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Victoire au PS, Martine Aubry dit l'emporter avec 42 voix d'avance
Ce vendredi, en début de soirée, Ségolène Royal semblait l’emporter. Trois heures plus tard, l’entourage de Martine Aubry revendiquait la victoire. Les ségolénistes, eux, criant à l’intox… Finalement, « Titine » l’a emporté de 42 voix : 67 413 contre 67 371 pour sa rivale, selon la comptabilisation nationale des voix transmise dans la nuit par le PS.
Ou peut-être ne l’a-t-elle emporté que d’une vingtaine de bulletins. La fédération du parti socialiste de Moselle a indiqué, ce samedi, avoir attribué par erreur 12 voix à Martine Aubry alors qu’elles étaient en fait destinées à Ségolène Royal. Si cette correction est enregistrée, l’écart ne devrait plus être que de 18 voix. D’ailleurs, selon Jean-Pierre Mignard, proche de la présidente de Poitou-Charentes, « à la lecture scrupuleuse des contestations élevées sur les résultats du vote du 21 novembre, il apparaît que Ségolène Royal peut légitimement revendiquer sa première place en tête du scrutin ». Avant d’avancer les problèmes notamment repérés dans une section de Moselle, de Lille et de Nouvelle-Calédonie. « Il y a nombre d’autres exemples de contestations allant chacun de 2 à 30 voix ».
Très forts, les socialistes ! Car le parti est aujourd’hui divisé en deux blocs. Un conseil national qui doit valider les résultats sera convoqué par François Hollande, premier secrétaire encore pour quelques heures. Au PS, la semaine va encore être très longue !
Royal, pas assez nulle en bulletin ?
À 42 voix près, le vote des militants du PS mérite d’être scruté attentivement. En particulier les bulletins déclarés nuls. Ainsi selon les chiffres fournis fédération par fédération par le PS, la moyenne nationale des bulletins nuls pour la France entière s’établit à 1, 70 % .
Mais au sein cette moyenne, on relève de très fortes disparités. Qui ont avantagé indirectement Martine Aubry. Ainsi en Corrèze (fief de François Hollande, premier secrétaire sortant), ce pourcentage grimpe en flèche jusqu’à 3,47 %. 26 bulletins déclarés nuls sur 750 votants. Martine Aubry l’emporte ici de 51, 52 %.
Le département de l’Allier fait mieux encore avec 3,50% de bulletins nuls et la victoire de Martine Aubry (54, 39%). Encore 3,50 % de nuls dans l’Aube et une nouvelle victoire de Martine comme dans le Doubs (3,33%), le Gers (2,92%).
C’est moins bien que dans les Landes, département cher à Henri Emmanuelli, proche de Benoît Hamon, où est battu le record absolu en matière de bulletins annulés pour des causes diverses et variées. 85 bulletins jetés à la poubelle de l’histoire électorale du PS… Les nuls (3, 86 %) y accompagnent un vote très largement favorable à Martine qui recueille 66, 97 % des suffrages.
Guère doués non plus les militants du PS dans le Puy de Dôme 61 bulletins déclarés nuls (3,50 %) chez Michel Charasse. Le Territoire de Belfort avec (3,83 %) ne démérite pas non plus mais dans cet ancien fief Chevènementiste les nuls participent cette fois à la victoire de Ségolène Royal ; comme également en Dordogne (3,04%).
Deux exceptions qui paraissent confirmer la règle de ce scrutin. Les bulletins nuls épousent de près la courte victoire du vainqueur.
Au total ce sont 2332 bulletins qui ont été annulés et à ce petit jeu là, il apparaît que Ségolène soit obligée de s’améliorer.
Victoire ou pas ?
D’ailleurs, faut-il parler de victoire, à 42 voix près ? Les pro-Royal ont refusé de valider ce score et l’ex-candidate à la présidentielle a demandé un nouveau vote des militants, en contestant le scrutin du deuxième tour. Invité du 20h de TF1 ce samedi, Ségolène Royal a réitéré son souhait d’un nouveau vote des militants, ajoutant : « contre tout attente, je représente au moins 50 % du PS et je vais sans doute gagner demain ». « Titine », elle, ne veut rien lâcher expliquant qu’il n’y a aucune raison de le faire.
Matine ou l’art de revenir ? En tout cas, ce résultat - même à 42 voix près et s’il n’était pas amené à changer - n’allait pourtant pas de soi, il y a un an, date à laquelle on voyait plus Martine Aubry à Lille qu’au siège du PS. Mais une belle victoire aux municipales de mars et une élection à la communauté urbaine en poche, la maire de Lille s’est sentie suffisamment aimée et légitime pour revenir à Paris. Et briguer la tête du parti pour « un socialisme renouvelé, ancré dans la gauche efficace, crédible. Face à une droite dure, il faut une gauche forte ». Déterminée la Martine…
Aujourd’hui, elle est un peu mieux revenue dans la course. Y compris pour la présidentielle de 2012 ? Vendredi, dans sa section du Vieux Lille, quelques heures avant les résultats, Martine Aubry a souligné qu’il faudrait en discuter avec Ségolène Royal pour « trouver le meilleur projet »… Étant donné ce résultat serré à 42 voix près, la bataille s’annonce déjà tendue pour les prochains mois. Alors dans trois ans !
« Ça s’est joué entre Martine et Martine »
L’arrivée de « Titine » était, pourtant, loin d’être acquise. Pour une raison simple : jusqu’au bout, elle a hésité à s’y risquer. « Il faut être sûre de gagner pour y aller », confiait-elle à plusieurs de ses proches. Mais poussée par son équipe - comme les députés Claude Bartolone et Jean-Christophe Cambadélis - et assurée que Bertrand Delanoë ne se jetterait pas à l’eau, Aubry, 58 ans, y est allée.
À 9h29, soit une minute avant le dépôt des candidatures, dimanche 16 novembre à Reims, François Lamy, dépose celle de l’intéressée. Claude Bartolone qui fait patienter les militants réunis sous une grande tente blanche à Reims lance alors : « je suis autorisé à vous dire que Martine Aubry est candidate ». Comme quoi au PS, tout se joue toujours dans les dernières minutes ! « Ça s’est joué entre Martine et Martine », s’amusait un de ses proches à Reims. « Chez nous, ça a été la bordélitude ! », marmonnait un strauss-kahnien.
Aubry, l’anti-Royal
Pour beaucoup, l’avance d’Aubry - mais qui reste à être confirmée par le conseil national - c’est la défaite de Royal. L’argument a d’ailleurs été de plus en plus utilisé dans la campagne interne au PS et séduit nombre de partisans de Bertrand Delanoë comme de Benoît Hamon. Première différence pointée : un parti de militants plutôt que de supporters. « Nous pensons qu’un parti ne doit pas être derrière une personnalité, ce doit être des militants engagés non pas pour la réussite d’une personne, mais pour changer les choses pour 60 millions de Français ». Sauf qu’à 42 voix près, « Titine » va devoir compter avec l’autre camp…
Deuxième différence : les alliances et la question du Modem de François Bayrou. Ouïe. Aux municipales en mars, Aubry avait fait alliance avec le Modem… Un caillou aujourd’hui dans sa chaussure que le camp adverse a précisément utilisé. Les pro-Royal ont pointé l’« hypocrisie » de ceux qui « dénoncent des alliances au niveau national mais qui la pratiquent déjà au niveau local ». Ça, Aubry se l’est pris en pleine tête pendant trois jours au Congrès.
Le renouvellement, justement, troisième idée phare… Pas facile pourtant de l’incarner quand on « symbolise le gouvernement Jospin », dixit ses adversaires, et que l’on est « accompagné de Laurent Fabius, Premier ministre dans les années 80… ». Dans le camp Aubry, on a vite réfuté l’argument : le renouvellement ne signifiant pas faire table rase du passé mais « tenir compte de l’expérience » et l’associer à des nouveaux venus trentenaires ou quadra. Y compris des lieutenants de Royal ?
Avec un écart de 42 voix - voire une vingtaine si les derniers résultats de Moselle sont confirmés -, Aubry pourra-t-elle, comme elle l’avait dit, tendre la main à Ségolène Royal, rencontrer les syndicats et les autres partis socialistes européens « pour élaborer un programme pour la campagne européenne de 2009 » ? Mardi 18 novembre sur France 2, Aubry avait lancé : « La droite n’a plus beaucoup de jours pour nous critiquer et pour rire. Dès lundi [24 novembre], nous serons là pour proposer et pour agir ». En somme : fini, les vacances. Les socialo, au boulot ! Sauf si les militants étaient appelés à revoter, comme le souhaitent les pro-Royal… Cette nuit, la droite a encore dû se gausser.
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