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Delanoë singe Olivier Besancenot
Il y a une semaine, à Marseille, Delanoë s’en prenait aux « gauchistes » avec qui il voulait « oser le rapport de force ». On attendait pour voir.
Mais hier, lundi 27 octobre, dans Libération, le maire de Paris s’est transformé en militant d’extrême gauche. En contradiction avec son engagement traditionnel, affiché dans son dernier livre, De l’audace ! [1]. Cette soudaine transformation serait-elle liée à la publication, dans le même Libé, d’une étude de sondages montrant que la « gauche vire à gauche » ? Selon l’institut Viavoice, 75 % des sympathisants de gauche ne se retrouvent pas dans les thèses sociales-démocrates défendues par Delanoë et compagnie.
Re-nationalisons les entreprises
Livrons-nous à une petite étude comparative. L’exercice est cruel, forcément cruel.
Dans De l’audace !, le maire de Paris déclare et répète qu’ « une entreprise de service publique n’est pas nécessairement une entreprise dont l’Etat détient 100 % du capital ». Se rêvant président de la République, il envisageait alors la privatisation d’EDF, de la SNCF et de la Poste.
Une crise plus tard, il se met à rêver de nationalisations. Fustigeant « L’État français (qui) renonce à entrer dans les conseils d’administration des banques qu’il soutient ». Et approuvant « la Grande Bretagne quand elle procède à des nationalisations partielles ». Il encense tous ces « nombreux pays (qui) ont su remettre profondément en cause leur doctrine économique ». On est donc très loin de l’homme qui écrivait en mars 2008 : « Le socialisme du XXI devra rendre à l’Etat son humilité ».
Pour une Europe sociale
En mars dernier, notre homme défendait une conception de l’Europe libérale. « Notre nouvelle frontière », osait-il, faisant explicitement référence à la mythologie américaine de la frontière. Le maire de Paris était prêt, au nom de cette Europe, et « au nom de la mémoire de François Mitterrand (sic) » à accepter « l’ouverture des frontières et donc les mécanismes du marché ». Aujourd’hui, les références américaines ont disparu, et il a fait le deuil de la mort de son Tonton (qui, soi dit en passant, n’en a jmais fait un ministre, ni même un secrétaire d’Etat).
Et Delanoë demande « un contrat social européen » pour éviter « le retour au protectionnisme ou la trahison de nos engagements européens ». Autrement dit, l’Europe sera sociale ou ne sera pas.
Il fallait au moins une crise pour que la tète de file des bobos parisiens fasse cet audacieux constat !
Pascal Lamy volatilisé
Dans l’article de Libération du 27 octobre, Delanoë cite l’économiste Joseph Stiglitz pour se moquer des « partisans du libre marché qui (disent) : ne vous inquiétez pas, les marchés s’autorégulent. Laissons-leur le temps et la prospérité reviendra ». Il y a six mois, ce politique amnésique affirmait simplement l’inverse : « l’histoire montre que toutes les expériences progressistes réussies ont intégré ou se sont intégrées à l’économie de marché ».
À l’époque, il avait d’autres héros que le prix Nobel d’économie, qui annonce la fatalité de la crise depuis six mois au moins. Mais c’est si loin tout cela, c’était l’époque où notre présidentiable n’avait pas de mots assez élogieux pour dire tout le bien qu’il pensait du très libéral Pascal Lamy. Le patron de l’OMC avait même eu droit au titre de « socialiste », excusez du peu. Laurent Joffrin, le patron de Libération et inventeur, au début des années 80, du fameux slogan "vive la crise", lui avait posé cette question innocente : « Faut-il appliquer les méthodes du management privé aux organisations publiques ? ». Et le maire de Paris avait répondu simplement « oui », sans autre forme de procès.
C’est peut-être cela avoir « De l’audace ! », une capacité à faire le grand écart tous les six mois. Mais il ne faudrait pas que les militants du PS aient de la mémoire, une hypothèse qu’on ne peut pas tout à fait exclure.
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