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Touche pas à ma crise !

Cela fait maintenant un an que chaque expert interrogé sur la situation financière mondiale annonce que cette fois-ci, la crise est belle et bien finie et que tout va repartir grâce au dynamisme des économies américaine et chinoise…Seule condition réelle de ce redémarrage, l’assainissement des bilans par la nationalisation des dettes…C’est-à-dire la compensation des débordements de crédits passés par les largesses sans fin du contribuable…Quand tout sera terminé, il faudra bien faire le bilan général des enthousiasmes financiers des années Greenspan. La conclusion risque d’être simple : les incroyables revenus que se sont alloués les dirigeants et autres traders auront été en pratique payés par les impôts au travers des plans de sauvetage des banques à la dérive. Bref, malgré le développement des outils financiers miracles et le génie sans cesse renouvelé des mathématiciens de la finance, on n’a guère progressé depuis le XIXe siècle. On ne fait rapidement fortune dans le monde du capitalisme triomphant qu’en trouvant le moyen d’arnaquer l’Etat. Aujourd’hui, ce moyen, c’est de promettre dans un premier temps une croissance phénoménale grâce à la multiplication du crédit ; puis de venir crier famine auprès du gouvernement quand la bise de la réalité des affaires est venue.

Et c’est ainsi que nous sommes en train de découvrir que si le socialisme se proposait de nationaliser les profits, le capitalisme, lui, ne songe qu’à nationaliser les pertes.

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La crise, c’est pas ma faute
© Soularue

2000 milliards de $ de pertes ? Tout va très bien, madame la marquise

Ces pertes, à combien vont-elles se chiffrer ? Le FMI au printemps dernier parlait de 1000 milliards $. Aujourd’hui, ce serait le double. 2000 milliards !! Cela paraît énorme, mais à Washington, Henry Paulson, l’ineffable secrétaire au Trésor de l’administration Bush agonisante, rappelle que cela ne représente que 3,5% de la production annuelle mondiale. Dans le petit monde de la finance, on en rajoute en précisant que ces pertes sont moins élevées que ce que rapporte au monde chaque année la croissance de l’économie. En résumé, la crise financière aurait tout simplement effacé une année de croissance : de quoi se plaindrait-on dans ces circonstances ?

Peut-être de ce que la note ne va pas être répartie de façon égale et qu’il n’est pas vraiment sûr que les aigrefins qui ont précipité certaines institutions financières dans la faillite seront ceux qui vont le plus souffrir…

Croissance zéro

Quoi qu’il en soit, en France, les plus hautes autorités de l’Etat, après avoir été comme beaucoup abasourdies par l’ampleur des dégâts américains, sont revenues au train train quotidien de la préparation du budget. L’année de croissance à effacer se concrétise en France par un taux probable de 1,2% en 2008 et à peine 1% en 2009. Les compteurs publics vont être dans le rouge des exigences européennes et plus personne ne peut sérieusement croire que l’équilibre des finances publiques promis et annoncé pour 2012 par Nicolas Sarkozy a la moindre chance d’être atteint.

Mais tout cela laisse notre président de marbre. Il a retiré des événements récents la conviction que les économistes sont des charlatans et que l’opinion publique le sait. Ce qu’elle attend de lui, c’est du bon sens et il est convaincu que personne ne peut lui contester sa capacité de réaction. Il va s’adonner à l’exercice du constat de la fatalité dans son intervention économique de Toulon et passer rapidement à autre chose. Bercy n’en attend pas plus, demandant simplement qu’il tranche sur quelques éléments en suspend du dossier budgétaire, car la loi prévoit que le budget doit être transmis au Parlement avant le premier mardi d’octobre. Et pour l’instant, personne ne sait toujours pas ce qui sera transmis en termes d’hypothèse de croissance et de réforme fiscale…