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"GOUVERNER, C'EST PREVOIR"
Gouverner se distingue d’administrer. C’est peut-être là que se différencie, en France, la fonction de Président de la République de celle de Premier ministre. Administrer, c’est organiser le présent ; gouverner, c’est scruter le futur. Gouverner, c’est imaginer l’avenir, pour l’orienter ou s’en prémunir ; c’est réfléchir au-delà de la durée du mandat dont l’Élu est investi par ses concitoyens, pour le bien du plus grand nombre.
De Nicolas Sarkozy à Angela Merkel, de Silvio Berlusconi à Gordon Brown, aucun qui puisse prétendre qu’il avait flairé une détestable surprise, subodoré les prémices d’un infarctus financier. Nulle excuse ne peut atténuer ce que, dans d’autres fonctions, on appellerait une faute professionnelle, si lourde qu’elle justifierait un licenciement sans préavis, sans indemnités, sans parachute doré.
Car les gouvernants du XXIème siècle, depuis longtemps, ont à leur disposition nombre de ces « machines à prévoir » dont étaient dépourvus leurs homologues de 1929, référence instinctive. Quitte, il est vrai, à se contredire les uns les autres, il y a pléthore de ces instituts, publics ou privés, chargés de déceler l’hypothétique, de ces sociétés qui se piquent de noter les entreprises en fonction de leurs résultats présents mais aussi attendus. Le gouvernement français comprend même un secrétaire d’État chargé de la Prospective en la personne de M. Eric Besson. Prospective : « Ensemble de recherches concernant l’évolution future […] sur le plan social, économique… », affirme un dictionnaire réputé. Il doit se tromper.
Il n’est pas de mælstrom financier qui n’entraîne, à plus ou moins long terme, des conséquences politiques. Sans devoir craindre, du moins en Occident, l’apparition d’un avatar de Hitler nommé chancelier du Reich le 30 janvier 1933, la crise de 1929 ayant débuté le jeudi 24 octobre, on notera combien l’Europe (celle de l’Union des 27), loin de présenter un front uni, affiche sa dislocation.
Pour le motif un peu court qu’ils sont les seuls européens membres du G8 rassemblant les huit pays les plus riches, Nicolas Sarkozy n’a convié, samedi 4 octobre à l’Élysée, que l’Allemagne, la Grande-Bretagne et l’Italie. Le motif n’a pas amoindri l’affront subi par ceux qui n’étaient pas conviés à ce raout. La déclaration prétendument commune qui en est sortie ne pouvait masquer le désaccord d’Angela Merkel avec les propositions de Nicolas Sarkozy. La Grande-Bretagne n’a d’européenne que l’étiquette et l’Italie est entre les mains d’un amnistié.
De plus, cette déclaration ne prenait guère en compte, diplomatie oblige, le mot insolent et plus que jamais d’actualité que lança John Connally, secrétaire d’État au Trésor sous la présidence de Richard Nixon (1969-1974) : « Le dollar est notre monnaie, mais c’est votre problème. » C’était à l’époque de la première dévaluation du dollar, de 7, 9% en décembre 1971.
La valeur de l’euro a beau caracoler devant celle du dollar américain, c’est encore ce dernier qui fait la loi pour l’économie mondiale. On sait que l’Europe est un nain politique. Elle ne vaut pas mieux sur le terrain économique.



