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Plastic Bertrand, l’argent liquide et l’Angolagate

On connaissait le « flouze », le « fric », la « monnaie ». Désormais on saura qu’en évoquant les termes de « Galilée » ou de « doc », certains auront dans les yeux l’image de beaux billets de banque. C’est comme ça que, dans les bureaux de Pierre Falcone, l’homme d’affaires jugé à Paris avec une quarantaine de personnes pour trafic d’armes supposé avec l’Angola, on surnommait le cash qui coulait à flots ou presque. Toutes devises acceptées !

Les « sousous » de la soeur de Falcone

Présente au procès, Josée-Lyne Falcone a dû se justifier sur les millions qu’elle avait reçu de la part de son frère. « Avant d’être interrogé par la police, il m’avait versé 2,5 millions de dollars, il craignait d’être incarcéré et il ne fallait pas paniquer sa femme et ses enfants. Je devais les aider avec cet argent », a-t-elle expliqué. Oui mais alors, pourquoi la femme de Falcone, une ancienne reine de beauté bolivienne, a-t-elle elle aussi reçu des fonds ? On n’est plus à une approximation près.

La sœurette, qui semble adorer son frérot, n’a pas pu s’empêcher de gaffer devant le tribunal. Evoquant les « centaines de mille » qu’elle a dû verser au cours de l’instruction à des avocats - Christian Charrière-Bournazel et Alain Toucas notamment -, elle a commis une digression sur les gentils « sousous » que son frère lui versait. Comme s’il s’agissait de misérables sommes qu’il fallait prendre à la légère… Avant de se rétracter et s’excuser devant l’impact de son impair sur le tribunal…

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Les plastiques, le cash, Pierre Falcone et l’Angola
© Pier

Cet argent liquide, versé à millions, a fait tourner les têtes autour de Pierre Falcone. On se pressait avenue Kléber, dans l’hôtel particulier qui abritait sa société, pour toucher son enveloppe. L’instruction a démontré que nombre de personnalités, de Paul-Loup Sulitzer à Jean-Christophe Mitterrand en passant par Jean-Charles Marchiani, le lobbyiste et ancien PDG de RMC Jean-Noël Tassez, et d’autres, comme les salariés de Falcone, percevaient leur liasse le moment venu. La distributrice en chef, Isabelle Delubac, la secrétaire de Falcone, qui préparait les enveloppes et les remplissait selon les instructions du patron, est appelée à la barre du tribunal.

« Ah oui, il y a monsieur Sulitzer »

« Nous voulons tout savoir », cadre d’entrée de jeu le président, Jean-Baptiste Parlos. Toute de noir vêtue, la dame écarquille les yeux et se triture - apparemment - les méninges, mais la mémoire flanche. Elle ne se souvient pas des noms des heureux bénéficiaires. Ah, il y a… elle. « Oui monsieur le président, j’ai touché 10 000 francs de supplément de salaire… ». Mais les autres, les célèbres, les personnalités achetées ou fonctionnaires corrompus, dont beaucoup figurent dans les petites notes que les flics ont retrouvées ? « Ah oui, en effet, une fois ou deux, monsieur Sulitzer… » A se demander pourquoi elle sacrifie l’homme d’affaires-écrivain et préserve les autres. Il y a aussi, parmi les récipiendaires, des Angolais, de hautes personnalités venues par dizaines de Luanda et dont il fallait payer les frais, qui à l’hôpital américain, qui au Bristol, qui chez le dentiste, ainsi que les responsables de la sécurité et autres factotum… Là, rien à craindre : ces VIP angolais ne sont pas poursuivies, on peut donc les balancer.

Et l’argent, d’où venait-il ? De l’Angola, pardi ! C’est la nouvelle thèse des prévenus et de leurs avocats. Jamais le juge n’en avait entendu parler pendant l’instruction puisqu’aucun des prévenus n’assurait savoir d’où il provenait. L’argent, les millions d’argent liquide distribués en enveloppes aux uns, aux autres et même aux hôtesses d’accueil de la société, auraient été versés par la république d’Angola. Oui mais alors, s’interroge le président d’un air faussement ingénu : « Si l’argent liquide provenait d’Angola, pourquoi passer par la société de Pierre Falcone pour le reverser à des Angolais ? » Delubac hésite, regarde le plafond et les fresques de la salle des Criées du palais de Justice. « Cette affaire n’avait rien à voir avec l’ambassadeur en poste mais avec un autre diplomate, monsieur de Figueiredo ».

Deux clans parmi les Angolais

Omniprésent dans le dossier, Figueiredo a perçu beaucoup d’argent de la part de Falcone. Ce dernier, interrogé, avec son assurance et ses mains qui parlent en même temps que lui, développe la même argumentation. Deux clans s’opposaient et lui-même, qui se dit mandaté par l’Angola, n’a jamais mis les pieds à l’ambassade, assure-t-il. Selon lui, le secret était tel sur cette vente d’armes que même l’ambassadeur d’Angola en France n’était pas au courant…

Rapidement, l’argent liquide auquel l’audience s’est intéressé le lundi 3 novembre amène à l’énigmatique Samuel Mandelsaft. L’accusation soupçonne ce vieux monsieur un peu désœuvré, qui traînait dans les bureaux de Falcone (il y faisait même la sieste après le déjeuner) d’être la petite main qui amenait le cash. Et pas besoin de se rendre en Angola pour ramener des billets : il faisait son marché dans le Sentier, ramassant auprès des boîtes de textile de l’argent noir qu’il amenait à Falcone. En échange, l’homme d’affaires créditait ses comptes bancaires à l’étranger, d’où il virait les fonds… vers ses complices du Sentier. Moins quelques pour cents de commission.

On voyait arriver « Sam » chez Falcone avec ses sacs en plastique. Il se disait dans les couloirs que ses sacs étaient bourrés de biftons. On l’avait même surnommé « Plastic Bertrand », du nom du chanteur pop dans années 80. « La présence de Sam dans les bureaux annonçait l’arrivée d’argent liquide », assure un ancien collaborateur devant le tribunal. Enveloppes de différentes tailles, sacs en plastique, mallette bourrée de billets verts entrevue par une hôtesse devant Pierre Falcone… L’argent liquide ruisselait avenue Kléber. Et les fantasmes se développaient en conséquence. « Sam pèserait 25 à 30 millions », racontait l’un. « Il s’est créé une mythologie autour de Sam », assure à la barre un ancien employé qui allait néanmoins dans un bureau de change des Champs Elysées retirer de l’argent « de la part de Sam ». Bien loin de l’ambassade d’Angola…

Pendant l’instruction, John Troiannos, un ancien collaborateur de Falcone, a résumé l’activité de Sam, même si, devant le tribunal, il ne sait plus bien et tortille autour du pot… « Sam ramassait du cash, il devait faire de la compensation. Un métier que tout le monde connaît », avait-il expliqué. Affublé de son surnom et de sa légende, le vieux Mandelsaft a quitté son 40 mètres carré parisien lorsque l’affaire a éclaté. Direction Israël, un aller simple en avion. Il n’est jamais revenu.

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