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MAM irritait Sarko, aujourd'hui elle l'insupporte

MAM est en sursis. D’ailleurs, il y en a un qui s’y voit déjà : Brice Hortefeux. Un ami de longue date de Nicolas Sarkozy qui a épaté le président comme ministre de « l’Immigration et de l’Identité nationale ». « Brice s’en est vraiment bien sorti ! », estime le chef de l’État. « Pas une égratignure », poursuit un de ses proches. D’où le souhait de réunir demain sous sa coupe, les attributions de I’Intérieur et de l’Immigration. « Brice Hortefeux », raconte un proche de Sarkozy, « n’a qu’à traverser la cour. Mais pour l’instant, son appartement de fonction qui donne sur la rue est un peu bruyant. Autant avoir vue sur le jardin… » Une manière de confirmer que le changement du titulaire, place Beauvau, est déjà acté.

Les perles de MAM

Depuis septembre, les fuites qui évoquent son départ possible se multiplient. Aujourd’hui, les confidences sont plus définitives. « Elle n’a pas fait d’étincelles », peut-on entendre dans les couloirs de l’Élysée. Ou encore : « MAM ne bosse pas ». Premier reproche, son manque de réactivité et de présence dans les médias. « Sauf sur les chiens méchants et les manèges », raillent certains, dans une allusion perfide aux décrets pris par le ministre après les agressions par des pitbulls et les accidents dans les fêtes foraines. Deuxio, son absence de nez politique dans les dossiers sensibles. L’affaire Edvige a eu le don d’agacer le Président et de lui arracher ce commentaire : « elle est nulle, c’est une catastrophe ! ».

Michèle Alliot-Marie bientôt sur la paille ? - JPG - 95.8 ko
Michèle Alliot-Marie bientôt sur la paille ?
© Mor

Autre affaire délicate,la maison corse de l’acteur Christian Clavier. Là encore, MAM aurait pataugé lamentablement. En vain. Troisième reproche, raconte le patron d’un syndicat de police, la gestion flottante de son cabinet : « le dir cab, Michel Delpuech, est régulièrement court-circuité par son numéro 2, Alexandre Jevakhoff, et par la chef de cabinet, Ludivine Olive qui est aussi la nièce de la ministre ». D’où une méconnaissance des dossiers et l’accumulation des bourdes. Dernière en date : MAM affirme que des islamistes ont utilisé les aéroports suisses pour rejoindre le Pakistan. De quoi énerver les autorités helvétiques. Et ce n’est pas fini : des conseillers de Sarkozy lui reprochent aussi son goût pour les militaires. Les gendarmes auraient été avantagés. Pas les flics. « Cet été, MAM a pris un décret qui donne le même traitement à un sous-lieutenant de gendarmerie qu’à un commissaire de police », se lamente un proche du président.

MAM, en résidence surveillée

Pourtant, à peine élu, Sarko choisit MAM pour devenir ministre de l’Intérieur. Un geste avant tout politique. Selon un collaborateur du Président, « il n’y avait pas tant de femmes, et pas tant de femme avec expérience ». Mais Michèle Alliot-Marie est placée, du fait de sa nomination, en résidence surveillée. Les sarkozystes veillent : Claude Guéant, le secrétaire général de l’Élysée qui a gardé quelques entrées place Beauvau, Frédéric Péchenard, l’ami d’enfance nommé patron de la police, Bernard Squarcini, l’ancien numéro 2 des RG devenu l’homme clé du renseignement, Jean-Louis Fiamenghi, le patron du service de protection des hautes personnalités ou Michel Gaudin qui a la toute puissance sur la préfecture de police. Quant aux syndicats de police, ils lui reprochent de ne pas avoir su établir avec eux de « contact direct ». Une faute politique dans une maison hyper syndiquée, où son prédécesseur – un certain Nicolas Sarkozy… – avait mis un point d’honneur à les rencontrer régulièrement.

La lune de miel entre l’Élysée et Michèle Alliot-Marie a donc été de courte durée. Six mois, et encore ! Novembre 2007, des émeutes éclatent à Villiers-le-Bel. MAM gère le dossier et évite la crise. Nicolas Sarkozy la félicite publiquement lors de son discours du 29 novembre 2007, devant la police et la gendarmerie. C’est la seule fois. Encore qu’à l’époque, Rachida Dati est présentée comme une possible ministre de l’Intérieur ! Depuis, la lune de miel a viré à la lune de fiel. MAM et Sarko n’ont jamais été des intimes. Encore moins des alliés. Le chef de l’État lui tient grief de ne pas l’avoir informée de l’affaire Clearstream – voire d’en avoir été complice – et d’avoir eu l’intention de se lancer dans la bataille des primaires UMP pour la présidentielle de 2007 : « on a frôlé le ridicule », raconte un proche du président.

Les couteaux sont bien sortis

Sarko, justement, n’a pas goûté aux récentes déclarations de sa ministre. Début septembre, lors du Campus d’été de l’UMP, devant une quinzaine de journalistes, MAM lâche à Royan : « Sarkozy est le patron de l’UMP, mais les militants ne le voient pas. Il faut donc un président élu, c’est ce que les militants attendent ». L’Élysée a eu dû mal à avaler la couleuvre… D’autant plus que des militants membres du Chêne, l’association d’Alliot-Marie au sein de l’UMP, tenaient un large stand où l’on pouvait trouver de multiples affiches. « Sur les photos », raconte un proche du président, « elle était seule. Nicolas Sarkozy n’y figurait pas. Ça nous a surpris ». C’est bien connu, le diable se niche dans les détails !
Place Beauvau, on se veut confiant : « si le chef de l’État a confié ce ministère à Michèle Alliot-Marie, c’est parce qu’une relation de confiance les unit ». Malgré ce démenti, les couteaux sont bien sortis et les petites phrases assassines de rigueur, y compris chez les plus proches collaborateurs de MAM : « Il est normal qu’elle n’ait pas le même style que son prédécesseur. Elle travaille, elle, dans la durée ». Et Sarko dans l’éphémère ?

MAM, combien de divisions ?

Lancée par MAM en 2006, l’association le Chêne, est censée entretenir la flamme gaulliste au sein de l’UMP. Mais le « Château » n’apprécie guère ces réunions. Selon un dirigeant de l’UMP, « ce club ne pèse rien dans la vie politique, juste à donner l’impression d’avoir des troupes. Le Chêne n’apporte aucune contribution au service de l’UMP. Ni en dehors d’ailleurs ». Un autre représentant de la majorité présidentielle poursuit : « En politique, on ne pèse quelque chose que lorsque l’on a des divisions, c’est-à-dire des troupes qui sont prêtes à mourir pour vous. Je ne suis pas sûr que les parlementaires du Chêne soient prêts à mourir pour MAM ! ».

Paradoxe de la situation : Michèle Alliot-Marie s’apprête à être gentiment poussée vers la porte au moment où elle ne représente aucun danger pour le président. « Elle est d’une loyauté sans faille », observe un visiteur du « Palais », « elle ne représente aucun danger. C’est l’ancienne génération, l’ancienne équipe, l’ancien système ». Rien de moins. Alors, « no future » pour MAM ? Pas vraiment ! Dominique de Villepin absent de la vie politique, Alliot-Marie est désormais le seul « fils » de Jacques Chirac. En clair, l’unique représentant des forces chiraquiennes. « En 2012 », commente un élu UMP, « Nicolas Sarkozy aura besoin d’elle pour rassembler toute la famille politique autour de lui ». Avant de lâcher cinglant : « Elle a eu un poids politique parce qu’elle a remporté la présidence du RPR en 1999. Elle en aurait gardé un, si elle était allée jusqu’au bout en 2006, lors des primaires UMP pour la présidentielle. Pour l’instant, son aura est en déclin, on verra plus tard ». D’ici là, la messe est dite.

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