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Budget 2009 : demain, on rase gratis…

C’est rien de dire que la préparation du budget a été chaotique. Les services de Bercy ont multiplié pendant tout l’été les notes pour obtenir des réponses tant de leur ministre qu’éventuellement de l’Elysée et ce sans rien obtenir en retour. Si ce n’est la conviction que cette histoire budgétaire ne passionne pas Nicolas Sarkozy.

Tout occupé à mettre déjà en place la campagne pour sa réélection en 2012, il se refuse de façon claire et nette à toute stratégie de rigueur d’ici à cette date. Pour rassurer l’Europe sur l’évolution des comptes publics français, Bercy a donc travaillé sur des schémas de retour à l’équilibre en 2015, avec un déficit en 2012 de 0,5% du PIB. Or ces schémas sont fondés sur une croissance à partir de 2010 de 2,5% par an. Evidemment Eric Woerth, obligé de commenter cette hypothèse, a reconnu que ce serait difficile. Mais, puisque l’expérience récente a montré que la croissance pouvait vite s’effondrer, pourquoi par symétrie ne pourrait-elle pas aussi très vite repartir ?

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Eric Woerth
© Mor

C’est ce type de raisonnement qu’il tient devant les interlocuteurs qui viennent lui parler du budget. Force est de constater que cela les laisse plutôt pantois. Quant aux partenaires européens, ils ne sont manifestement pas dupes. Mais de l’avis même des diplomates français qui font les couloirs des réunions bruxelloises, depuis l’affaire de la taxe sur les couverts en plastique, les autres pays de l’Union sont dans une expectative amusée vis-à-vis de ce qui se passe à Paris. On s’attend désormais à tout et n’importe quoi en matière de finances publiques françaises et cela provoque un mélange de résignation et de fascination chez les eurocrates. Même à Berlin, le commentaire agacé se fait rare, les autorités ayant des soucis de politique intérieure plus à même de les occuper.

L’armée prioritaire

En fait la seule vraie indication forte venue de l’Elysée aura été la nécessité de rétablir les moyens de l’armée. En progression de 5,4%, le budget militaire est une priorité assumée par le président de la République qui a décidé de regarder ce dossier de très près. Les déboires afghans et l’insignifiance du ministre de la Défense l’ont convaincu qu’il fallait qu’il s’en occupe lui-même, avec comme résultat ce bon en avant des crédits. Un bon en avant imprévu car en janvier dernier, quand la direction du budget a lancé ses premières esquisses, elle tablait sur une reconduction du budget militaire en euros courants, c’est-à-dire à un montant identique à celui de cette année.

Un autre dossier a donné lieu à allers et retours entre les différents décideurs, celui du financement du RSA. Sarkozy s’est senti piégé par la mécanique du bouclier fiscal. Inclure la nouvelle taxe dans le bouclier signifie que les plus riches ne seront pas sollicités pour une mesure présentée politiquement comme un acte fort de solidarité. L’exclure et faire payer tout le monde irait à l’encontre du bouclier fiscal défendu avec acharnement l’année dernière. Des réunions qui se sont multipliées sur le sujet, il ressort que le président flotte et sent que son geste en faveur des pauvres risque d’être occulté par la polémique sur son financement. Il est d’autant plus contrarié par cette affaire que les jérémiades à répétition du patronat commencent à l’irriter.

Un arbitrage a aussi été douloureux, celui sur les suppressions d’emplois : 30 627 est le nombre final fixé, un nombre d’une précision incroyable quand on sait que l’inspection des finances souligne dans ses rapports que, aussi surprenant que cela puisse paraître, l’Etat ne sait pas exactement quel est le nombre de ses agents. Les batailles entre Bercy et les autres ministères ont pris un tel tour que tout s’est négocié à l’emploi près. Et l’arbitrage final n’a fait qu’enregistrer la chose. Ah, si tout en matière de finances publiques pouvait être aussi précis que ce nombre de 30 627 suppressions d’emplois…

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