs connexions. Ce qui traduit, sur le terrain de l’éduca-
tion, une offensive concertée de mouvements français idéologiquement très proches et liés. À l’intérieur du vaste essaim de
signataires, mentionnons l’association clé (Catholiques pour
les libertés économiques), dont l’objet n’est pourtant pas celui
de l’enseignement, qui est clairement liée à l’Opus Dei, dont elle partage certains locaux parisiens. Les propositions de la
lettre publiée dans Le Figaro sont reprises par des think tanks
du secteur économique et résumées dans le Guide du candidat
2007-2008 publié par l’aleps.
(…)
L’Education nationale, un mammouth à foutre à la corbeille
Autre acteur de poids dans la campagne, l’oidel
(Organisation internationale pour le développement de la
liberté d’enseignement), ong suisse reconnue par le canton
de Genève, qui s’intéresse de près à la question du dualisme
scolaire français. L’organisation a l’insigne honneur de jouir
du statut consultatif auprès des Nations unies, de l’unesco et
du Conseil de l’Europe. Elle collabore par ailleurs étroitement
avec l’Union européenne. Notons aussi que Enseignement et
Liberté est membre de l’oidel.
L’oidel est au centre de nombreuses initiatives entreprises
depuis quelques années. Ses constats pas toujours objectifs
s’appuient principalement sur des accusations sans cesse ressassées, ainsi résumées : l’Éducation nationale est un mammouth
ingérable qui coûte cher et fabrique des illettrés. Ses solutions :
suppression de la carte scolaire, un directeur d’établissement
chef d’entreprise, la suppression du monopole de la collation
des grades 16, le maintien ou la fermeture d’écoles, la sanction
des résultats obtenus, l’ouverture de nouveaux établissements
privés.
(…)
L’organisation s’est très opportunément signalée au moment
de la campagne présidentielle. Le 22 avril 2007, entre les deux
tours, surgit le rapport de l’oidel sur « la liberté de l’enseigne-
ment en France » : « Après une première version en 2002, un
“Rapport sur la liberté d’enseignement dans le monde” est en
cours de préparation […]. Voici une étude concernant la France
[pour] analyser les politiques scolaires sous l’angle de la liberté
d’enseignement. » Les objectifs de privatisation y sont très clairement exprimés. Ce rapport souligne qu’en 2002, sur 85 pays
étudiés, tant dans les dispositions juridiques que dans la prati-
que, la France est placée en quatrième position, relativement à
la « liberté d’enseignement » qui y règne. Nous savions déjà, par
plusieurs enquêtes, que l’enseignement privé, presque exclusivement catholique en France, y était surreprésenté, et le mieux
financé parmi 25 pays d’Europe.
(…)
L’influence de cette organisation sur les propositions de cam-
pagne du candidat Sarkozy ne serait après tout pas très nouvelle,
si l’on ne précisait la nature véritable de l’oidel, qui se présente
sous des dehors éminemment respectables d’ong mondialement
reconnue, et qui place son combat sous la bannière irréfutable
des droits de l’homme. L’État fédéral de Genève affirme, pour sa
part, que l’oidel est une émanation de l’Opus Dei.
Deux sites du gouvernement fédéral genevois le confirment,
dans cette [1] transcription du 5 novembre 2002 des débats relatifs à l’attribution d’une subvention de 160 000 francs suisses
à l’uedh (Université d’été des droits de l’homme), filiale de
l’oidel, pour 2003, 2004 et 2005. »
© Demopolis
Lire ou relire sur Bakchich :





